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Accueil | Par Loïc Le Clerc | 28 novembre 2018

Européennes : cachez cette crise que La France insoumise ne saurait voir

En moins de six mois, La France insoumise voit plusieurs cadres partir, quand ils ne sont pas mis dehors. Une crise qui va de pair avec une ligne politique qui zigzague.

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Depuis plusieurs semaines – depuis le clivage sur l’appel des migrants ? Depuis les perquisitions ? – La France insoumise ne cesse de voir s’égrener les départs. Et tous ne viennent pas du même bord. Et tous ne partent pas pour les mêmes raisons.

Dernièrement sont partis Liêm Hoang-Ngoc, Sarah Soilihi, Corinne Morel-Darleux, Djordje Kuzmanovic et François Cocq [1]. Sans compter l’annonce de Charlotte Girard de ne plus être tête de liste aux européennes.

 

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Au cœur du débat, c’est le mode de fonctionnement de ce "mouvement gazeux" à "clé de voûte" qui est remis en question. Car un petit groupe décide souverainement de la ligne et de celles et ceux qui la portent : le comité électoral.

Comité opaque

« Vous connaissez un parti européen où les militants n’élisent pas la direction, même indirectement ? Il n’y a que La France insoumise. » Voilà ce que nous disait il y a quelque temps un journaliste du Monde diplomatique. Si la remarque peut sembler excessive, ou si après tout c’est ça le nouveau monde, LFI traverse une période de grandes difficultés.

Le 8 novembre, c’est l’oratrice Sarah Soilihi qui partait pour Génération.s. Celle-ci jugeait que sa place sur la liste pour les européennes n’était pas assez "haute", neuvième chez les femmes. Peut-être aurait-elle mieux fait de prendre son mal en patience et de négocier. Mais ce qui est fait est fait. À Libération, elle expliquait son choix, dénonçant les « petits arrangements entre amis » du comité électoral de LFI. Même son de cloche pour Djordje Kuzmanovic, qui publie une tribune dans Marianne :

« Ce comité est d’emblée apparu comme un organe sur mesure conçu pour satisfaire le petit groupe de dirigeants auto-proclamés. Le processus de sélection des candidats s’est distingué par la même opacité. »

Ce fameux comité est composé de « 14 représentant-e-s des différents espaces de La France insoumise (programme, lutte, équipe opérationnelle, politique) et 18 insoumis-es tiré-e-s au sort », peut-on lire sur le site de LFI. Quant à savoir comment ont-ils été désignés... mystère. Mais on y trouve aussi bien des militants historiques du PG que des personnes à l’engagement politique plus récent, des proches de "JLM" et des "cocos insoumis".

Gauchistes vs souverainistes

Mais il n’y a pas que le fonctionnement qui cloche. En fait, l’autoritarisme du sommet est d’autant plus fort que la ligne politique est contradictoire. Officiellement, c’est la sensibilité "populiste de gauche" qui donne le ton, avec ses deux faces : la cohérence de François Ruffin d’un côté, la virulence de Jean-Luc Mélenchon de l’autre. Mais la fin de l’été a été aussi marquée par le ralliement des socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, qui se distancient du populisme sur deux points : l’Europe et le refus de tourner le dos à la gauche.

Quand Sarah Soilihi soulignait « les excès dans la communication [qui] ont fini par brouiller la ligne politique : sur l’Europe, les migrants, l’écologie », appelant à ce que la gauche ne se laisse pas « emmener dans la montée des nationalismes », Djordje Kuzmanovic fustige pour sa part « la gauche traditionnelle [qui] ne peut pas, ne peut plus gagner par voie démocratique ».

Et à croire celui qui fut conseiller de Jean-Luc Mélenchon, le « choix tactique » pour les européennes est de « viser les populations qui y votent – les classes urbaines cultivées, ces fameux "bobos" – et d’opérer des rapprochements avec des partis de gauche, pourtant âprement critiqués un an auparavant ». Et même jusqu’à lundi dernier pour ce qui concerne la défaite de Farida Amrani.

 

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L’éviction de Djordje Kuzmanovic rend le départ de Corinne Morel-Darleux de la direction du Parti de gauche plus difficile à comprendre. Cette dernière reprochait alors le fait que « les "signifiants vides" du populisme et de la stratégie anti-Macron, visant à fédérer le plus largement possible, étouffent trop souvent la radicalité du projet initial. Les affaires internes et le commentaire systématique de l’actualité me semblent de plus en plus hors-sol. » Et Corinne Morel-Darleux d’ajouter :

« La critique interne, même bienveillante, est vécue comme une attaque, le pas de côté comme une trahison. »

Ligne politique "yo-yo"

Manifestement, le groupe dirigeant de LFI voit bien que la ligne populiste ne porte pas ses fruits et ne débouche pas sur le résultat attendu : amplifier la vague du printemps 2017. François Cocq fait d’ailleurs ce constat sur son blog :

« Les termes "rassemblement de la gauche" et même "union de la gauche" faisant leur retour […] jusque dans la bouche de certains cadres de La France insoumise. Cette séquence a indubitablement marqué une rupture par rapport à la précédente où l’ambition de fédérer le peuple passait par la mise à distance du terme "gauche" lui-même. »

Mais se tourner vers l’union de la gauche empêche de faire valoir le bénéfice acquis en 2017, à savoir une gauche éparpillée et ultra-dominée par LFI. Sondages et élections suggèrent que cet état de grâce n’est plus de mise : LFI reste la première force à gauche, mais elle n’est plus numériquement hégémonique. D’où la double méthode, du louvoiement et de l’autoritarisme. Avec son revers : cela fuit de tous les côtés.

Que faire maintenant ? Le départ de quelqu’un comme Djordje Kuzmanovic pourrait signifier que la ligne "populiste" n’est plus de mise. Sauf que le soir même de la défaite de Farida Amrani lors de la législative partielle en Essonne, Jean-Luc Mélenchon faisait cette analyse, à chaud :

« La campagne de second tour, contre mon avis formellement exprimé, s’est faite sur le thème d’une soi-disant "gauche rassemblée" [...] Selon moi donc, cette ligne […] a contribué à bloquer la mobilisation qui aurait été possible en assumant d’être "l’opposition à Macron" sans obliger à montrer patte blanche. »

Étonnante analyse pour celui qui, en 2017, reprochait sa défaite à Benoît Hamon.

 

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Au-delà du fait que le président du groupe parlementaire étale sur la place publique les problèmes internes de LFI, la question est la suivante : qui dit vrai ? Le Mélenchon qui refuse la « soi-disant "gauche rassemblée" » à Evry ou le comité électoral qui écarte les tenants du populisme pour les européennes ?

Bon courage pour trouver une tête de liste apte à porter ces ambiguïtés. Charlotte Girard a renoncé, tant à cause des « conditions d’organisation » et de « contraintes personnelles, familiales et professionnelles », écrivait-elle le 15 novembre sur Facebook. Le nom de Manon Aubry, de l’ONG Oxfam, est régulièrement cité.

D’ici là, la convention de Bordeaux des 8 et 9 décembre prochains, où la liste définitive doit enfin être dévoilée, s’annonce musclée.

 

Loïc Le Clerc

Notes

[1François Cocq a "simplement" été exclu de la liste pour les élections européennes, suite à un « désaccord avec les orientations stratégiques du mouvement ». Pour autant, jeudi 29 novembre, il assure à Russia Today : « Je resterai au sein de La France insoumise ». Quant à savoir si LFI acceptera qu’il reste, pour le moment, impossible d’avoir confirmation ou infirmation.

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Vos réactions

  • Je pense qu’un des probléme est JLM lui même.
    Ensuite je pense qu’on ne peut pas etre tout à la fois.

    deux questions centrales à mes yeux doivent être clarifié, l’europe et la laicité/ communautarisme qu’il ne faut pas laisser instrumentaliser :

    Ni dans un sens unique anti islam

    Ni dans l’autre sens ou tout combat contre l’islam radical et politique serait taxé de racisme et d’islamophobie.

    en revanche je suis pour le rassemblement des gauches et la hiérarchisations des luttes. Et ceux qui defendent une vue souverainiste/laique sont contre le rassemblement des gauches.

    Bref. Difficile de trouver sa voie.

    prevalli Le 29 novembre à 11:01
  •  
  • Limite ce qui m’étonne c’est de voir rapporter les propos d’un Mélenchon, présenté dans l’article comme autoritaire au possible, qui se plaindrait dans le même article de ne pas avoir été écouté pour la campagne électorale, d’Evry...

    Ben alors ?! Il faut comprendre quoi ? que le dictateur démagogue a un coup de mou ? Ah non c’est vrai, c’est le symptôme d’une "ligne politique contradictoire", qui s’y l’on s’en tient à la trame de fond de l’article, doit bien quelque part être liée à la schizophrénie du guide suprême autoproclamé. Car dans le cas contraire, cela sous-entendrait que les décisions seraient donc prises de manière plus collégiales que ne le laisserait entendre l’article et de plus, manifestement pas dans le sens voulu par le guide ( je n’évoque pas le comité électoral puisque celui-ci ne fait que valider les candidatures et non les stratégies électorales)...

    Quant au louvoiement par rapport à la thématique de l’Europe, personnellement je m’en tiens à ce qu’on en disait en 2016 : "Le « plan B » dépend donc par définition du pays dans lequel il est mis en œuvre, de sa puissance, de sa capacité d’indépendance et d’entraînement des autres pays. J’ai dit clairement, pour ce qui concerne la France, que notre projet était la sortie des traités européens. Et que, pour cela, nous avions un plan A, une sortie collective, et que notre plan B était une sortie individuelle des traités européens. Depuis, "Et maintenant le peuple", la liste transeuropéenne portée initialement par la FI chez les forces populaires de nos voisins commence à prendre en Espagne, au Portugal, etc... Je rappelle que la sortie des traités n’implique pas un "Frexit" comme on l’a mainte fois rappelé lors des débats, mais le non respect des traités signés... Je ne vois donc pour ma part, aucun changement de ligne sur "le plan B". L’Europe, Marie-Noëlle Lienemann, Emmanuel Maurel et la FI ? De ce qu’ils en ont dit, ils appellent tous deux à une «  rupture brutale et radicale avec l’Europe d’aujourd’hui et à une remise en cause des traités existants"... C’est sûr que c’est grave discordant ! Mais bien sûr, ils peuvent tout à fait changer d’avis. Après tout... ils en auraient tout à fait le droit puisqu’ils "se cherchent" pour l’instant...

    Quoiqu’il en soit, sur le fond de l’affaire, non obstent avoir acté depuis le début le fait qu’il n’y ait pas de pensée unique qui cimente le mouvement :

    a) je mentirai si je disais que le départ d’un certain nombre de personnalités de la France Insoumise ne me troublait pas... départ sans qu’il y ait eu pour autant une modification du programme auquel ils étaient censé être attachés... Car si le problème ne vient pas du programme :
     Est-ce la stratégie choisie qui ne leur convient pas ?
     Est-ce la personnalité de Mélenchon qui les rebute ?
     S’agit il tout simplement d’un mauvais choix de carrière ?
     etc...
    En l’occurrence, il vaut mieux qu’ils partent maintenant qu’au cœur de la bataille...

    b) La France Insoumise n’est pas propriétaire des voix de ses électeurs, et je ne crois pas que ceci ait été oublié... Pour vous en convaincre, rappelez vous de l’épisode pas si ancien du second tour des élections présidentielles de 2018. Les "consignes" à la France Insoumise sont à manier avec des pincettes. Tant que le programme, que beaucoup de monde a participé à produire, n’est pas remis en cause de manière unilatérale par ce fameux supposé petit groupe dénoncé dans l’article, la FI continuera très probablement a bénéficier de l’appui et de la confiance de leurs électeurs... dont le mien. Dans le cas contraire, je doute qu’elle survive à "l’avenir en commun".

    carlos Le 29 novembre à 17:45
  •  
  • Il ne faudrait pas non plus que le programme l’avenir en commun deviennent une "bible" intouchable. Comme tout programme il doit bouger et s’adapter avec son temps. Et ainsi etre le relais avec la préoccupation des classes populaires.

    Et c’est dans cet façon de faire "vivre" le programme que l’on ne comprends pas l’organisation de la FI. La méthode d’alaboration de ce programme a été excellente mais lourde et adaptée à une élection présidentielle. Comment faire vivre le débat et le relier au terrain.

    De l’extérieur, comme de l’intérieur visiblement il semble que la FI n’ait pas l’image d’être un forum permanent ouvert au dialogue et au débat.

    prevalli Le 29 novembre à 18:37
       
    • Je vous suis sur le fait que le programme n’est pas une "bible". Ce que j’ai indiqué c’est qu’il ne serait pas acceptable qu’une modification unilatérale décidée par des personnalités du mouvement soit effectuée. Le defit aujourd’hui c’est d’ouvrir effectivement à tous et pas seulement aux sympathisants les débats qui aboutiront à l’évolution de "l’avenir en commun"... Car aujourd’hui, il y a des textes retravaillés par des personnes designées (par exemple pour les européennes) sur lesquels on est appelé à se prononcer (et à commenter) par "oui", "non" ou "sans avis". Je suis tout à fait d’accord sur l’idee qu’il faut vivre le débat...

      carlos Le 29 novembre à 19:24
    •  
    • @ Carlos

      "Aujourd’hui il y a des textes retravaillés par des personnes désignées"

      Tout en étant d’accord sur la nécessité d’un espace de débats plus performant qu’une boîte à idées ouverte à tous les insoumis, on peut reconnaître que jusqu’à présent, les différentes synthèses des centaines de propositions des insoumis effectuées par les équipes successives ont été correctement menées (chartes, programme européen, etc.). Par ailleurs, la participation aux différents groupes programmatiques est ouverte à tous les insoumis, et on y retrouve également des acteurs de terrain.

      Guy-Yves Ganier d’Emilion Le 29 novembre à 23:28
    •  
    • Le fait de dire qu’il faut" faire vivre le débat" n’implique pas qu’il s’agisse de démonter tout le travail qui a été fait jusqu’à maintenant à la France Insoumise... J’en suis très content encore aujourd’hui. Mais je ne me satisfais pas pour autant de ce mode de fonctionnement ! Car, malgré tout le mérite qu’on pourra lui concéder, il rassemble des gens qui sont déjà convaincus...

      Ce que j’évoque à travers l’énoncé de cette volonté (avancée précédemment par notre camarade de discussion), c’est que la France Insoumise doit réfléchir à se doter des outils en cohérence avec l’ambition exprimée dans son projet :
      Redonner la main au Peuple !
      Or, je crois que pour s’ouvrir d’avantage, il faut par exemple s’inspirer de l’Education Populaire, autre façon de parler de l’éducation politique, qui est un vivier énorme de solutions pour créer un écosystème favorable à l’ouverture de débats et de discussions qui permettront aux gens de se réapproprier la volonté d’agir !

      carlos Le 30 novembre à 10:02
    •  
    • ...Et de fait, à la FI on le sait bien si j’en prends pour preuve la manière dont s’articule "les ateliers des lois" ! J’attends qu’on continue à s’appuyer sur l’Education Populaire pour aller encore plus loin...

      carlos Le 30 novembre à 11:12
    •  
    • Tant que j’y suis ! Pour ceux qui veulent participer à l’élaboration de projets de lois et faire entendre leurs voix :
      En https tapez avenirencommun.fr/latelier-des-lois/

      carlos Le 30 novembre à 11:14
  •  
  • « En moins de six mois, La France insoumise voit plusieurs cadres partir, quand ils ne sont pas mis dehors. »

    Que des gens partent, c’est assez normal, mais quel est l’exemple qui permet de dire qu’ils sont mis dehors ? Pas un nom cité ! si l’un part car il n’a pas été retenu sur la liste aux européennes, un autre reste dans la même situation. Ça n’empêche pas de faire un titre qui parle d’exclusion. Regards est bien un organe de presse, je ne dis pas ça en compliment.

    Il y avait un bon moment que je n’y étais pas venu. J’aurais mieux fait de m’abstenir.

    DMc Le 29 novembre à 19:06
  •  
  • Bonjour
    A lieux de jouer la division, chercher des poux a FI et Mèlenchon, vous ferez mieux de lutter a coter des gilets jaunes, arrêter la magouille électoraliste, les petits calculs...du style si nous affaiblissons FI ??,nous gagnons quelques point, pour faire remonter Le PCf, PS ou génération.s. Dites vous bien, que vous ne ferez gagner personne, sinon les abstentionniste, le droite ou RN, et on perdra dix ans !!!

    bob Le 30 novembre à 14:16
  •  
  • Sur l’élaboration de la liste des européennes, voir le blog de Martine Billard : clair, précis et convaincant, face au bashing éditocratique.

    Autrement Le 30 novembre à 17:14
  •  
  • Oui, merci bien à Martine Billard de ses clarifications utiles.

    On ne peut pas avoir juste un regard de commentaire journalistique sur "les départs à la France Insoumise »... Nous devons au fond nous demander « à quoi elle sert ». Quelles sont ses justifications théoriques.

    Martine Billard écrivait à ce propos, ...le mercredi 25 mars 2015, dans un ancien article de son blog (ici : http://www.martine-billard.fr/post/2015/03/25/A-mes-amis-qui-pensent-que-les-partis-n-ont-plus-de-raison-d-%C3%AAtre ), titré : « A mes amis qui pensent que les partis n’ont plus de raison d’être », que « la question n’est pas à mon avis d’en terminer avec la forme parti. » !...
    Elle rappelle maintenant que la FI est bien un « Mouvement »...

    Qu’est-ce dont que « la forme mouvement » revendiquée par la FI ?!?... Qui (cela a été radicalement avancé par JLM, à l’été 2017) n’a pas besoin, en un sens, d’être « démocratique » ?!?... En tout cas qui institue une sorte de « démocratie directe », où toutes « tendances organisées », sur une base de pensées différentes, comme toutes « positions de pouvoirs », sur la base d’une production de « corps intermédiaires »..., est interdite, éventuellement considérée comme « fractionnelle » ?!?...
    (Certains dirigeants de la FI, pour commencer, veulent en tout état de cause liquider la forme-parti PS !!!...)

    Ainsi, à l’été 2017, la devise qui conclua le « remue-méninges » de la France Insoumise, et qui est venue rebaptiser automatiquement les « groupes d’appui » pour les présidentielles et législatives en « groupes d’action », lors du discours public dans Marseille de Mélenchon, ce fut : « - Surtout pas de bla-bla !... ».
    En clair, la FI comme outil de de fédération du peuple n’avait pas à se perdre dans des débats idéologiques, elle est tournée vers l’action, et l’unité de la pensée avec cette action est assurée au sommet, par « le roi-philosophe »..., qui a des vertus reconnus de pédagogue central, dès lors que « c’est le programme qui compte » !...

    Je voudrais ici poser une remarque et une question :
    D’une part, ...que pourtant, la teneur du programme a bel et bien pu bénéficier de l’existence et des pré-élaborations d’un parti, dans le mouvement : à savoir essentiellement du Parti de Gauche. (Certaines « insuffisances » de « l’Humain d’Abord », du temps du Front de Gauche, ont été rectifiées et clarifiées...)
    D’autre part, que l’on parle de parti dans un sens nouveau, ou de mouvement, peu importe... : la FI a-t-elle vocation à être autre chose qu’une « machine électoraliste » ?!?...

    Mélenchon a gardé, à ce propos, un souvenir ravi, à 40 ans de distance... du moment où, en 1977, ... « l’actualisation du programme commun » avait visiblement intéressé les gens !... Et forcément de même, ...des débats des comités anti-libéraux de 2005 !... Cette PARTICIPATION POPULAIRE AUX CONTENUS des changements nécessaires, inséparable d’une capacité d’agir de masse, est évidemment essentielle. J’ai envie de dire qu’alors la Politique se renouvelle, dans la mesure où elle ne se définit plus seulement comme offre, mais comme une DEMANDE (de large participation) qui s’assume !...

    Sauf que les communistes, dont j’étais, ont mis « historiquement » en évidence, à la suite de « l’Échec » de « l’Union de la Gauche » à la Mitterrand, que ce n’était pas seulement aux "illusions sur le PS" que cet Échec était attribuables, mais au problème de la « délégation de pouvoir », liée à « la démarche programmatique » elle-même !... Oui, moi-même, j’ai « vendu » beaucoup de livres du Programme Commun, ...mais pour finir par dire que, comme au spectacle, nous en étions réduits à lancer à la population : « demandez le Programme » !...

    Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si l’on ne veut pas rabattre la visée d’avenir du possible sur le souhaitable, si l’on ne veut rien diminuer des potentiels de changement, qui ne s’expriment pas qu’à l’occasion d’élections, mais DOIVENT être amplifiés à tous moments et en tous lieux..., il faut des FORMES d’organisation qui restituent démocratiquement et en permanence l’ensemble des débats aux gens, qui ne sont pas simplement des débats de CONTENUS qui évidemment sont nécessaires, mais restent le nez sur des échéances électorales à « gagner à tout prix », ou pas !...
    C’est en outre une question qui conditionne la possibilité d’assurer une possibilité de réussite, sur une base non autoritaire, y compris après une éventuelle « victoire » électorale !...

    Aubert Sikirdji Le 1er décembre à 12:13
       
    • Qu’est-ce dont que « la forme mouvement » revendiquée par la FI ?!?

      Le mouvement est la seule figure adaptée à une formation politique qui rassemble des antipartidaires, des communistes, des socialistes, etc... qui s’est cimentée au fur et à mesure qu’elle accouchait d’un programme "l’avenir en commun" dont il ne vient à l’esprit de personne de nier la filiation avec "l’Humain d’abord"... Ce n’est pas le "roi-philosophe-pédagogue" qui préside à l’unité, mais le résultat de ce brassage originel. Aujourd’hui encore, l’atelier des lois répond à l’ambition d’associer tous les sympathisants à la traduction des points du programme dans les projets de lois portés par la FI.

      la FI a-t-elle vocation à être autre chose qu’une « machine électoraliste » ?!?...

      Oui, je le pense en effet car si la Fi est bien une machine électoraliste, elle au service du Peuple et non d’ambitions personnelles ! Ce qui fait que l’un des combats qu’elle doit mener, c’est contre l’abstentionnisme... Il ne s’agit même pas de convaincre, mais de faire en sorte que les gens soient en mesure de se poser des questions sur leur condition et éventuellement d’avoir des réponses au moment où s’expriment des colères comme celle à laquelle on assiste aujourd’hui en France ! Or, pour l’instant j’en conviens, la France Insoumise laisse ce chantier un peu trop en friche au profit du confort de débats avec ceux ou celles qui s’expriment déjà dans les urnes... Vous aurez compris que je ne crois pas que ce confort tient à une posture autoritaire, mais au fait que la radicalité qui s’exprime dans le projet de la France Insoumise puisse trouver en face d’elle un adversaire à convaincre. Or, l’abstentionniste, lui n’est pas un adversaire car il ne trouve aucun intérêt au débat...

      Ce qui m’amène à être tout à fait d’accord avec vous... Il faut développer des FORMES d’organisation et d’actions qui répondent à l’exigence démocratique de s’ouvrir sur toute la société. Et c’est pas du gâteau même si l’Education Populaire apporte quelques pistes...

      carlos Le 1er décembre à 19:11
  •  
  • Une fois de plus Regards se distingue par son originalité. Mais dites moi donc "camarades" comment sont désignés les candidats dans les autres partis ? Tiens au PCF par exemple. Quelqu’un en a entendu parler ? Voici que dans cette France Insoumise ils se permettent de désigner plus de 50% du comité électoral par tirage au sort. Quel affront à la démocratie. Vous vous rendez compte, même pas d’intrigues de palais pour occuper les places dans ce comité. Même pas de guerre intestine, juste un tirage au sort. Ah oui mon bon, mais ces tirés au sort sont manipulés par les zots, les ceuss qui sont des proches du guru . Quel mépris pour les militants de la part de ceux qui n’ont pas pu se placer pour des raisons objectives dans les places théoriquement éligibles. Ras le bol de toutes ces conneries. Une crise à la France Insoumise parce que 5 frustrés font du bruit dans les médias ? Et bien soit, nous verrons bien ce que donnera le vote des Insoumis sur la liste complète.

    choucroute Le 1er décembre à 16:20
  •  
  • @ « carlos » (est-ce un pseudo ou pas ?), merci de votre réponse.

    Je ne crois pas qu’au « brassage originel ». Déjà le parti de gauche s’est fondé avec la prétention d’être « un parti creuset »... Mais une « nouvelle organisation » ne peut se contenter d’être une auberge espagnole des culs tournés. Et donc je n’ai aucune prévention à priori négative contre un « roi philosophe », qui, pour se faire..., s’est posé en instituteur-en-chef du « peuple », « présidant » à un travail d’unification...

    Nous avons effectivement une dette considérable envers le camarade Jean-Luc d’avoir sorti de l’ornière « la gauche de transformation sociale », et d’avoir prétendu la rassembler dans sa diversité... Je n’ai rien contre « la fonction tribunicienne »... Je n’ai rien contre les mânes de Jaurès... Je n’ai rien même rien contre la politique comme théâtre... Je n’ai rien contre le don-quichottisme politique !... En un mot, je n’ai rien contre l’assomption par un homme d’un rôle plutôt réussi de REPRÉSENTANT !...

    On pourra toujours ergoter, tel... Marcel Gaucher, au nom même de Robespierre, ...sur le fait qu’en République – nuance !...- un représentant du peuple ne peut plus prétendre « l’incarner »... On pourra toujours tenter de conjurer, comme le PCF et quelques autres..., l’influence du « socialiste » Mélenchon, en rappelant qu’il n’est plus besoin de culte la personnalité désormais envers aucun « sauveur suprême » à l’égo surdimensionné... Non, ce n’est pas tellement cela mon problème.

    Car le meilleur représentant n’est précisément pas celui qui fait passer ses idées après lui !... Mais qui les met devant !... En intéressant justement au débat d’idées !... Et le Jean-Luc, il s’efforce de faire cela. Oui, il fait tout simplement de la politique, en « payant grave de sa personne ».
    En même temps je considère que ce qu’il fait, c’est déjà « trop (et sera de plus en plus trop) pour un seul homme » !... Et s’il se trouve qu’il a théorisé lui-même son rôle (avec l’aide de Chantal Mouffe »), nous disposons bien chez lui d’idées, oui, tout à fait discutables, comme le rappelle Roger Martelli, que donc nous pouvons et DEVONS discuter !...

    Oui, nous DEVONS par exemple reprendre à nouveaux frais..., ce à quoi Chantal Mouffe nous invite, les théorisations de Gustave Le Bon et Sigmund Freud sur la constitution des « foules »... Puisque c’est bien de « reconstruire un peuple » qu’il s’agit, à la fois comme raisons et comme affects... D’autant que ce qui, de leur temps, pouvait apparaître encore comme des apories, en termes de querelle de l’individu et de l’espèce, d’opposition de l’individu et du collectif, ont d’autres chances, ...(pour le dire vite : ) « 68 étant passé par là », d’être aujourd’hui, heureusement traitées...

    Un point que je tiens à affirmer : c’est qu’il ne suffit pas, après certains « échecs » historiques, de s’efforcer de « changer l’ordonnance », et de « faire le contraire » de ce qui a précédé. Car il arrive que faire le contraire reconduise malheureusement et « inconsciemment » une bonne part de pareil au même !... Le « modèle bolchévique », ...et le PCF se sont fondés sur la base du double « échec » de la social-démocratie, devant la Première Guerre Mondiale, et, auparavant, de celui de la Commune de Paris...

    Et mais il paraît que lors du « court 20ème siècle », tout aurait à nouveau « échoué » !!!!... Bigre ! Du coup, ça me fait crier gare, devant toutes les NOUVELLES pensées courtes qui prétendent « faire le contraire » d’avant !...

    Par exemple, d’une certaine manière, je pense que, non, « la forme-parti » n’est pas forcément derrière nous, mais, à condition de la repenser entièrement dans un esprit désidéalisé,... encore devant nous,... car, à mon sens, parler de forme-parti, c’est la seule manière de « continuer » de vouloir placer les idées au-dessus des individus, comme vous le dites, « au service du peuple et non d’ambitions personnelles » !...
    Je n’ai pas suivi..., par conséquent ( mais ce n’est peut-être qu’un détail ), ...le philosophe Lucien Sève sur ce point conceptuel du nécessaire « abandon » de « la forme-parti », dans le même temps où je considère essentielles ses théorisations, qui n’ont rien de « gazeuses » (voir ici : http://www.regards.fr/idees/article/lucien-seve-nous-vivons-l-entree-historique-du-capitalisme-en-phase-terminale ) sur les NOUVELLES FORMES D’AUTO-ORGANISATION à produire !... Où, plus que de « livrets thématiques », la démonstration est faite de la nécessité de RÉSEAUX D’ACTION TRANSVERSAUX qui imposeront de mieux en mieux leur compétence, sujet par sujet, dans le débat public, et l’effort de révolution sociale, sans attendre... (Ce qui, évidemment, peut entre autres inclure des « ateliers des lois » !...)

    Mais d’ailleurs, je tiens à noter que le pluriel de « formes nouvelles »... n’est la garantie de rien, en matière d’innovation radicale, autrement dit de refondation. Car il se trouve que c’est souvent dans des circonstances de tragiques défaites, que l’on utilise cette idée : que « la lutte – désormais « dispersée » façon puzzle - devra désormais prendre DES formes nouvelles » !... Ce pluriel ne doit donc pas qu’être un pluriel, qui serait signe, comme on dit d’un mot galvaudé : de simple « résilience » !... La gauche dite « plurielle » n’a, par exemple, rien résolu !... Pas plus que les « couleurs unies » de Benetton n’ont résolu le problème du racisme ou de la « diversité » !...

    En somme, je considère que, pour commencer – sans parler du PS – ou des Verts - qui n’avaient pas cette vocation - , en matière d’organisation révolutionnaire et de masse, le PCF, d’où je viens,... a une responsabilité essentielle dans le fait d’avoir plombé l’idée de parti... Et qu’il n’a durablement produit, en sortant bien trop tardivement du monolithisme, qu’un concept de « diversité d’échec », de diversité de débandade... La preuve en étant l’utilisation systématique depuis 20 ans du terme tarte-à-la-crème de « Respect », qui n’a fait que manifester ses inhibitions autocritiques... Et ça ne pouvait pas vraiment donner une nouvelle « attractivité » d’organisation !...

    Car justement, carlos, je suis sensible à votre souci de devoir « défricher » dans la profondeur du peuple « abandonné ». D’être tournés, pour ainsi dire, vers l’anomie électorale, l’abstentionniste... Mais pour cela, il faut pouvoir proposer un lieu d’accueil « démocratique », sans l’écueil qui veut qu’il y aura toujours des citoyens de 1ère et de 2ème classe !... La « volonté inclusive » de la FI n’est pas en cause. Mais la hantise, encore une fois, de « la forme PS », chez ses « dirigeants », qui exige que l’on fasse à l’avenir totalement autrement, n’est visiblement pas la garantie que l’on ne reconduise pas ...autrement le problème !... Il ne suffira pas, pour chacune ou chacun, de pouvoir être « tiré au sort » par des instances nationales autoproclamées...

    En matière de démocratie, de forme(s) d’organisation, non, il ne suffit pas de « jeter le bébé avec l’eau du bain », comme l’avait écrit Martine Billard dans cet ancien article que j’ai cité, pour se renouveler forcément au niveau voulu. ...Je préfère dire, personnellement, qu’il ne faut surtout pas « jeter le manche de la théorie, après la cognée de pratiques périmées »... Il y a là des questions « difficiles », quant à savoir ce que nous voulons devenir, ...des questions « qui ne sont pas du gâteau », comme vous dites, ...et qui ne seront pas simplement résolues par quelques personnes !...

    Freud, déjà, avait posé la question au cours du siècle précédent, de savoir pourquoi les bolchéviques athées avaient reconduit les interdits de pensée de la Religion !... Il ne suffira pas, pour ce nouveau siècle, que « la liberté de conscience de chacun et chacune » soit officiellement « reconnue », c’est-à-dire qu’il ou elle ait à priori le droit de penser ce qu’il ou elle veut, à titre privatif, sous sa casquette de militant, sans que l’élaboration (pas seulement d’un kit programmatique, en vue de l’élection suivante..., mais aussi du cadre de l’action lui-même) ne soit l’affaire de tous !...

    Aubert Sikirdji Le 2 décembre à 00:31
       
    • Pour commencer, je vous confirme que Je n’ai pas de pseudo.

      J’avoue ne pas m’intéresser en soi au Parti de Gauche ou à Ensemble par exemple, tous deux fortement impliqués dans la France Insoumise. En l’occurrence, beaucoup des sympathisants LFI antipartidaires, comme moi, si nous connaissons sans difficultés le fait que la majorité de ceux qui portent un discours politique bien rodé à la FI proviennent notamment du premier, à commencer par JLM, n’avons probablement en commun qu’une totale indifférence vis à vis d’un type d’organisation qui depuis bien longtemps s’est posé dans les faits comme justement l’anti-thèse de la manière dont vous le caractériser, à savoir la meilleure des formes pour "placer les idées au-dessus des individus".

      De ce que j’en sais, il sera bien difficile d’affirmer que les "encartés" seraient majoritaires dans le mouvement de la France Insoumise (de mon expérience, je ne le pense pas), cependant il est évident que la cohésion du groupe n’en souffre absolument pas. L’essentiel à savoir l’adversaire autant que le diagnostique étant largement partagé par tous !

      De fait, cela implique que tout pédagogue que soit Mélenchon, il ne serait "roi" que le temps du carnaval car les "mandats" que lui confient les sympathisants de la France Insoumise, comme à tous les autres représentants du mouvement, sont ceux :
       de porter le programme l’Avenir en commun dans tous lieux de pouvoir de la 5ème république mais aussi au coeur des instances européennes,
       de respecter la volonté des sympathisants lorsque ceux-ci ont l’occasion de s’exprimer directement par scrutin direct,
       de garder à l’esprit que la cohérence du projet humaniste et écologique n’implique pas une pensée unique mais la primauté des débats ainsi que l’évolution du programme en fonction des préoccupations populaires au vu de l’Intérêt Général,
       de faire advenir la 6ème république à minima à travers les modalités les plus démocratiques exprimées dans le programme.
      Vous aurez donc compris que l’exigence qui pèse sur eux est plus importante que le sentiment d’en être les "débiteurs"...

      Quoiqu’il en soit, et même si les antipartidaires le soient certainement plus devenus par expérience personnelle que par adhésion théorique, le soucis de la question démocratique, s’il n’a pas éteint systématiquement l’envie de se poser dans la contradiction, a suscité un attrait pour les nouvelles formes d’auto-organisations dont on peut concevoir que leur problème réel c’est d’offrir des "interlocuteurs" aux groupes extérieurs avec lesquels elles interagissent...

      Pour en venir au coeur de votre sujet, car j’ai bien l’impression que votre propos traite plus de la "refondation de la gauche" que réellement d’autre chose, je crois pouvoir dire sans me tromper que la majorité des sympathisants de la France Insoumise, dont je suis, n’en sont plus là. L’ambition perçue par tous se décline dans un combat radical pour le Peuple et contre le totalitarisme néolibéral... voir au-delà pour la survie de l’humanité. Et cette lutte est suffisamment intense et première pour ne pas laisser d’énergie au chantier du dépassement des querelles de chapelle, que beaucoup jugent fort inutiles compte tenu de l’enjeu réel. Après tout, il s’agit bien de convaincre TOUT LE MONDE, et non uniquement ceux qui nous ressemblent en bien des aspects.

      La tâche est ardue parce qu’à mon humble avis, il ne suffira plus de proposer un "lieu d’accueil démocratique" pour redonner l’envie aux gens de reprendre leur destin en main... En l’occurrence, vous avez parfaitement raison, ce n’est pas la "volonté inclusive" des formations politiques quelles qu’elles soient et pas seulement de la FI qui est en cause, mais bien notre capacité à tirer de longues expériences collectives malgré tout singulières ( à quelque échelon que ce soit) les éléments pour concevoir les outils et les méthodes propres à faire émerger une identité "collective" capable de garantir que nous puissions arrêter la 6ème extinction massive des espèces dont on ne pourra pas dire qu’il ne sonne pas comme un suicide tout à fait collectif !

      carlos Le 2 décembre à 09:49
  •  
  • 1/- Refonder la gauche ? Non, ce n’est pas exactement le cœur de mon sujet.

    Ma trajectoire est celle d’un communiste (dissident de 1984), comme celle de Mélenchon, ou... Marie-Noëlle Lienemann, qui étaient à Massy (Essonne), « jadis », en même temps que moi..., celle de « socialistes d’aile gauche »... Et je ne suis, pas plus qu’eux, un renégat..., mais dans l’assimilation critique de « mon histoire » !... Je connais quelque « antipartidaire » qui, par exemple, fit un bond à l’annonce d’une place réservée pour Emmanuel Maurel, sur la liste des candidats aux européennes. Pas moi.

    Mon souci n’est pas « la gauche », il n’a jamais changé, depuis... qu’à Massy, dans les années 70..., « mon parti » développait une ACTIVITÉ DE MASSE dans le Grand Ensemble, à cheval sur Massy et Antony, dont JLM parle parfois... Je pense par exemple aux « cahiers de la misère et de l’espoir » que nous avions remplis, en 77, afin de redéfinir des objectifs d’action AVEC les gens... Mon souci, mon obsession, en toute « nostalgie » assumée d’une activité de masse, c’est précisément de refaire aujourd’hui de l’organisation « de masse », oui, « accueillante », dans des « conditions » qualitatives nouvelles !...

    2/- ...Ensuite, je considère qu’il ne faut pas lâcher la THÉORIE. Qui ne doit pas céder à LA TYRANNIE DE L’URGENCE. « Les communistes », à leur esprit défendant, ont curieusement contribué à l’idéologie de la fin de l’Histoire. Et – vous parlez de la 6ème extinction des espèces -, "l’ambiance" actuelle de « fin du Monde » n’arrange rien.

    Le poète Paul Éluard avait écrit : « j’ai besoin des oiseaux pour parler à la foule »... Si justement aujourd’hui, le cœur du sujet, c’est de ne pas opposer l’écologique et le social, ...nous voyons bien, par exemple, que, quelque soit l’urgence, la notion d’intérêt général ne peut simplement aboutir à emballer la question sociale avec la question écologique, car alors l’enveloppe craque...

    Cela a d’ailleurs « autorisé » les cocos du PCF, lors de leur dernier congrès, à se redéfinir comme des « écolo-cocos » distingués... Mais la vraie question « théorique », c’est que le changement des rapports de production ne se pose pas que pour cesser, entre autres, la fuite en avant consumériste, mais en tant que tels ! En tant que rapports d’oppression à contester en tant que tels.

    Et sans attendre les échéances électorales...

    Ceci dit, lorsque JLM parle de la FI comme réussissant le vœu d’amalgame de « cultures » politiques d’origines diverses, cela ne résout pas en soi l’enjeu de REPENSER le type d’organisation qui doit être la nôtre..., en quantité comme en qualité... C’est pourquoi j’ai posé la question de savoir si la FI ne se doit pas d’être autre chose qu’un outil électoraliste, programme en main, et juste dirigé d’en-haut...

    Mon « expérience » PCF m’a obligé de méditer de longue date, et « gravement », sur une affirmation du genre que « le Parti n’est pas la société, c’est un outil » !... Il n’empêche, le centralisme démocratique était à l’image du « modèle » de l’Est, et le type d’organisation que l’on construit a quelque rapport avec l’autre société que l’on veut construire !...

    C’est pourquoi je pense que, par exemple, la question d’une image autoritaire de Mélenchon, ou de son renvoi à « Cuba » ou au « Venezuela », ce n’est pas une affaire individuelle. C’est d’abord une question de structure : encore une fois, de savoir quel genre d’organisation nous nous devons de fabriquer !...

    Aubert Sikirdji Le 2 décembre à 13:29
       
    • Je vous demande donc de m’excuser si j’ai mal interprété votre propos. Malgré tout, vous aurez noté comme un écho à votre question dans le mien sur les chantiers auxquels devrait accorder de l’importance la France Insoumise. Cependant, j’ai la nette impression que vous semblez plus raisonner a partir de "l’image" autoritaire vehiculee dans les medias (et c’est un euphémisme) que sur son fonctionnement et ses méthodes réelles...

      carlos Le 2 décembre à 16:36
  •  
  • @ carlos

    Ne croyez pas cela.
    Je suis juste profondément sensible aux questions de "communication".

    Aubert Sikirdji Le 2 décembre à 17:03
  •  
  • @ carlos, suite...

    ... Mais qu’une "image" est d’abord, précisément, une affaire de structures : de fonctionnement et de méthodes réelles !...

    Aubert Sikirdji Le 3 décembre à 18:27
       
    • Je n’ose pas comprendre votre phrase comme une façon de réduire l’arbre à son ombre...
      J’aurai tendance à dire pour ma part qu’aucune "image" n’est en mesure de refléter réellement ce qu’elle représente dans le contexte d’une "société du spectacle" comme l’est la notre... Du moins, pas sans l’effort d’instaurer une distance permettant de multiplier les angles de vue et d’en réduire ainsi les distorsions qui sont, je l’admets volontiers, un savant, chaotique et hasardeux mélange autant du fait de celui qu’elle represente, que de ceux qui ont intérêt à la fausser...

      carlos Le 3 décembre à 23:27
  •  
  • @ carlos

    « J’aurai tendance à dire pour ma part qu’aucune "image" n’est en mesure de refléter réellement ce qu’elle représente dans le contexte d’une "société du spectacle" comme l’est la nôtre... »

    Ah ça c’est vrrrai !... Brravo, mon bon Monsieur !... Je trrouve votre phrrase très intérressante, ma foi !...

    Pour commencer, l’ultra-libéralisme tue la représentation (et donc la culture)... Chaque individualité y est sommé de n’être que son ou sa propre représentant-e de commerce !... De s’y vendre lui-même ou elle-même comme un produit. Nous sommes rendus dans une époque où non seulement nous devons passer par des entretiens d’embauche, C.V. sous le bras... (qui doivent y compris faire apparaître des centres d’intérêts « privés »...), mais où existent des « entretiens d’évaluation » réguliers, en face-à-face imposés avec l’employeur ou le manager ou –geuse...

    Un comble : « le Chômeur » doit parfois « passer à la télé », par exemple dans un improbable jeu télévisé, afin de forcer la Providence !... Il n’existe donc d’ « Individu » qu’EXPOSÉ, face au Pouvoir au sens large !... Même des Gilets Jaunes, se faisant appeler « les Chéris »..., sont passés devant... Cyril Hannouna !...

    C’est l’expression d’une CATASTROPHE ANTHROPOLOGIQUE !... L’on voit bien que nous sommes dans une crise de la « Visibilité » !!!!... Où ce qui a été détruit, c’est une « valeur » de PUDEUR !...

    La pudeur demande du TIERS, et de la COLLÉGIALITÉ démocratique !... Donc, oui, du CORPS ET DE L’ESPRIT « INTERMÉDIAIRE » !!!... Il faut des « représentants syndicaux », il faut des « délégués », ou si l’on veut des « avocats » du peuple, pour que nous n’ayons pas simplement à exposer individuellement « nos » problèmes, des problèmes qui ne sont pas que « les nôtres », pris « individuellement...

    Et, soit-dit en passant, puisque c’est présentement le sujet, non, je ne suis pas satisfait du fonctionnement de la FI, où, par une démocratie du clic, nous avons à nous exprimer essentiellement « en tant qu’individus » !...

    Vous parlez de « multiplier les angles de vue », permettez-moi de vous proposer ces citations, qui vont dans le sens de cet esprit de COLLÉGIALITÉ que je prône :

    - Gandhi :

    « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents. »

    - Bertolt Brecht :

    MAIS LE PARTI, C’EST QUI ?
    (L’Arche, Poèmes, 3, page 63).

    Mais le Parti, c’est qui ?
    Siège-t-il donc dans un bureau, entouré par des téléphones ?
    Ses pensées sont-elles secrètes, et inconnues ses résolutions ?

    C’est qui, le Parti ?

    Le Parti, c’est nous.
    Toi, moi, vous – nous tous.
    Ton veston lui tient chaud, camarade, et dans ta tête il pense.
    Où j’habite, il est chez lui ; où l’on t’attaque, il combat.

    Montre-nous le chemin qu’il faut prendre, et nous
    Le prendrons avec toi ; mais
    Ne t’engage pas sans nous sur le bon chemin.
    Sans nous il est
    Le plus mauvais de tous.
    Ne te sépare pas de nous !
    Nous pouvons nous tromper, tu peux avoir raison, donc
    Ne te sépare pas de nous !

    Le chemin direct vaut mieux que le détour – nul ne le conteste :
    Mais si, connaissant le chemin,
    Tu ne sais nous le montrer, à quoi ta science nous sert-elle ?

    Partage-la avec nous !
    Ne te sépare pas de nous !
    (Traduit par Édouard Pfrimmer).

    ...Précédé de

    ÉLOGE DU PARTI
    (Poèmes, 3, page 62).

    Chaque camarade a deux yeux
    Le Parti en a mille.
    Le Parti connaît trois continents
    Chaque camarade connaît une ville.
    Chaque camarade a son heure
    Le Parti, lui, a mille fois son heure.
    Chaque camarade peut être anéanti
    Mais le Parti ne peut être anéanti
    Car il est l’avant-garde des masses
    Et il dirige leur combat
    Avec les méthodes des classiques, puisées
    Dans la connaissance de la réalité.

    (Traduit par Édouard Pfrimmer).

    Mis à part « l’avant-gardisme », le message est toujours parlant !...

    Aubert Sikirdji Le 4 décembre à 15:10
  •  
  • @ carlos encore...

    ... En même temps, pas de malentendu !...

    Ce que je viens d’écrire à 15h10 , en faveur de la représentation et de l’intermédiation, sans quoi il n’y a pas d’ALTÉRITÉ sociale, ...ne s’oppose pas à ce que vous avez écrit ailleurs : au constat d’une « capacité "d’auto-organisation" des gens renforcée par les algorithmes des réseaux sociaux » !...

    Pour moi, il faut surtout sortir du modèle du HIÉRACHIQUE, des structures pyramidales, qui ÉCRASENT le réel. Ce n’est pas un refus par principe du "vertical" !...

    Il doit exister de la "bonne" verticalité au service de l’horizontalité, comme de la "bonne"pédagogie politique au service de la spontanéité !...

    Aubert Sikirdji Le 4 décembre à 23:14
       
    • pas de malaise... "nous" sommes bien tous deux anti-autoritaires.
      A noter que l’art, de la poésie à la peinture, transcende à merveille des réalités autrement divergentes... rappelant que l’alphabet peut se transformer en formule magique incantatoire capable de redonner du sens au collectif, comme " Le parti, c’est nous ", de la même manière qu’il invite à prendre du recul sur les choses comme par exemple devant un tableau dont il faudra bien admettre qu’il " [...] n’est pas la pipe " que le peintre y a représentée...

      Faut-il ajouter que le peintre et le poète ne s’opposent pas pour autant car après tout, lorsque l’un et l’autre choisissent simultanément plutôt le chemin de la subversion que celui de la contemplation, alors ils auront plus en commun qu’avec respectivement n’importe lequel de leurs pairs.

      carlos Le 5 décembre à 10:01
  •  
  • @ carlos

    ...Le plus "démocratique" et partageur ne peut se passer d’être "poétique" !...
    Nous ne sommes plus à la même époque... Mais reprenons Paul Éluard...

    ...Qui parle de :

    « ...la foule joyeuse qui descend du jour
    Où chacun pourrait être juste à tout jamais

    Et rire de savoir qu’il n’est pas seul sur terre
    A vouloir se conduire en vertu de ses frères
    Pour un bonheur unique où rire est une loi »

    ( extrait de : "Ce ne sont pas mains de géants", dans "Poésie ininterrompue")

    ...L’on peut toujours tiquer ici sur l’idée de "BONHEUR UNIQUE" (si tant est que produire du commun ce n’est pas produire de l’unique...) , comme là sur "UNE SEULE VISION"... :

    « Laissez les influences jouer librement, inventez ce qui a déjà été inventé, ce qui est hors de doute, ce qui est incroyable, donnez à la spontanéité sa valeur pure.
    Soyez celui à qui l’on parle et qui est entendu. Une seule vision, variée à l’infini.

    Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. »

    ( Ralentir travaux, 1930)

    Il n’empêche...

    C’est par l’art que se ressent le mieux l’unité de la diversité...

    Aubert Sikirdji Le 5 décembre à 13:59
  •  
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