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Accueil | Par Pierre Jacquemain | 18 avril 2021

L’opération séduction de Marine Le Pen sur les 50-64 ans

Plus on avance dans les classes d’âge, plus on vote. Ainsi les 50-64 ans représentent près de 20% de l’électorat français. Et ils sont ceux qui sont le plus tentés par un vote pour l’extrême droite.

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Le vote des 18-24 ans intéresse beaucoup les sondeurs. Notamment parce que depuis le début des années 2000, ils auraient massivement abandonné la gauche pour se laisser tenter par l’extrême droite au point, selon Le Monde, d’être devenu le premier parti de cette génération – bien qu’en 2017, 30% d’entre eux aient préféré Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Pourtant, ils ne constituent pas la classe d’âge la plus décisive d’une élection. Lors du dernier scrutin présidentiel, 30% des moins de 35 ans n’étaient pas allés voter, alors qu’ils étaient 16% chez les 60-69 ans. Les jeunes sont d’abord les premiers abstentionnistes. Et plus on avance dans les classes d’âge, plus on vote. Ainsi les 50-64 ans, qui représentent près de 20% de l’électorat français, apparaissent comme une classe d’âge pivot.

 

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Comme l’analyse Le Monde du 5 avril dernier en croisant des analyses des instituts IFOP et IPSOS : « La génération qui vote le plus pour le RN, ce n’est cependant pas les jeunes, mais, depuis 2017, les 50-64 ans – probablement la génération la plus menacée dans l’entreprise, la plus inquiète de sa retraite, la plus confrontée aussi à la dépendance de parents âgés. Cette génération en grande souffrance est prête à se prononcer à 34% pour Marine Le Pen dans les intentions de vote ». Et pour le président de l’IFOP, « c’en est fini de la période où les personnes âgées étaient radicalement anti-FN. Chez les plus de 65 ans, Marine Le Pen est à 19% ». Pas étonnant, dès lors, que le discours du Rassemblement national, et en premier lieu de sa présidente, ait été profondément adapté pour coller au plus près des aspirations de ces classes d’âge.

Les 50-64 ans sont une cible privilégiée pour l’extrême droite. Ils sont ceux qui tiennent les deux bouts : la génération qui les précède et celle qui les suit. Ils sont parents le plus souvent. Et, bien qu’indépendants, ils sont aussi les enfants de parents et/ou de grands-parents… dépendants. Ils doivent tout à la fois assurer financièrement les études (quand il y en a) de leurs progénitures, ou pallier leurs difficultés à trouver un emploi et/ou un logement, et s’occuper de leurs parents et de leurs grands-parents. Les 50-64 ans sont aussi les plus susceptibles de ne pas retrouver un emploi en cas de licenciement. Le contexte de la crise sanitaire est une menace de plus qui pèse sur les emplois de demain, tant les conséquences économiques de plus d’un an d’inactivité vont peser sur les entreprises et singulièrement sur les TPE/PME qui constituent près de 98% des entreprises. Peur enfin pour leur retraite.

Le discours de Marine Le Pen s’adapte au gré des circonstances. Ainsi s’est-elle engagée à revenir à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation. « Je la considère [cette mesure, ndlr] comme juste et économiquement tenable pour peu qu’on se donne les conditions d’un retour à la création de richesses et d’emploi en modifiant notre modèle économique, ultralibéral », a-t-elle lancé récemment sur France Inter. Elle peut désormais dans le même temps dénoncer la réforme de l’assurance chômage et les politiques d’austérité : « Je ne souhaite pas mettre en place une politique d’austérité budgétaire ni privatiser les biens publics ». Et d’ajouter sur BFM à propos de la réforme de l’assurance-chômage : « Faire ça, là, maintenant, alors que fin 2021 il y aura probablement 900.000 chômeurs supplémentaires, pour gagner cette année un pauvre petit milliard (d’euros), je trouve que c’est honteux, stupide économiquement, indigne humainement et, en plus, c’est profondément injuste ».

Marine Le Pen candidate des plus précaires et pour une meilleure répartition des richesses ? Pas vraiment. Si elle se dit favorable au retour de l’ISF, elle entend aussi – particulièrement dans la situation de crise – alléger la possibilité de transmission entre les parents/grands-parents et les enfants. Dans son projet présidentiel de 2017, elle prévoyait de permettre à « chaque parent de transmettre sans taxation 100.000 euros à chaque enfant tous les cinq ans [contre 15 ans aujourd’hui, ndlr]  » et d’augmenter « le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50.000 euros, également tous les cinq ans ». Pas sûr que la mesure s’adresse au plus grand nombre. Pour autant, elle répond-là à une préoccupation de cette génération des 50-64 ans qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants. Pas étonnant d’ailleurs que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, travaille actuellement dans ce sens afin de modifier la taxation des successions pour encourager les donations et relancer la croissance.

Existe-t-il une autre alternative à Le Pen et au pouvoir en place ? Qu’à la gauche à dire à cette population active et qui se sent menacée de déclassement ? Une population qui a peur pour sa jeunesse mais aussi pour ses parents et ses grands-parents dont la dépendance guette ? Quelqu’un a-t-il autre chose à proposer qu’une place en Ehpad au coût médian mensuel de 2000 euros ? Qui le peut ? Qui le veut ? La gauche et les écologistes ont un défi immense : redonner confiance aux classes populaires qui sont le plus tentées soit par l’abstention, soit par le vote Le Pen. Dans le dernier sondage du JDD pour 2022, plus d’un tiers de l’électorat populaire, quand il ne s’abstient pas, voterait en faveur du RN. 1% seulement se dit tenté par le vote communiste et 16% par le vote insoumis. Mais pour 2022, s’il faut remobiliser l’électorat populaire, la gauche et les écologistes devront dans le même temps convaincre et répondre aux attentes des 50-64 ans, actifs et inquiets pour leur avenir.

 

Pierre Jacquemain

 

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  • rDYzBUXLmN

    yDhoNTwGxtQJEMeL Le 21 avril à 17:35
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