Capture d'écran elysee.fr
Accueil | Par Loïc Le Clerc | 13 septembre 2018

Ingérences de l’Elysée sur le Parlement : tout le monde s’en fout ?

Ferrand au Perchoir parce que Macron en a décidé ainsi ? L’Elysée qui interfère dans l’affaire Benalla ? Des faits d’ingérence dont personne n’est dupe, qui passent comme une lettre à la poste et qui pose la question de la séparation des pouvoirs.

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L’Elysée va-t-il trop loin dans l’ingérence avec le Parlement ? Dis comme ça, on pourrait rétorquer que, de toute façon on est sous la Vème République alors, que le président de la République ait un droit de regard et de contrôle sur tout, ça n’est pas une surprise.

Et c’est vrai. Depuis le général de Gaulle, l’exécutif domine le législatif, au point que l’Assemblée nationale et le Sénat sont bien souvent considérés comme de simples chambres d’enregistrement.

Avec Emmanuel Macron, pas de changement.

Prenons l’élection du président de l’Assemblée. Richard Ferrand, c’est le choix du roi. Il fut un des premiers à rallier Macron, il n’a jamais affiché d’ambitions personnelles pouvant nuire à la Macronie (contrairement à un Benjamin Griveaux qui tweete sur Paris tous les jours) et il tient bon malgré les affaires. Bref, Richard Ferrand, ce sera ce quatrième personnage de l’Etat qui ne fait pas une vague, l’homme idéal pour le job.

Enfin, pas pour tout le monde. Et tant pis pour la démocratie.

Votez Ferrand ou votez Richard

Le 6 septembre, au matin, Yaël Braun-Pivet, présidente LREM de la commission des lois, commentait ainsi la candidature Ferrand :

« Notre Assemblée est prête à élire une femme à sa présidence […] Richard Ferrand […] n’incarne pas le renouvellement promis par Macron. »

Yaël Braun-Pivet espérait bien, elle, pouvoir incarner ce renouvellement. Sauf que, l’après-midi même, elle renonçait via un courrier envoyé au groupe LREM, dans lequel elle y écrit :

« Je choisis d’annoncer le retrait de ma candidature et mon choix personnel de voter pour Richard Ferrand. »

 

Aurait-elle reçu un coup de fil de pression ? Non, assure-t-elle, alors que même certains de ses proches en doute auprès du journal Marianne. Comme un air de déjà vu, c’est cette même Yaël Braun-Pivet qui avait acté la fin de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla, au bout d’une semaine d’auditions. Commission dont les oppositions avaient dû arracher la création à la majorité…

Ingérence de l’Elysée ? Que nenni. Même si parfois, un lapsus vaut tous les discours, n’est-ce pas Cendra Motin ? Cette députée LREM, elle aussi candidate au Perchoir, a ainsi déclaré au micro de LCP à propos de l’élection de Ferrand :

« On a fait un choix de priorité, celle de faire confiance à la fois au président et au choix du président de la République. »

Mais le meilleur d’entre eux, ça reste le ministre de l’Intérieur. Contrarié d’avoir entendu sur France Inter qu’il aurait une « préférence pour une femme », Gérard Collomb tweete :

« J’ai rappelé mon amitié pour Richard Ferrand. Mais un ministre n’a pas à influencer un vote qui incombe à nos députés. »

Cette dernière phrase se passe de commentaire.

La réforme Benalla des institutions

Passons sur le fait qu’Alexandre Benalla disposait d’un badge d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée… La « tempête dans un verre d’eau » continue en cette rentrée, notamment avec les auditions de la commission d’enquête du Sénat, ce mercredi 12 septembre. Il n’aura donc pas fallu un jour pour que l’exécutif distille ses consignes dans les médias.

Sur France Inter, la ministre de la Justice Nicole Belloubet lance :

« Il ne doit pas y avoir d’interférence entre une commission d’enquête et une information judiciaire. »

Ce qui tombe plutôt bien, parce qu’une commission d’enquête parlementaire n’a pas le même rôle qu’une information judiciaire et que les deux peuvent se tenir simultanément. Ce fut le cas pour l’affaire Cahuzac.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Elsa Faucillon (PCF) : « Avec l’affaire Benalla, c’est l’Etat de droit qui est attaqué »

Philippe Bas, sénateur LR et président de la commission d’enquête, ironise alors au micro de Public Sénat :

« J’ignorais que la Garde des Sceaux était le conseil juridique de Monsieur Benalla. »

Benjamin Griveaux aussi y va de sa petite pression, moins subtil comme à son habitude. Le porte-parole du gouvernement a déclaré sur le plateau de franceinfo, toujours ce mercredi, qu’il « regrette une chose, c’est qu’au Sénat, la commission parlementaire ne soit pas présidée par quelqu’un qui puisse venir de LREM ». Et pour ceux qui aimeraient savoir ce que ça donnerait si son vœu était exaucé, voyez ci-dessous les propos de François Patriat, chef des sénateurs "en marche"...

 

Plus tôt lors de l’été, l’affaire Benalla avait déjà montré quelques « interférences » du Château. Lundi 23 juillet, devant la commission des lois du Palais-Bourbon, le patron de la direction de l’ordre public et de la circulation Alain Gibelin affirme qu’Alexandre Benalla a participé à des réunions de travail à l’Elysée entre le 4 et le 19 mai, période pendant laquelle il était censé être suspendu. Le lendemain matin, l’Elysée diffuse un communiqué pour démentir l’info et, pis, Alain Gibelin finit par se dédire lui-même dans un courrier adressé à Yaël Braun-Pivet. Il explique avoir mal compris la question qui lui était posée, et qui lui a été posée à trois reprises.

L’affaire Benalla, c’est à cause d’elle que le projet de réforme constitutionnelle a été repoussé à la fin 2018. On aurait pu se dire que la majorité actuelle tiendrait compte des récents abus et dysfonctionnements au cœur des institutions de la Vè République.

Non.

Pire. La réforme vise à renforcer le présidentialisme et limiter le pouvoir législatif. Au programme : une dose de proportionnelle à l’Assemblée, une baisse du nombre de parlementaires, une réduction du pouvoir d’amendement.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Réforme des institutions : une Assemblée moins représentative et un cadeau au FN

Enfin, faut-il encore que le gouvernement inscrive le projet de réforme dans l’agenda parlementaire. Et ça n’est pas gagné !

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  • Personne "s’en fout",personne n’a le pouvoir de contrôler efficacement l’exécutif c’est différent

    Séparationpouvoirs88 Le 13 septembre à 15:04
  •  
  • La Droite fait 70% des intentions de vote pour les européennes.

    Donc oui, on peut dire que tout le monde s’en fou.

    Les prolos ne supportent plus l’insécurité, les incivilités, et l’immigration de masse. Tout le reste passe au second plan. Dans ce contexte, les déboires de Macron vont amener au pouvoir un Fillon ou un Le Pen.

    Il faut cesser les dissertations de philos. Ils ne veulent pas des grands discours pour leur démontrer que leurs problèmes n’existent pas, ils veulent des solutions à leurs problèmes quotidien.

    ça tombe bien : le Socialisme, le vrai, dispose de tous les outils nécessaires pour résoudre ces problèmes.

    kheyou Le 17 septembre à 10:22
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