Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 30 octobre 2020

Face au Covid-19, « le confinement est la seule solution »

Fallait-il reconfiner ? Existe-t-il une alternative ? Quelles critiques peut-on faire à la politique sanitaire du gouvernement ? On a causé avec le docteur Nathan Peiffer-Smadja.

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Nathan Peiffer-Smadja est infectiologue à l’hôpital Bichat.

 

Regards. Emmanuel Macron a décidé, unilatéralement, de reconfiner la France. Des voix s’élèvent pour dénoncer un « remède pire que le mal ». Sans tomber dans le négationnisme du Covid, y a-t-il une alternative au confinement ?

Nathan Peiffer-Smadja. Actuellement, le confinement est la seule solution. Et encore, ce reconfinement est un peu light. On n’arrivera probablement pas à endiguer l’épidémie aussi rapidement qu’en mars. Ça va se payer très cher. Le gros problème, ça n’est pas tant les malades du Covid que toutes les pathologies qu’on ne prend pas en charge. La surmortalité et la dégradation de l’état de santé de la population liées aux conséquences du Covid, on en verra les impacts dans des années et ça ira bien au-delà des dégâts causés par le Covid lui même. Effectivement, il y a une petite diminution des polytraumatisés, des comas alcooliques, grâce au confinement, mais ça ne compense pas du tout les lits qu’on perd pour gérer les infections graves, les pathologies chroniques, les cancers, les décompensations de diabète, les AVC, les infarctus. Ces gens-là sont laissés sur le carreau, c’est ça qu’il faut bien comprendre et c’est pour ça que le Covid concerne tout le monde, c’est pour ça qu’il faut limiter l’épidémie et confiner.

 

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Quelles critiques peut-on formuler à l’encontre de la politique qui est menée ?

On peut critiquer la politique qui est menée sur le long terme. Les gouvernements successifs ont cassé le service public hospitalier au profit de la santé privée. Il y a une américanisation de notre système de santé. On manque aussi de vraies politiques de prévention et de santé publique. Comme on fait de la tarification à l’activité, la prévention ne peut pas être cotée. On n’a ni le temps ni le financement pour ça. Puis, plus précisément concernant le Covid, on peut regretter qu’il y ait eu une série de mesurettes depuis cet été – où l’on savait que le virus circulait massivement –, on a vu que cette stratégie de la riposte graduée ne marche pas. Il faut en tirer les leçons. Il faut des mesures fermes avant que la situation ne soit critique. Mais les gens n’étaient pas prêts à accepter des mesures fermes alors qu’il n’y avait pas d’hospitalisations et pas de décès – c’est une faillite de la mentalité de prévention, extrêmement favorisé par le discours « rassuriste ». Pourtant, dès le début de l’été, le Conseil scientifique a dit qu’en octobre-novembre, il va y avoir un problème, vu la direction que l’on prend. Il aurait fallu investir plus sur le tracing des cas, prioriser la politique de tests sur les cas contact et mettre quelque chose en place pour isoler les gens porteurs du virus. À Taïwan, ils ont utilisé les hôtels pour ça. Demander aux gens de rester chez eux, quand le foyer est de 3, 4, 5 personnes, ce n’est pas comme ça qu’on évite les transmissions. Mais même si certaines choses auraient pu être mieux faites et plus tôt, il y a une incertitude globale concernant le Covid, et une part de fatalité non négligeable. Les Allemands ont mis en place tout ce que je vous dis, et pourtant ils sont dans une situation compliquée actuellement.

« Comme on prend des mesures maintenant, il est probable qu’on ait une sorte de lune de miel à la fin de l’année, comme on a eu cet été. Il ne faut peut-être pas empêcher formellement les fêtes, mais il faudra réagir très tôt après. »

Concernant les lits, Emmanuel Macron, lors de son allocution du 28 octobre, a déclaré : « Nous avons repoussé nos capacités qui sont passées de 5000 lits avant la première vague à 6000 aujourd’hui, nous allons les porter au-delà de 10.000 lits en réanimation. » Une déclaration qui semble contredite par les soignants. Qu’en est-il selon vous ?

Je ne sais pas du tout comment ils calculent ça. Je ne vois pas où est-ce qu’ils ont ouvert des lits. À Bichat, il n’y a pas eu d’augmentation de lits. On a un peu plus de possibilité de réanimation, mais rien de très significatif. Après, depuis la première vague, le gouvernement ne pouvait pas faire grand chose. Ce n’est pas en huit mois qu’on forme des infirmiers, des réanimateurs, en nombre suffisant pour ouvrir suffisamment de lits. Ils auraient pu s’intéresser à l’hôpital public bien avant cette épidémie, mais ça c’est un problème qui concerne tous les gouvernements récents.

Comment jugez-vous le comportement de la population face à cette épidémie ?

Les choses ont été respectées, les Français ont joué le jeu. Même s’il y a toujours une part de la population qui ne va pas suivre. Il y a des jeunes qui ont fait des soirées cet été, mais bon, on ne va pas empêcher les gens d’être ce qu’ils sont.

Pourtant, nous n’avons pas connu de mouvements de contestation comme l’Allemagne ou l’Italie…

C’est vrai, ça m’a étonné. Mais on a probablement la plus grosse brochette de professeurs rassuristes. On a un noyau fort de gens très bien placés dans l’establishment de la recherche qui ont tenu des discours complètement délirants. Ça, peu de pays l’ont eu.

« C’est très probable que la deuxième vague soit pire que la première, car on a pris des mesures un peu plus tard, étonnamment, alors qu’il y a probablement plus de cas qu’au moment du confinement du printemps, et plus d’hospitalisations. Et parce qu’on a reconfiné moins strictement. »

Ne craignez-vous pas que tout craque à l’approche des fêtes de fin d’année ?

Non, comme on prend des mesures maintenant, il est probable qu’on ait une sorte de lune de miel à la fin de l’année, comme on a eu cet été. Il ne faut peut-être pas empêcher formellement les fêtes, mais il faudra réagir très tôt après car on risque d’avoir des hauts niveaux de circulation virale, sans hospitalisation ni décès. Là, il faudra être ferme, continuer le télétravail partout où c’est possible, garder le protocole sanitaire dans les écoles, etc.

Enfin, on évoque énormément une seconde vague « pire que la première ». Pourquoi ?

Malheureusement oui, c’est très probable qu’elle soit pire, dans tous les domaines. On a pris des mesures un peu plus tard, étonnamment, alors qu’il y a probablement plus de cas qu’au moment du confinement du printemps, et plus d’hospitalisations. Et on a reconfiné moins strictement. Dans trois semaines, un mois, on sera à un nombre de décès quotidien qui dépassera le pic de l’épidémie en mars.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

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Vos réactions

  • Que d’arrogance ! A part traiter les médecins qui ne sont pas d’accord avec vous de "délirants", vous n’amenez aucun argument rationnel pour démontrer que ce reconfinement était nécessaire.

    Bien sûr, le "virus est là". Et alors ? Le virus de la grippe est là chaque année et tue bon nombre de personnes fragiles en dépit des campagnes de vaccinations, et personne n’a jamais proposé de confiner la population en raison de cette épidémie saisonnière. Alors ? Où sont les données précises et indubitables qui montrent que pour cette covid, il est nécessaire de boucler tout le monde ?

    Par exemple, essayez de nous expliquer pourquoi l’Allemagne a un taux de létalité covid 5 fois moins élevé que le notre ! Essayez de nous expliquer pourquoi la Suède qui n’a jamais confiné, a un taux de létalité par million d’habitants pas plus élevé que le notre. Je m’arrête là mais votre article est un exemple typique de la langue de bois de la technostructure qui nous gouverne.

    Audois Le 31 octobre à 11:59
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  • Des colabos....
    qu ils aillent au diable avec leurs confinements, masques, vacc...
    vous nous faites ch... avec votre grippe.
    ça commence à bien faire...

    pierre Le 1er novembre à 01:25
  •  
  • D’accord avec les deux commentaires... Je ne comprends pas ce qui s’apparente à une destruction de notre tissu économique et de biens des équilibres psychologiques individuels déjà précaires. Je ne supporte pas le pouvoir médical : soigner, oui mais l’injonction à se sacrifier pour éviter le soin, non. La vie est un risque permanent.... chose curieuse, quand même, la précarité économique est considérée comme un formidable aiguillon par nos élites néo-libérales, la vie dans sa dimension incertaine, celle-là même qui apporte jour après jour son lot de bonnes et de moins bonnes surprises, est devenue un problème. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que je qualifierai ici d’extension du domaine du salariat à la société dans sa globalité avec la langue si bien décrite par Barbara Stiegler. La prévention des risques est au premier plan non pas pour préserver la santé des travailleurs mais pour éviter tout risque juridique à l’employeur : au moins dans le cas de cette pandémie, "on ne pourra pas nous reprocher de n’avoir rien fait."
    Je suis pour ma part désespéré par le suivisme de bon nombre de mes concitoyens, par cette peur que j’ai du mal à qualifier (certains parlent de bouffée délirante collective et je les rejoins même si je préfère en adepte de l’anthropologie, la notion de transe, état semi-conscient de l’individu sous l’emprise d’un tiers, hypnotiseur, mort ou communiquant...

    Jean-François Le 1er novembre à 20:43
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  • Quel est ce délire ? Le confinement n’a jamais démontré son efficacité. La cloche d’infections suit exactement le même rythme que sans confinement.
    Wuhan : ce n’est pas le confinement qui a fait ses preuves mais la "fermeture des frontières" de la ville / province. Solution qui n’a jamais été mise en oeuvre en France, par idéologie d’abord, par incompétence ensuite. Alors c’est certain, confiner un pays entier, est pratiquement l’enfermer. Mais ça n’a pas empêché de nouveaux variants d’arriver (juin à août, puis un autre depuis août / septembre).
    Il est grand temps de rétablir des frontières, pas à 100% et donc de tester massivement aux points d’entrée qui seront ouverts (aéroports, gares internationales, frontières terrestres limitées). Nous avons parfaitement la capacité de le faire, vu ce que l’Etat jette par la fenêtre pour imposer le chômage partiel.

    JS Attié Le 2 novembre à 03:19
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  • Globalement d’accord avec ce texte ! JE LE SIGNE DONC, même si certains arguments me paraissent fragiles, voire erronés ...

    Je le signe, en regrettant qu’il ne comporte pas un paragraphe de propositions alternatives, qui aurait pu s’intituler « INFORMER, LIBÉRER, SOUTENIR », en remplacement de « Tester, Alerter, Protéger » :
     INFORMER = communiquer, à tous les niveaux, en particulier local (notamment communal et départemental), les données détaillées (foyers de contaminations, profils précis des personnes hospitalisées, en réanimation, décédées ...) permettant à chacun.e de mesurer, avec l’aide du personnel médical et paramédical, son degré de sensibilité devant le covid, et les risques correspondants (comme vis à vis du tabac ou de la voiture ...).
     LIBÉRER = au lieu du confinement imposé à tous, laisser les gens, forts des informations données et des conseils reçus, gérer eux-mêmes leurs déplacements et leurs activités en fonction des risques qu’ils acceptent de prendre (comme vis à vis de la voiture ou du tabac ...).
     SOUTENIR = permettre à chacun.e d’être isolé du risque si besoin (lieux d’hébergements spécifiques, droit de retrait systématique), appui aux personnes qui en ont besoin par des personnels dédiés (local, départemental, régional et national), via des embauches spécifiques ...

    Un tel plan, basé sur l’information, la confiance et la liberté, devrait probablement comporter malgré tout quelques interdictions ou consignes contraignantes (notamment pour éviter les situations qui conduiraient des individus à se trouver "piégés" contre leur gré dans des environnements contaminants).

    Utopique, irresponsable, je ne pense pas !
    Améliorable, certainement !
    Hauts les cœurs !

    LANGLOIS JG Le 4 novembre à 14:48
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  • " ... le Covid concerne tout le monde, c’est pour ça qu’il faut limiter l’épidémie et confiner"... c’est en raison de l’état déplorable de l’hôpital public, entretenu par le gouvernement. Pourquoi est-ce passé sous silence dans cette phrase, pourquoi n’est-ce pas écrit ?

    "C’est très probable que la deuxième vague soit pire que la première"... Toute personne sensée sait qu’une maladie respiratoire va plus se répandre quand on est à la porte de l’hiver que quand l’été arrive ! Les rhumes et les grippes c’est en hiver, les enfants eux mêmes le savent. Heureusement nous avons l’avis d’un infectiologue.

    « Je ne vois pas où est-ce qu’ils ont ouvert des lits. »... Merci pour l’honnêteté.

    "Dans trois semaines, un mois, on sera à un nombre de décès quotidien qui dépassera le pic de l’épidémie en mars"... C’est Dieu qui est interviewé, ou bien ?!

    Flo Le 10 novembre à 23:54
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  • sxOuynkFpeJv

    arBHfCYRK Le 19 novembre à 03:38
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  • Avec un mois de recul l’auteur de cet article devrait trouver matière à réflexion sur le confinement et reconsidérer totalement son point de vue ...En effet L’observatoire des eaux usées ( Aubépine ) lancé en juillet pour réaliser un suivi en temps réel des traces du virus Sars Cov2 dans les eaux usées sur tout le territoire national a constaté la chute de traces de Sars Cov 2 en Ile de France bien avant que le couvre feu et le confinement ne puissent porter leurs fruits
    Le pic épidémique aurait eu lieu mi-octobre le 17 le premier jour du couvre-feu suivi d’une forte baisse jusqu’au 2 novembre .
    Si on s’en tient seulement au nombre de contaminations le pic aurait été atteint le 2 novembre soit 4 jours après le début du confinement …Donc l’hypothèse de la baisse grâce au confinement ne tient pas la route ! Quant à rester sur cette profession de foi cela relèverait du charlatanisme car ne reposant sur aucune rigueur scientifique …

    La suite ne fait que confirmer la tendance . Selon les données de santé publique France le nombre de tests positifs ( non des cas… ) est passé de 48000 le 3 novembre à 27000 le 12 novembre …
    Dans la capitale on est passé de 2000 nouveaux tests positifs par jour à 600 le 12 novembre …
    Par ailleurs dans une autre étude menée avec des chercheurs et médecins de l’Irmes, du CNRS, de l’AP-HP et autres le Pr JF Toussaint montre que le confinement n’a aucun impact sur la mortalité . Voir le site euromomo.eu

    jaime Le 22 novembre à 15:54
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