Accueil | Par Pablo Vivien-Pillaud | 8 juin 2021

Gifle à Emmanuel Macron : la claque qui nous fait mal

Lors de l’un de ses déplacements à Tain-L’Hermitage, le chef de l’Etat a été agressé d’une claque au cours d’un bain de foule.

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Le président de la République a pris une gifle. Une baffe qui claque. Un bruit glaçant de plus dans le tumulte vain qu’est devenu le débat public français. D’autant que cet acte violent était accompagné d’un cri « Montjoie Saint-Denis ! », un cri de guerre, de ralliement à la cause royaliste catholique. L’extrême droite, dans sa dimension la plus large, des éditorialistes à ses représentants élus, de ceux qui se laissent envahir par ses arguments et ses thèmes à ceux qui jouent à la faire monter électoralement à des fins tactiques, s’est installée confortablement dans le paysage politico-médiatique. Et les plus naïfs font mine d’oublier d’où elle vient et ce qu’elle charrie : une brutalité intrinsèque à l’égard des minorités et de ce qu’elle identifie maladroitement comme « le système ».

 

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La physicalité du rapport de forces touche maintenant les représentants élus, les dépositaires de nos suffrages. Seulement, il ne faut se méprendre : la colère de celles et ceux à qui notre société n’arrive pas à faire de place ne saurait être mis en relation avec la violence comme projet politique voire comme dessein pour le présent. La claque adressée au président de la République n’est ainsi pas un geste épidermique de désespoir, il s’inscrit dans la logique mortifère de l’extrême droite. Certes, Marine Le Pen s’en défend, appelant au calme, au rejet de la violence et à la paix – dont acte. Mais c’est bien la guerre qui en est sa colonne vertébrale.

Les conséquences de cette agression violente peuvent être multiples : tout d’abord, elle place le Président, l’une des plus hautes institutions de la République, dans une situation d’apparente vulnérabilité. Cette faille dans sa sécurité en fait une cible atteignable qui pourrait limiter ses interactions populaires dont il a pourtant cruellement besoin pour se reconstituer un capital politique dans la perspective de 2022. D’autre part, surtout après le tutoriel vidéo du youtubeur Papacito d’appel à trucider « les gauchistes », elle donne une indication très inquiétante à tous ceux qui voudraient se lancer dans la course à un mandat électif ou simplement qui s’inscrivent dans une démarche politique : devra-t-on maintenant faire campagne avec force gardes du corps lorsque l’on veut devenir maire ou député ?

Enfin, cela renvoie l’image d’un pays où les agressions physiques peuvent devenir des revendications : l’individu auteur de la claque ne se cache pas, au contraire, il sait qu’il est filmé sous de multiples angles. L’impunité dont il se croit investi lui confère une supériorité qu’il n’a pas peur de faire éclater au grand jour. Vivre ensemble nous impose à tous le cadre d’un collectif apaisé sans lequel nous ne pourrions envisager de futur commun : oui, il y a des adversaires politiques, oui, il est impossible de nier l’existence de prêcheurs de haine, oui, certaines personnes peuvent être tenues responsables de maux terribles qui laminent jusqu’à la définition même de notre humanité. Pour autant, sortir le fusil, la matraque ou le poing en pensant que cela va être utile pour résoudre un problème donné est une faute morale autant que politique car cela ne va précipiter que plus rapidement dans l’abîme de l’incompréhension et dans la guerre de tous contre tous. Face à cette attaque, il nous faut relever le gant mais avec les arguments des jours heureux.

 

Pablo Pillaud-Vivien

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Vos réactions

  • Certes. Mais qu’est-ce que c’est drôle par contre !

    Mans Le 8 juin à 18:20
       
    • c’est pas drôle qu’un homme puisse giflé le président

      benie Le 9 juin à 18:54
  •  
  • @Mans. Pas spécialement.

    Glycère BENOIT Le 8 juin à 18:22
       
    • Si

      (plus quelques caractères)

      Mans Le 8 juin à 22:49
  •  
  • @Mans. Gifler un candidat pendant sa campagne électorale n’est pas très relevé, même sur le plan de l’humour. Déjà ce n’est pas poli et en plus cela revient à se moquer de la démocratie, dont les élections justement sont un temps fort. Les peuples empêchés de voter de par la nature de leur régime seraient les premiers choqués par un tel geste. Demandez-le aux Chinois, par exemple. Xi n’a pas besoin de faire de campagne électorale, et pour cause. Et puis, il ne craint pas les gifles de toute façon.

    Si encore l’insolent avait giflé le Chef de l’Etat pendant une cérémonie officielle, avec inauguration de chrysanthèmes, on aurait pu à la rigueur apprécier le côté iconoclaste, humour ravageur, le côté le roi est nu. Mais pendant une campagne électorale ? C’est vraiment déplacé, pour dire le moins.

    Glycère BENOIT Le 8 juin à 23:36
  •  
  • Avec un entartage, " l’ humour" aurait pu être retenu, pas avec une gifle.

    lucien matron Le 9 juin à 04:38
  •  
  • pourquoi en n’a pas arrêté c’est homme

    benie Le 9 juin à 18:58
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  • @ benie
    Ne dramatisons pas ! Il n’a pas non plus perdu un œil par un tir de LBD, pas perdu une main ou un pied à cause d’une grenade

    Mans Le 9 juin à 19:09
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  • Test regard j’aime bien

    Dropsit Jean Pierre Le 9 juin à 21:10
  •  
  • Test regard j’aime bien

    Dropsit Jean Pierre Le 9 juin à 21:10
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  • En fariner Jean Luc Melenchon ! A la manif pour les libertés est inqualifiable !
    Le conflit comme Edgar morin a pu le dire est nécessaire pour faire avancer la société !
    Là on est dans l’outrance ! Avec cette volonté de ridiculiser l’adversaire !

    Dropsit Jean Pierre Le 12 juin à 21:56
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