Accueil | Par Loïc Le Clerc | 6 janvier 2021

Gérald Darmanin, serial mythomane

Le ministre de l’Intérieur ment, éhontément, et tout le monde s’en fout.

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26 décembre. Gérald Darmanin tweete : « À Belfort, un jeune homme agressé parce qu’il aurait fêté Noël et ne serait pas un "bon arabe". Circonstance "aggravante" : être fils de policiers. La justice a ouvert une enquête. Pas de place pour le séparatisme dans notre pays, pas de place pour le racisme d’où qu’il vienne. »

L’affaire doit être grave pour que le ministre de l’Intérieur interrompe sa digestion noëlienne. Il faut dire que cette histoire est du pain béni : Noël + Arabe + fils de flic = bingo ! Sauf que… il ne s’agit que d’un emballement médiatique, une fake news bien relayée par des syndicats de policiers, comme l’a bien décortiqué Mediapart.

Car, le lendemain, « le procureur rappelle que rien ne permet à ce jour d’affirmer que le jeune homme a été frappé parce qu’il fêtait Noël ». Plus de « jeune musulman agressé après avoir fêté Noël parce qu’il est fils de policiers », les médias changent leurs titres, annotent leurs articles, reconnaissent leurs erreurs, bref, tout le monde rétro-pédale et s’accorde sur le fait qu’il ne s’agit plus que d’« une question "d’ego" entre les deux hommes ». Tout le monde sauf… Gérald Darmanin. Son tweet est toujours en place. Nous avons donc là un ministre de l’Intérieur qui relaie une information fausse, sans vérifier quoi que ce soit, sans y revenir quand la vérité éclate.

 

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Ceci n’est que le dernier mensonge en date de Gérald Darmanin. Comme le soulignait un internaute, en décembre, « Gérald Darmanin a propagé au moins 8 fausses informations, et ce en un seul mois ». Voyez-vous même :

  • Devant la commission d’enquête parlementaire, au sujet de l’agression de Michel Zeckler par des policiers, il ment.
  • Quand il claironne un don à la SPA de « 20.000 euros qui représentent les indemnités de maire non touchées », il ment.
  • Quand il fanfaronne que la CNIL a émis un avis favorable à son projet de fichage des Français selon leurs opinions politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales, il ment.
  • Quand il annonce au Sénat, alors que les tensions liées à la loi Sécurité globale sont à leur sommet, qu’il va recevoir « l’intégralité des syndicats de police afin de travailler ensemble sur les solutions pour améliorer le quotidien de celles et ceux qui protègent nos concitoyens », il ment.
  • Quand il rend hommage à un policier décédé en Seine-et-Marne, affirmant qu’il a été « percuté par quelqu’un qui ne s’est pas arrêté », il ment.
  • Quand il se pavane car « un de [s]es premiers gestes en tant que ministre de l’Intérieur a été de ne pas garder dans la police un agent qui avait porté un écusson qui rappelait le IIIe Reich », il ment.
  • Quand il dénonce le chiffre de 200.000 mariages forcés par an en France, il ment.
  • Quand, lit-on sur Mediapart, « le 12 décembre, il évoquait l’arrestation à Paris de 142 individus "ultra-violents" en marge d’une manifestation. L’enquête de Mediapart avait prouvé qu’il s’agissait principalement d’interpellations arbitraires, dont une large partie n’avait donné lieu à aucune poursuite. » Il ment. Et, comme le commentait alors Éric Fassin, « quand le gouvernement ment. La police lui tient lieu de politique. »

Bien évidemment, tous ces mensonges ne se valent pas. Il y en a des petits, des gros, des futiles et des graves. Des mensonges par omission, des étourderies, des approximations. On peut toujours argumenter sur la parole politique et son rapport à la vérité, on pourrait philosopher même. Mais Gérald Darmanin n’est ni un tribun, ni un penseur, certainement pas un philosophe. Il est à Nicolas Sarkozy ce que Louis-Napoléon Bonaparte était à Napoléon : un petit.

Tous les moyens sont bons pour servir sa politique de stigmatisation. Et il ne faut pas chercher bien longtemps pour s’apercevoir que ce trait d’esprit est maladif chez lui. Prenez donc ce tweet de l’AFP, daté du 27 mars 2019 :

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, hier matin sur RTL : en 2018, les exportations ont été « supérieures aux importations ».
C’est faux : la France a accusé un déficit commercial de 59,9 milliards d’euros, en augmentation.

Allez, une dernière citation pour la route :

« Le pays vous importe peu, vous n’avez pas de projet pour lui. Votre projet, c’est de mener une campagne de mensonges et de falsifications. Votre projet, c’est un projet qui vise à vivre de la peur et du mensonge. C’est ce qui vous nourrit. [...] C’est ce qui a nourri l’extrême droite française et c’est ce qui vous a fait vous. C’est pour cela que je n’en veux pas pour mon pays. Parce que la France, elle, vaut beaucoup mieux que cela. »

Emmanuel Macron, débat de l’entre-deux-tours, mai 2017

 

Loïc Le Clerc

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