Accueil > Monde | Par Adélie Chevée | 25 juin 2018

Fausse crise des migrants, vraie crise de l’Europe

Seize pays de l’UE se sont réunis dimanche 24 juin à Bruxelles pour discuter de la question des migrants, sans parvenir à proposer une position commune – une inefficacité qui reflète le manque de volonté pour coordonner les politiques d’asile au niveau européen.

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Dans les faits, on est loin d’une situation comparable à la crise de 2015. Un million de migrants et réfugiés étaient alors arrivés par terre et mer en Europe. Le flux s’est largement tari depuis. En 2018, ils ne sont que 73.000 à avoir abordé les côtes européennes, soit une baisse de 50% par rapport à l’année dernière à la même période. Par ailleurs, les demandes d’asile en 2017 ont baissé de 44% en Europe par rapport à 2016. Ces chiffres s’expliquent notamment par la fermeture de la route des Balkans et la mise en place d’accords avec la Turquie et la Libye.

Ce sont des polémiques récentes qui ont renouvelé les tensions au niveau européen. L’Aquarius, affrété par des ONG pour venir en aide à 629 migrants, s’est vu refuser l’accès aux ports italiens avant de faire route vers l’Espagne. En Hongrie, le parlement vient de voter une loi pénalisant les associations d’aide aux migrants et une modification constitutionnelle destinée à empêcher l’imposition de quotas de migrants par l’Union européenne.

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Il ne s’agit donc pas d’une crise migratoire mais bien d’une crise politique. La réforme de la politique européenne sur l’asile et les migrations se fait attendre. Car le système actuel dit de « Dublin III » ne tient plus. Il oblige les migrants qui souhaitent déposer une demande d’asile à le faire dans le premier pays où ils sont arrivés. Ce système de relocalisation très coûteux fonctionne mal, le taux de transfert des demandeurs d’asile vers leur pays d’arrivée n’étant que de 4% selon une étude de la Commission européenne.

De plus, Dublin III ne tient pas compte de l’inégale pression des Etats par rapport aux arrivées. Les pays aux frontières de l’Europe comme la Grèce ou l’Italie ont ainsi sévèrement souffert du manque de solidarité pour alléger leur « fardeau » lors du pic de 2015. Les quotas qui visaient à répartir sur le continent 160.000 migrants arrivés en Grèce et en Italie n’ont pas été respectés.

Pas de crise migratoire, mais une crise politique outre-Rhin

A la volonté d’une réponse délayée de la crise de 2015 s’est ajoutée une crise politique en Allemagne. La semaine dernière, Angela Merkel a fait face à une pression de la part de la CSU (Union chrétienne-sociale en Bavière) avec qui elle cohabite. Cet allié bavarois souhaite le renvoi des demandeurs d’asile arrivant par le sud et menace la fragile coalition de la chancelière allemande. En agissant unilatéralement à la frontière, la CSU peut créer un effet domino en Europe, d’autres pays agissant de même. L’initiative de la Commission européenne de tenir un mini-sommet sur la coopération européenne au sujet des migrations visait donc à venir au secours de l’exécutif allemand.

Ce sauvetage par la Commission a d’abord déplu à l’Italie. Celle-ci n’a pas bénéficié d’un tel traitement de faveur quand elle demandait plus de solidarité pour la répartition des migrants. Elle a fait un temps planer le doute sur sa possible participation au mini-sommet. Le ministre de l’intérieur Matteo Salvini, leader d’extrême droite de la Ligue italienne, a par ailleurs multiplié les joutes verbales avec Emmanuel Macron, accusant le chef de l’Etat français d’« arrogance » sur le sujet des migrants.

Le mini-sommet devait préparer le Conseil européen du 28 et 29 juin, en réunissant à l’avance les pays qui souhaitent adopter une politique commune. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) s’opposent à une réponse commune et préfèreraient que les Etats demeurent souverains sur la question de l’asile. Ils ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas au mini-sommet – une déclaration plus qu’incongrue, puisqu’ils n’étaient même pas invités.

L’Europe en manque de solutions

Quelles sont les solutions envisagées par les leaders européens ? Le système de quotas, expiré en septembre 2017, n’a pas fonctionné. Une des réformes proposées par l’Allemagne est un nouveau système de répartition, imposé uniquement en cas de crise et avec des contreparties financières pour les Etats accueillant des migrants. Une solution inacceptable pour les gouvernements souverainistes de Visegrad... et pas assez ambitieuse pour l’Italie.

Le Conseil européen a, quant à lui, proposé une délocalisation de l’asile, en créant des « plateformes de désembarquement » dans des pays tiers comme la Tunisie et l’Egypte. Ces camps accueilleraient les personnes secourues en mer et permettrait le « tri » entre migrants économiques et futurs candidats à l’asile. S’ils devraient permettre d’empêcher les départs en mer, ils semblent cependant difficiles à mettre en œuvre sans l’accord des pays tiers, et posent des questions en matières de droits humains.

La dernière proposition en date est celle d’Emmanuel Macron et du nouveau chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Soutenus par Berlin, Paris et Madrid ont proposé la création de « centres fermés » sur le sol européen. Il existe déjà des hotspots non fermés en Grèce où les migrants attendent l’examen de leurs cas. La création de tels centres demanderait l’accord des pays concernés comme l’Italie. Celle-ci s’y est refusée jusqu’ici.

Une autre proposition mise en avant par des chercheurs seraient d’organiser les migrations du travail au niveau européen, en facilitant l’accès à l’immigration légale pour les demandeurs d’asile. Cette option n’est même pas envisagée par les leaders européens.

S’il a permis à Angela Merkel de souffler quelques jours, le mini-sommet de ce dimanche n’aura donc fait que souligner les tensions au sein de l’Europe sur la question des migrants. A la fin de la rencontre, la chancelière a d’ailleurs estimé que les accords bilatéraux au cas par cas seraient la solution la plus plausible – une situation diamétralement opposée au principe de coopération européenne. L’adoption d’une position commune au Conseil européen de cette semaine est plus que jamais improbable.

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