Illustration Alexandra Compain-Tissier
Accueil | Portrait par Loïc Le Clerc | 1er mars 2019

François Ruffin, l’insoumis des Insoumis

Tout le monde l’aime. Qu’il harangue l’Assemblée ou s’agite dans la rue, François Ruffin, incarne une gauche vivante et séduisante. Difficile à classer, ambitieux, le député-reporter est un « électron-libre » qui veut sortir des orbites partisanes.

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François Ruffin, c’est un peu le "pote de gauche" qu’on aimerait tous avoir. Sympa, spontané, toujours prêt à mouiller le maillot. Lui, le journaliste picard, a vécu ces dernières années une ascension politique hors normes. Le hasard veut qu’il ait été scolarisé dans le même établissement privé catholique d’Amiens qu’un certain Emmanuel Macron. François Ruffin terminera ses études au Centre de formation des journalistes de Paris avec la publication d’un livre au vitriol contre l’établissement : Les Petits soldats du journalisme. La critique des médias sera sa porte d’entrée vers une culture politique. Le sous-titre de son journal Fakir résume assez bien l’état d’esprit du personnage : « Fâché avec tout le monde. Ou presque ».

François Ruffin a toujours été un « électron libre », comme il aime se qualifier. Certes, il est bien entouré. Il a sa bande, sa fanfare qui le suit depuis Fakir. Dès son arrivée au Palais Bourbon, le « député-reporter » détonne. Avec ses chemises hors du pantalon dans l’hémicycle, son phrasé hésitant, ses "ouais", François Ruffin passe pour un mec normal, hors du sérail politique habituel. Le style est neuf, créatif, incisif sur les réseaux sociaux. Avec les 60.000 abonnés à sa chaîne YouTube, chacune de ses vidéos fait mouche lorsqu’il attaque la macronie. Sa première mission d’élu sera de montrer les coulisses du pouvoir, quitte à casser les "off" et les discussions privées. De plus, comme les députés espagnols de Podemos, il renonce à une partie de son salaire d’élu pour ne conserver qu’un smic. De quoi faire râler Alexis Corbière qui soulignait alors le « patrimoine » de son collègue, faisant référence aux royalties gagnées grâce à son film "Merci patron !".

François Ruffin est un intouchable. Du moins, l’attaquer frontalement est un risque trop grand politiquement. Pour dresser ce portrait, peu nombreux sont ceux qui ont bien voulu nous parler. Y compris parmi celles et ceux qui, bienveillants, en auraient assurément dit du bien. La moindre critique serait « mal vécue, mal interprétée », nous dit-on, ou encore que le sujet serait « trop délicat ». Une critique pas « entendable », vu le contexte.

Le sens du spectacle

François Ruffin, « c’est un homme de coups, assure un ami proche. Il se fixe un objectif et met tout en œuvre pour l’atteindre ». Sa carrière journalistique et politique en est parsemée. Fakir, évidemment, "Merci patron !", qui lui a valu un César, "La fête à Macron", etc. Avec un certain sens du spectacle.

Un de ses premiers coups, c’est à Amiens qu’il l’élabore. En 2002, un jeune homme de dix-neuf ans tombe d’un échafaudage sur un chantier d’insertion. François Ruffin publiera quelque temps plus tard Quartier Nord, livre enquête dans lequel il vilipende une municipalité qui n’assume pas ses responsabilités. Mais cet ouvrage lui a aussi causé du tort parmi les habitants. Au point que, onze ans après sa publication, lors de sa campagne législative, il se fait conspuer sur un marché. Il faut dire que, dans son livre, il qualifiait l’un d’entre eux de « président couscous aux pieds de cochon » vivant au milieu des « paumés, des camés, des rangés, des dérangés et des RG ». On frôle le mépris de classe, voire le racisme ordinaire. Ce livre, c’est d’ailleurs la seule condamnation en diffamation de François Ruffin.

« Il est un député-journaliste-césarisé dans un discours médiatique qui construit des figures de grands leaders. C’est un jeune homme blanc, il coche plusieurs cases. »

Danièle Obono, députée LFI

Avec "Merci patron !", il prend une nouvelle dimension. Son visage devient familier au-delà du cercle des militants et journalistes. L’histoire de ce film raconte assez bien celle de "l’agitateur" : aidons les petits à emmerder les puissants jusqu’à ce qu’ils rendent l’argent. À la clé : un César. De ces récompenses qui donnent des frissons de gauche tout en permettant à l’élite intellectuelle de racheter sa place au paradis. Ken Loach connaît bien ça. Pourtant, le film essuie tout de même quelques critiques dans les rangs de la gauche. Ainsi le collectif Le Seum n’y vit que « mépris de classe » et « condescendance de merde », masqués derrière « une sorte de paternalisme héroïque ». Même ressenti du côté d’Attac, qui pestait à l’époque : « La lutte des classes, ce serait donc cela ? Monter un coup ? [...] Tout repose sur la capacité de manipulation et la roublardise de François Ruffin qui joue tous les rôles ou presque… tandis que le vrai couple de licenciés lui, joue sa vie . » C’est que François Ruffin n’est pas un prolo. « Il a une éducation de petit-bourgeois, glisse le député MoDem Richard Ramos. Il reste chez lui cette culture qu’il essaie de planquer, mais elle est dans sa pensée. » Aux Inrocks, en mai 2016, François Ruffin lui-même se qualifiait de « petit-bourgeois intello ». Et ça l’embête quelque peu car, s’il défend les petits, il n’est pas des leurs. Au point que les syndicalistes de Whirlpool lui ont demandé de prendre un peu de recul sur leur lutte. À vouloir trop bien faire, on finit par en faire trop.

Apôtre des petites luttes

À peine a-t-il le temps de savourer le succès de son film "Merci Patron !" que Nuit debout éclate place de la République à Paris. Là encore, François Ruffin n’y est pas pour rien. C’est bien lui qui, un 31 mars 2016, à l’occasion de la projection de son film après une manif contre la loi Travail, appelle les gens à « ne pas rentrer chez eux ». Un gros mois de mobilisation durant lequel François Ruffin aura cherché un moyen pour que "nuitdeboutistes" et syndicats trouvent une voie commune. En vain. Symbole de cet échec : la soirée 20 avril 2016, à la Bourse du travail. François Ruffin espère tracer les grandes lignes de "l’étape d’après". Mais le débat compte pour du beurre. À la fin, une feuille de papier est distribuée au public, "Pour un 1er mai commun", que chacun n’avait plus qu’à signer. Tout était prévu. L’expérience Nuit debout n’aura pas été franchement concluante. Et François Ruffin y voit un responsable : la démocratie, directe ou participative, appelez-la comme vous voulez.

Les "petites luttes" face aux gros riches, voilà la pointe de son combat. L’usine Whirlpool d’Amiens, François Ruffin est là. Quand un club de foot amateur va crever, François Ruffin arbore son maillot à l’Assemblée. « On se moque de Ruffin quand il commence ses phrases par : "J’ai rencontré Madame Machin", moi, c’est ce qui me plaît chez lui », lance Richard Ramos. Il aime le particulier, l’anecdote. À l’excès, parfois.

C’est que François Ruffin est « en plein cœur du réacteur, estime un député communiste. Les pauvres, les riches, le capital, etc. Il est très "lutte des classes" mais, quelque part, il cantonne les gens là où ils sont. » En octobre 2017, le collectif Le Temps des lilas l’invite à débattre "protectionnisme" avec Olivier Besancenot. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les lignes divergent. François Ruffin dégaine : « Notre gauche a loupé un coche pendant très longtemps, et elle a précipité les gens vers le Front national, et là, je le pense et je te le dis, tu as une part de responsabilité, le NPA a une part de responsabilité car il fut un temps où notre gauche, c’était le NPA, et c’était toi. »

Au fil de la discussion, François Ruffin développe une ligne hyperprotectionniste, assurant que « le protectionnisme n’est pas une solution, mais un moyen [...] la condition nécessaire à ce que l’on puisse avoir un projet politique, le truc qui permet que, peut-être, on avance ». On pourrait croire qu’il se cantonne à une forme de protectionnisme économique. Que penser, alors, de sa déclaration du 13 septembre 2018, sur le plateau de franceinfo : « On ne peut pas dire que la France va accueillir tous les migrants, ce n’est pas possible. Maintenant, il y a un devoir d’humanité qui doit demeurer » ? Rocard, sors de ce corps !

L’enquête d’abord

François Ruffin fait profession de ne pas s’exprimer sur des dossiers qu’il estime ne pas bien connaître. Le 21 septembre 2017, lors d’un meeting sur les violences policières au Havre, le militant antiraciste Youcef Brakni offre au député un t-shirt "Justice pour Adama", du prénom de ce jeune homme mort après avoir été interpellé (sans aucun motif) par trois gendarmes à Beaumont-sur-Oise, à l’été 2016. Au micro, devant Assa Traoré, sœur d’Adama, François Ruffin lance alors : « Moi, je crois à l’enquête d’abord. Aujourd’hui, je suis sensible aux propos car j’ai publié un papier, mais je ne vais pas me positionner avant d’être intimement convaincu. Je veux faire mon travail. En toute matière, je mène l’enquête d’abord. Ce à quoi je peux m’engager, c’est vous recevoir pour que vous me filiez les preuves et que je mène l’enquête pour que j’en sois intimement convaincu. » C’est le journaliste qui répond. Le député se fait huer et ajoute alors : « Je n’ai pas pris position pour Rémi Fraisse ». Le malaise est palpable. Quelques jours passent. Sur Facebook, Assa Traoré poste une réponse cinglante : « Vous ne nous devez rien, François Ruffin. Autant que nous ne vous devons, ni ne vous devrons jamais rien. Nous ne sommes pas dupes, nous n’attendons rien de vous. »

Un an plus tard, le député-reporter participera à un débat avec Assa Traoré dans l’émission de son ami Daniel Mermet "Là-bas si j’y suis". Le dialogue s’ouvre. François Ruffin plaide pour que des personnes comme Assa Traoré puissent être parlementaires, aussi parce qu’il apparaît évident que ce n’est pas lui qui portera les espoirs et les détresses des quartiers populaires. Dans une interview à Hustle Magazine, Youcef Brakni est formel : « Il représente à merveille cette gauche qui refuse de prendre en compte ces questions [du "racisme structurel" en France] comme priorité. [...] Il veut "mener l’enquête", mais l’enquête a déjà été menée, par nous, par ceux qui luttent. Comme ceux qu’il défend à Moulinex, Good Year, à Continental, dont il ne va jamais remettre en cause la parole. Il ne va pas enquêter, évidemment. »

Sur l’international, François Ruffin n’a pas plus à dire. À Jean-Jacques Bourdin, en août 2017, il rétorque : « Moi, le Venezuela, la Syrie, je ne connais pas trop, je ne préfère pas en parler ». L’égalité femmes-hommes n’est pas non plus sa tasse de thé. En pleine Nuit debout, un ancien journaliste de Fakir commente un article de Slate sur les violences sexistes qui ont cours place de la République : « Ruffin considère le féminisme comme un truc de petit-bourgeois ». Et quand, le 8 mars, il dénonce à la tribune de l’Assemblée les conditions de travail des femmes de ménage, il défend plus les ouvrières que les femmes.

Solitaire mais populaire

Danièle Obono tempère : « Il a l’honnêteté de ne pas répondre sur les sujets qu’il n’a pas travaillés ». Cela pourrait être une qualité. Sa collègue députée insoumise croit savoir que François Ruffin « a une manière journalistique d’approcher les dossiers ». Le député Ruffin est politique sans en être un. Une sorte de signifiant vide dans lequel les colères de chacun peuvent facilement s’agréger.

Sur son site de député, une phrase attire l’attention : « Je ne vous promets pas la lune, mais face aux puissants, je m’engage à ça : ne pas courber l’échine, me tenir droit ». Les petits, les gens, les ouvriers. Voilà qui François Ruffin entend représenter. S’il fallait mettre un visage sur le populisme au sein de La France insoumise, ce serait assurément le sien. D’autant que François Ruffin, bien que personnage solitaire, place toujours ses projets politiques dans une démarche unitaire. Rassembler, c’est son dada – s’il en est à l’initiative. Quitte à casser les codes, comme lorsqu’il invite sur sa chaîne YouTube, en direct de la buvette de l’Assemblée, son « camarade de combat » Richard Ramos, avec lequel il mène une lutte contre l’industriel Bigard. François fait ce qu’il veut. Les bisbilles et les politicailleries, ça n’est pas pour lui. Il peut aller à la Fête de l’Huma, quand bien même les Insoumis la boycottent, puis partir en vacances en pleine université d’été de LFI, personne n’y trouve à redire. « C’est un insoumis des Insoumis  », s’amuse son « ami du MoDem ».

« Contrairement à Mélenchon, Ruffin incarne le souffle du non-dit, de ces gens qui veulent retourner la table. Je le blâme en lui disant que, malheureusement, il va être président de la République. Sa fonction politique devra dépasser sa personne. »

Richard Ramos, député MoDem

Et malgré tout, dans les sondages, en octobre 2018, François Ruffin est plus populaire que Jean-Luc Mélenchon chez les "sympathisants de gauche". 48% d’opinions favorables contre 41%. « Il est un député-journaliste-césarisé dans un discours médiatique qui construit des figures de grands leaders, analyse Danièle Obono. C’est un jeune homme blanc, il coche plusieurs cases. » Si cette popularité peut s’expliquer par un ras-le-bol de "JLM", c’est avant tout parce que François Ruffin est peut-être celui qui parle au plus grand nombre à gauche, actuellement. Passant pour un gars issu de la société civile, pas trop politisé, il plaît. « Il est capable d’aller au-delà de son propre périmètre », nous dit Richard Ramos, précisant que, selon lui, Ruffin « aurait plus sa place chez les communistes qu’à la France insoumise ». Dans Libération, en mars 2017, François Ruffin revient sur sa campagne : « Ma première action, c’était d’aller rencontrer les salariés de Whirlpool, parce qu’avant ça, il n’y avait que le Front national qui tractait devant ». Aller chercher le RN (ex-FN) là où il pense être dans sa zone de confort, c’est aussi ça, François Ruffin.

Agitateur imprévisible

Avec les "gilets jaunes", il a senti le moment. Et ça s’entend, ça se voit. François Ruffin est comme un poisson dans l’eau là où son président de groupe force le trait. Un mouvement comme celui-là, « ça fait vingt ans que je l’attends », s’enthousiasme-t-il. Depuis ce fameux 17 novembre 2018, le député bat littéralement la campagne. Son enthousiasme est sans précédent. Il tente des coups tous les jours ou presque. Place de la République le 29 novembre, avec son ami Frédéric Lordon et Assa Traoré, il invoque l’esprit de Nuit debout. Échec. Pas de temps à perdre. Le 2 décembre, au lendemain de l’acte III des gilets jaunes, il convoque une conférence de presse aux abords de l’Élysée. Il vient y « rapporter l’état d’esprit de [ses] concitoyens », citant des propos de gilets jaunes glanés çà et là dans sa circonscription, notamment : « Il va terminer comme Kennedy ». Une phrase choc qui démontre les limites du "député-reporter". Il ne s’attarde pas plus. Le 5 décembre, devant la presse, François Ruffin jubile : « Je suis fier de mon peuple ». On le voit partout, à Paris comme en région. Il fait même la une des Inrocks, où il s’autoproclame « porte-parole du peuple ». On note là une nette progression sémantique par rapport à avril 2016 où, sur franceinfo, il se disait « porte-parole de la France périphérique ».

 

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Osons le dire, François Ruffin, c’est le fils spirituel de Coluche. La cohérence de François Ruffin se retrouve dans le mouvement des gilets jaunes. Et elle s’impose petit à petit à la France insoumise. François Ruffin n’attaque pas les journalistes, lui, il s’en prend directement au président de la République. La critique des médias, c’était avant-hier. Hier, c’était Bernard Arnault. Aujourd’hui, Ruffin vise le "Palais". Tout ça fonctionne très bien en tant que député, mais pour être plus, ça bloque… Sur sa chaîne Youtube le 23 novembre 2017, François Ruffin paraissait bien pessimiste : « J’éprouve un certain vertige à l’idée qu’on puisse détenir le pouvoir. Je ne nous sens pas prêts. »

« Ce qui est compliqué avec François, c’est que l’idée d’être député a germé toute seule dans sa tête. Il y a deux ans, il disait que la politique, c’était pas son truc. Il est très imprévisible. Si ça se trouve, il ne se représentera pas ! », nous explique son "ami", assurant que François Ruffin n’a « aucune idée de ce qu’il fera en 2022. Donc, pour l’instant, on n’évoque jamais le fait de remplacer Mélenchon ». Et Ludo, cofondateur de la chaîne "Osons causer", de s’amuser avec la politique-fiction : « Il est tellement agitateur que si ça se trouve, il va partir en campagne en caravane dans trois jours ! » Pour autant, jamais François Ruffin n’évoque publiquement une quelconque ambition. « C’est un menteur ! », assène Richard Ramos. Le député centriste s’explique : « Contrairement à Mélenchon, Ruffin incarne le souffle du non-dit, de ces gens qui veulent retourner la table. C’est viscéral. Je le blâme en lui disant que, malheureusement, il va être président de la République. Sa fonction politique devra dépasser sa personne. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui. »

 

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Quant à savoir quel président ferait François Ruffin, il faut réécouter son interview à Arrêt sur images, pendant l’été 2018. Il évoque Jacques Brel. Le chanteur « a fait de moi un homme de gauche », raconte le député. Et de préciser : « C’est ce côté christique, la capacité à se solidariser avec ce qu’il y a de plus faible dans l’humanité. [...] Je pense que je remplis une fonction spirituelle – je sais que ça peut être prétentieux. Je n’agis pas sur la réalité de la matière, je n’ai rien transformé, mais je [...] lutte contre la résignation, contre l’indifférence, contre le découragement. » Tellement Ve République.

 

Loïc Le Clerc

L’embarras du Chouard

Étienne Chouard, la soixantaine, ancien prof d’éco-gestion, s’est fait un nom en 2005, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Hors du champ médiatique classique, il s’est affirmé sur deux thèmes de prédilection : démocratie et souveraineté populaire. Ses vidéos et ses conférences font toujours un carton.
Certes, François Ruffin a mieux senti que quiconque la nécessité de prendre la vague jaune. Mais à trop naviguer à vue, on risque de se voir emporter par la marée descendante. Tout est parti d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale mi-décembre, de ces conférences institutionnelles desquelles ne sort jamais rien. Là, François Ruffin sème le trouble en évoquant le référendum d’initiative citoyenne (RIC) : « Il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction, nommons-les, Étienne Chouard et ses amis, l’ont semé, l’ont arrosé depuis des années. » Les échanges de regards de ses camarades députés en disent long.

Clémentine Autain réagit de manière critique, évoquant sa sensibilité aux « dérives rouge-brun ». Ruffin n’en renchérit pas moins sur Twitter : « J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? »

La digue est sur le point de céder. Pourtant, en 2013 dans Fakir, l’insoumis picard était plus circonspect : « Étienne, tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. » Et Ruffin n’est pas le seul, Emmanuel Todd évoque pour sa part les « forces d’extrême droite, qu’on continue d’appeler d’extrême droite par habitude, mais qui sont en fait des forces de regain national ». On ne peut pas qualifier Étienne Chouard de "facho", mais comme le dit la journaliste Aude Lancelin « son dossier est classé depuis longtemps ». Cet intello autodidacte, chantre de la démocratie directe et du tirage au sort, passerait presque pour l’inventeur du RIC. Ce qui séduit chez lui, c’est son côté underground, dissident. Il n’en fallait pas plus pour le faire adouber par les gilets jaunes, dont le principal canal d’information antisystème est Facebook.

Sauf que le boycott de la part des "médias d’État" n’est pas vraiment une posture choisie par l’intéressé. Ses fréquentations passées de la fachosphère et des complotistes lui ont coûté une mise à l’écart précoce à gauche. Étienne Chouard a rêvé d’une démocratie dans laquelle on pourrait parler avec tout le monde, même les Thierry Meyssan et autre Alain Soral. Le problème est caractéristique du mouvement des gilets jaunes et de son incapacité à rejeter explicitement l’extrême droite, au motif que celle-ci partage son rejet du "système". Ainsi, samedi après samedi, les expressions racistes, homophobes ou sexistes ont-elles perduré – aussi minoritaires soient-elles restées. À ce jeu-là, on sait qui gagne souvent à la fin. Même Ruffin semble l’avoir oublié. Sa « part d’errance » ?

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Vos réactions

  • Si Obono la fille à papa pouvait s’inspirer de Ruffin, ça ferait du bien. Elle devrait éviter de parler des sujets qu’elle ne maîtrise pas.

    Par exemple, quand on est la fille d’un grand bourgeois bureaucrate africain, qu’on ne connaît pas l’Histoire de l’URSS, et qu’on ne connaît pas l’attache de tout une partie des prolos français pour l’URSS on évite de cracher sur l’URSS.

    pwetpwet Le 1er mars à 14:02
  •  
  • Un à article qui se veut à charge... et manque tous ses buts ! Lol, énorme, belle promo de Ruffin l’artiste, le poète, capable de se faire élire et de refuser la présidence, juste pour la beauté du geste... Ce qui manque le plus à notre société, c’est la poésie (=la liberté), ouf, Ruffin a débarqué, dejanté, incontrôlable, il a pas fini de vous faire ch.... !!!!

    annelou255 Le 1er mars à 20:58
  •  
  • Clémentine -Autain,une fois de plus ,se décridibilise en évoquant les rouges-bruns,qui n’ont JAMAIS existé.
    Hitler a fabriqué les nationaux-SOCIALISTES,dans le but de siphoner les voix socialistes et communistes.Mais ,il n’avait rien d’un rouge.
    40 ans plus tard les nouveaux philosophes ont évoqué les rouges-bruns,aussi pour siphoner les voix du PCF,mais ils n’étaient pas rouges.
    C’est une fable,cette histoire des rouges bruns,qui décridibilise ceux qui l’énoncent.
    Ce grand dirigeant,Ruffin,lui n’est jamais tombé dans cette facilité d’évoquer ce fantasme réactionnaire des rouges bruns.

    Maurice Le 2 mars à 07:13
  •  
  • Je connaissais pas l’histoire du gus mais il m’a toujours semblé faux, et comme beaucoup de journalistes dans la symbolique. Je luis préfère le rouquin de Lille !

    tartuf Le 2 mars à 16:12
  •  
  • Pour moi l’action politique doit être collectif, dans créneau du populiste dit de gauche c’est la lutte des places, le degagisme commence à toucher le vieux leader, les appétits s’aiguisent, Ruffin, le petit rouquin de Lille s’aligne pour être le calife à la place du calife

    leon Le 2 mars à 20:41
  •  
  • Pour moi, je l’aime bien mais c ’est un populiste

    D’une part, il mets tout le monde très mal à l’aise sur le fait qu’il ne se touche qu’un SMIC par mois en étant député sur sa décision.

    Cà voudrait dire que les autres ne sont là que pour l’argent.
    D’une part, c ’est faux, etre député, c ’est beaucoup de travail et si on enleve les impots, il reste pas grands chose vous savez.

    Il joue donc sur le populisme pour attirer les clients de gauche, se prétendant vivre comme eux.

    Et puis nous devons attendre ce que nous dira Jean Luc. Je crois que ce sera le rouquin que nous devons mettre vers le haut.

    PG FI Le 3 mars à 16:40
  •  
  • Il n’a pas de nom celui que vous nommez le " rouquin de Lille" ?

    choucroute Le 3 mars à 21:15
  •  
  • Merci Maurice !!
    Tu as tout à fait raison sur les rouges-bruns. Depuis le temps que BHL et ses valais en parlent, on les voit jamais !! Merci de de les montrer ou prière de se taire !!
    Pour le reste comment peut-on être au même groupe que Ruffin et lui faire un tel portrait à charge ? Que Regards n’aime pas Ruffin pas le comprend Regards n’aiment pas grand monde à la FI en premier JLM.
    Mais Regards aime qui à la FI et pourquoi ?, merci d’être clair et précis, ce sera rigolo à défaut d’être politique !!
    Décidément Regards n’aime pas Ruffin. En effet son livre (celui de Ruffin évidement) est bon, bien meilleur que cet article, il semblerait que ça fasse des envieux du coté de Regards !!
    Perso si je pensai la moitié de ce que raconte Regards sur JLM et Ruffin, je changerai de groupe politique ou je n’y serai jamais allé à la FI. Question de cohérence.

    Signé : un vieux blanc.

    Cyrano78 Le 3 mars à 21:23
  •  
  • En peu de temps à l’Assemblée et hors de l’assemblée, Ruffin a fait plus que tous les "militants révolutionnaires" de cette gauche de bureau donneuse de leçon dont Regards est un exemple caricatural.

    choucroute Le 4 mars à 17:37
  •  
  • FRANCOIS RUFFIN donne la parole aux invisibles : comme l’huma
    le dit:et c’est très bien !
    pour moi il ne se rêve pas en nouveau guide !I
    au contraire il combat bien à sa manière les idées réactionnaires !

    jean pierre dropsit
    le 04 mars à 23:30

    JEAN-PIERRE DROPSIT Le 4 mars à 23:39
  •  
  • Bonjour
    je n’est pas de point de vue trancher , définitif, sur le personnage, a la fois démago-populiste et parfois frappant juste, ayant de bonne réaction, il ne réfléchie pas toujours, il agis par instinct parfois....on verra sur la longueur. On remarque que dans FI il y a les deux faces de Mélenchon :Ruffin , tendance démago et le rouquin de Lilles (je m’excuse, je me souviens pas de son nom)plus sérieux, plus retenue. Laquelle de ces deux tendances va l’emporter pour lui succéder !?. Pour l’instant il s’entendent tous. et font un bon ensemble......

    bob Le 8 mars à 12:24
  •  
  • on remarquera que Ruffin est tombé dans le piège des bourgeois : en perpétuant le mythe infondé des travailleurs chinois sous payé, il est désormais traité de raciste et c’est mérité.
    Les travailleurs chinois les plus pauvres sont bien mieux payés que les travailleurs européens les plus pauvres. Ruffin ferait bien de se renseigner sur la réalité économique du prolétariat chinois.

    jehovah_c_non Le 10 mars à 11:32
       
    • Et ben... il ne me semble pas que Ruffin, qui dénonce effectivement le fait que l’accuser d’enrichissement personnel en étant député alors qu’il s’alloue 1200€ par mois et va reverser la totalité des revenus générés par son film au secours populaire, estime que le traitement infligé par les grandes multinationales à d’autres peuples soit mérité (au demeurant si "raciste" il était, ça ne le choquerait pas)

      Au contraire, il rappelle un instant à ceux qui oublient d’avoir honte en faisant d’une pierre 2 coups et tirant bénéfice de la défense d’une idéologie qui exploite des travailleurs miséreux dans le monde entier, que l’injustice économique répond bien souvent à une inéquité dans l’effort ! Compte tenues de ces interventions à l’Assemblée et comme il ne s’empêche pas de le dire, F. Ruffin vaut donc 158 fois moins cher que Delphine O., dénonciatrice LREM du racisme latent du député de la FI, plutôt que de celui bien affirmé des patrons qui exploitent à moindre coût une misère finalement bien méritée par ceux qui "fainéants", "alcooliques" ou "soigneux", "précis" et "méticuleux" par nature, ne méritent de toute façon pas plus en se tuant à la tâche que l’aumône versée !

      Mais bien entendu, vous aurez aussi vous-même entendu (puisque vous avez ré-écouté le député) qu’il ne prend la Chine que comme un des exemples cités... En l’occurrence, sur ce détail qui vous chagrine tant, précisons qu’il n’y a pas de smic "national" dans l’empire du milieu, mais un par "région" ; Ce qui fait qu’il y a de grandes disparités entre celles-ci. Pour autant, elles ne sont pas synonymes de "richesses" car le coût de la vie et une inflation "locale" viennent absorber ces différences notables, ce qui fait que les ouvriers chinois qui touchent 150$ par mois ( car il y en a) survivent de la même manière que ceux qui en touchent 400 ! On est donc bien loin tout de même des SMICs français, allemand ou espagnole... Mais le plus con reste de croire que la mention "low cost" renvoie à autre chose que l’objectif malsain d’une idéologie qui veut réduire l’être humain à moins que lui-même et qu’il dénonce tous les jours dans les combats pour lesquels il s’investit ! Rassurez-vous, les chinois restent malgré tout dans la moyenne de nos travailleurs européens pauvres avec un SMIC en Bulgarie de 260€, en Lituanie de 400 €, en Roumanie de 410€ en Hongrie de 418€, etc... Et la Macronie fait tout ce qu’elle peut pour que la France rejoigne ce ploton féérique...

      Laissons à Ruffin le soin de terminer :

      "54 euros l’intervention en hémicycle, contre 8550 euros pour la marcheuse @odelphine : je suis le député le plus low cost de l’Assemblée !"

      Ruffin, raciste ? Affirmation honteuse, grotesque et indigne.

      carlos Le 11 mars à 13:42
    •  
    • excusez moi si je n’ai pas été clair. Je sais parfaitement bien que Ruffin n’est pas raciste. Je dis simplement que Ruffin s’est fait embrigader par Obono (fille d’un riche bureaucrate africain) dans sa haine et son mépris pour l’URSS et la Chine Communiste.
       
      Il en paie le prix.  Les travailleurs chinois les plus pauvres sont mieux payés (>400€/mois) que les travailleurs européens les plus pauvres (140€/mois). Rentrez vous ça dans le crâne.
       
      Pour rappel, la retraite en Chine est à 60 ans, 55 ans pour les femmes.

      turlututu Le 12 mars à 10:53
    •  
    • Je prends note du fait que vous ne voyez pas Ruffin comme un raciste.... quant à la "haine" vis à vis des régimes "totalitaires" fussent-ils communistes, je ne crois pas qu’elle soit aveugle...

      Sinon, non les travailleurs chinois les plus pauvres ne sont pas mieux payés que les travailleurs européens les plus pauvres... Que je me le rentre dans le crâne ou non, les faits ont la dent dure ! Les mieux payés certainement mais pas les plus pauvres ! Indiquez moi quels pays européens ont un SMIC à 140€/mois svp.

      Pour ce qui est de la retraite, vous avez raison, celle-ci oscille entre 55 ans et 60 ans.... Et réjouissons-nous d’autant plus car depuis le 1er janvier 2018, la pension versée par le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale (y compris au titre du chômage) atteint les 88 yuans (environ 11,60€) par personne et par mois ! Auparavant, on arrivait péniblement aux 70 yuans (9,28€), lorsque celle-ci était réellement perçue... Les travailleurs méritent mieux que les droits qu’on leur octroie... que ce soit en Chine ou chez nous d’ailleurs ! Pas de quoi entretenir une "haine" ou un "amour" démesuré...

      carlos Le 13 mars à 14:36
    •  
    • wikipedia : List_of_European_countries_by_minimum_wage

      les travailleurs Chinois les plus pauvres ont un niveau de vie LARGEMENT supérieur aux travailleurs européens les plus pauvres.

      et la Chine a un régime beaucoup plus démocratique que l’Union Européenne, avec plus de députés élus, plus de démocratie locale, un peuple qui peut mieux exprimer ce qu’il souhaite.

      Par contre, la racaille réactionnaire est envoyé au Laogai, et c’est très bien ainsi. On devrait faire pareille avec tous ce qui est plus à droite que Hollande.

      dasCoco Le 15 mars à 17:14
    •  
    • Province Liaoning district D : 1120 RBMs de salaire minimum soient 145,60€ mensuel... Franchement... pourquoi vouloir comparer les misères ? Elles sont toutes à combattre !

      carlos Le 15 mars à 20:18
  •  
  • Bizarrement, je ne suis pas déçu par cet article, je n’avais pas d’illusion sur "regards" mais j’ai lu ... on ne sait jamais !!
    Donc pas déçu, j’y trouve toujours des monoréférences (ramos et obono), un manque criant d’envergure journalistique, une compil "regardienne" d’éléments à charge à partir d’un prisme qui ne voit toujours pas la réalité.
    Il aurait été intéressant de poser la question : "qu’est ce qui a fait qu’il a été élu député dans cette circonscription ?"
    Que nenni, quelques recherches wikipédia et hop le tour est joué.
    Non pas déçu par cet article .... hors sujet comme d’hab !

    Boost Le 12 mars à 08:54
       
    • Regards représente parfaitement bien la branche réactionnaire de la gauche petite bourgeoise. Cachés derrière les bons sentiments, ils font l’apologie de la morale bourgeoise (droit de l’homme & co) ou pire encore, du traditionalisme (ils défendent l’endoctrinement religieux des enfants, la charité chrétienne, et autres saloperies).
       
      Si au moins cette racaille réactionnaire qui se prétend de gauche pouvait se ranger dans l’ordre et la discipline derrière la gauche économique... mais non, ils ne sont bon qu’à semer la division dans notre camps pour le plus grand bonheur de nos adversaires. Ils demandent à la gauche prolétarienne de bien démontrer qu’elle est prête à recevoir en France tous les réfugiés d’extrême droite qui veulent venir, de bien répéter encore et encore que la gauche prolétarienne agenouille devant les religions et les traditions, et qu’elle respecte l’éclatement de la République en autant de communautés rétrogrades et soumises à l’ordre libérale.
       
      En 2022, ils se feront écraser dans le sang par la répression des milices fascistes fraîchement arrivés au pouvoir. Comme la gauche petite bourgeoisie allemande dans les années 30, ils l’auront cherché.

      turlututu Le 12 mars à 11:00
  •  
  • RELISONS GEORGES POLITZER !!

    JEAN PIERRE DROPSIT
    LE 12 MARS à 23h00

    dropsit Le 12 mars à 23:15
       
    • merci beaucoup !
      je suis en train de lire sur marxists.org "L’obscurantisme au vingtième siècle", c’est à la foi très drôle, très ironique, et cela glace le sang (surtout que le texte est écrit en 1941 dans la France occupée).

      Une ou deux citations :
      Les prophéties de M. Rosenberg
      [...]
      La démocratie est définitivement morte, a-t-il expliqué, sur les champs de bataille des Flandres.
      Les idées de 1789, c’est-à-dire les idées de liberté et de progrès, sont définitivement mortes ; les lumières sont mortes, et nous en avons pour des milliers d’années avec la dictature du type fasciste et l’obscurantisme.

      Elle est morte pour toujours, seulement elle vit et elle prospère sur la sixième partie du globe.

      Elle est morte pour toujours, seulement elle s’est réalisée vraiment pour la première fois dans l’histoire dans la nouvelle Constitution de l’URSS.

      Le racisme a triomphé définitivement dans le monde, l’obscurantisme règnera ; l’humanité est condamnée à un nouveau moyen âge.

      Seulement, la sixième partie du globe est la « négation » du racisme, et sur cette partie du globe, près de 200 millions d’hommes vouent à la science et à la raison un culte théorique et pratique sans précédent.

       Mais l’URSS était évidemment partout présente dans son discours ; elle surgissait partout comme une limite, comme un rappel à l’ordre, comme une réfutation, comme le grand fait qui ramène constamment les prophéties et les diagnostics mondiaux de M. Rosenberg à ce qu’ils sont vraiment, à savoir la réclame de l’impérialisme allemand.

      Quant au racisme, « révolution du vingtième siècle », son souvenir demeurera comme celui du cauchemar du vingtième siècle dont nous libèrera chez nous, définitivement, la nouvelle Révolution française, la Révolution socialiste.

      dasCoco Le 15 mars à 17:35
  •  
  • Mr Ruffin il faut sauver l’emploie usine de Werlpool Amiens que Mr Decayeux N qui est maintenant WN faites quelque chose pour l’ensemble de tout manifestation de ce Jeudi va donner quoi surtout pas de nouveau de supprésionts d’emploie je sui concernée pas ce tracas pour mon gendre 25 ans de travail chez Werlpool que faire par votre soutien meci a l’avance Mme Duboc M

    Duboc mauricette Le 10 juillet à 17:07
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