Accueil | Par Loïc Le Clerc | 16 mai 2019

France insoumise : faites que la farce Kotarac soit la dernière

C’est l’histoire d’un jeune homme engagé en politique, passé par le PS avant de rejoindre La France insoumise, avant de finir par rallier l’extrême droite, toute honte bue.

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Andréa Kotarac. Jusqu’à peu, personne n’étant pas dans l’univers La France insoumise (LFI) ne connaissait ce nom. Juriste en droit public, conseiller régional LFI en Auvergne-Rhône-Alpes, il fut également candidat aux législatives de 2017, dans la septième circonscription du Rhône.

Kotarac était considéré comme proche de Jean-Luc Mélenchon. En juin 2017, ce dernier disait de lui : « Quand je vois des jeunes, comme Elliott Aubin et Andréa Kotarac, prêts à reprendre le flambeau, je me dis que la France Insoumise a réussi. Je me dis que le fil rouge n’est pas près d’être rompu. »

 

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Kotarac fait partie de ceux, à LFI, qui ont fait des grands principes républicains, la laïcité en pointe, leur principal combat. Et c’est tout à leur honneur.

Sauf que, mardi 14 mai, Kotarac a rompu la ligne rouge, et pas qu’un peu. Dans une interview à la revue Eléments, revue d’extrême droite, il annonce sans sourciller :

« Etant né en 1989, je dois vous avouer être assez peu sensible aux tabous posés par la gauche en 1980. Je voterai donc pour la liste menée par Jordan Bardella et Marine Le Pen. »

Votre serviteur étant, lui aussi, né en 1989, il doit vous avouer qu’il n’avait pas bien saisi que le tabou du rouge-brun datait de 1980, mais c’est une autre histoire…

Il est très brun votre rouge

Les premières secousses du tremblement de terre – toute proportion gardée – se font déjà ressentir. Et là, qui est-ce qui déboule la bave aux lèvres ? Ruth Elkrief. BFMTV ne boude pas son plaisir : « Il passe de Mélenchon à Le Pen », peut-on lire en titre de l’interview. On ne peut pas dire que cette émission (un des rendez-vous politiques majeurs pour la chaîne d’info) ait pour habitude de recevoir un conseiller régional. L’occasion était trop belle. Elkrief jubile : « Mais vous venez de La France insoumise et vous allez au Rassemblement national ? », fait-elle mine de questionner à plusieurs reprises.

Que dit Kotarac ? Qu’il est temps de « faire barrage » à Macron. Que l’extrême droite est « la seule liste souverainiste », « la mieux à même de faire barrage à Macron » et qu’il a été « rassuré sur la fibre sociale » du parti de Marine Le Pen. On ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer.

Et concernant LFI, que dit Kotarac ? Que « sur l’immigration, Jean-Luc Mélenchon a un bon constat, il a dit que l’immigration était une souffrance […] puisque c’est une souffrance il faut l’arrêter. […] Je préfère que les gens vivent dignement, fièrement, chez eux. » Cela se passe de commentaires.

Kotarac a depuis fait savoir qu’il allait « rendre [s]on mandat de conseiller régional conformément à l’éthique qui est la mienne ». L’éthique, quelle bonne blague.

Bombe à retardement

La blague avait commencé quelques semaines auparavant, en réalité. Du 18 au 20 avril, Kotarac est à Yalta, en Crimée, territoire annexée par la Russie il y a cinq années. Marion Maréchal est aussi présente, comme Thierry Mariani – récent transfuge de LR au RN – et plusieurs centaines d’autres personnes. Mais ce sont bien eux trois qui nous intéressent ici. Notamment à cause des déclarations de Kotarac en personne :

« Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté nationale et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord. Je suis venu pour dire qu’une partie de la gauche française ne considère pas la Russie en ennemi, bien au contraire. »

Entre considérer la Russie en ennemi et se marier avec l’extrême droite, il peut y avoir un monde. Pas pour Kotarac. Sur BFMTV, mardi dernier, celui-ci assure que Marine Le Pen l’a soutenu après cette virée à Yalta. Tu m’étonnes.

A La France insoumise, une fois le choc encaissé, on a sorti l’artillerie lourde. Un communiqué cinglant du Parti de gauche, qui « prononce immédiatement son exclusion », évoquant un « épiphénomène ». Le député Adrien Quatennens fustige « un coup monté et un naufrage individuel », même Djordje Kuzmanovic se dit déçu, arguant qu’« appeler à voter RN, c’est ne rien comprendre au souverainisme ». De son côté, Jean-Luc Mélenchon évoque sur Twitter un « traître », avant de s’étonner que cette affaire devienne un « sujet médiatique », en lieu et place de la pure politique.

Il est certain que l’emballement médiatique est disproportionné, compte tenu de la portée politique que peut avoir un Kotarac. Néanmoins, les adversaires de LFI sabrent le champagne, l’extrême droite surtout.

Peut-on parler d’une simple erreur de casting, d’un élément isolé ? Il faut l’espérer. Mais à lire le communiqué des Jeunes insoumis de Clermont-Ferrand, le doute subsiste, lorsqu’ils expliquent que « la ligne souverainiste et nationaliste, républicain et laïque qu’incarne notre mouvement La France Insoumise ne peut en aucun cas passer par une alliance avec l’extrême-droite ». La ligne « souverainiste et nationaliste » ! Les mots ont un sens, les actes aussi.

 

Loïc Le Clerc

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5 novembre 2019
Par Amandine Mathivet

Au turbin !

Vos réactions

  • Tant que la politique restera un métier, ce genre de cas n’est pas de disparaître... "Conviction... à géométrie variable" quand tu nous tiens !

    carlos Le 17 mai à 10:24
  •  
  • Bien de l’avis de Djordje Kuzmanovic. Il y en a qui font pas la différence entre le souverainisme et le nationalisme.

    tartuf Le 19 mai à 10:03
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