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Accueil | Par Roger Martelli | 17 juin 2019

L’urgence du débat de fond

Accepter le débat d’idées, les réflexions stratégiques, la critique, pour mieux continuer la lutte. L’urgence est là, plus que jamais, pour se donner les moyens de construire sur le long terme et de réussir. Par Roger Martelli.

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« Je ne comprends pas l’opposition du populisme et de la gauche », nous dit François Ruffin. Le temps n’est pas de discuter, mais d’agir, ajoute-t-il. Même son de cloche chez Manon Aubry. « Il faut sortir des débats théoriques politiciens », assène-t-elle, tandis que d’autres continuent de vitupérer la « tambouille ». « Théorique » égale « politicien » : circulez, il n’y a rien à penser. Le problème est que ce coup-là a déjà utilisé et qu’il a été chèrement payé.

 

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« Il y a une nécessité pressante de débats à gauche, une volonté aussi »

 

Après chaque échec, la tentation existe de refuser le débat et de s’abîmer dans l’action. Le PCF l’a fait longtemps après 1978. Il a brocardé les critiques, dénoncé les « bavardages » et opposé la lutte à la réflexion. On sait ce qui lui est arrivé au bout du compte. La méthode est commode : elle évite d’interroger les stratégies, de mettre en question les directions et de rassurer le corps militant. L’action, plutôt que la discussion… Naguère, on disait qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt. Hélas, Billancourt a peut-être été rassuré, mais la forteresse ouvrière n’existe plus. La méthode peut réussir à protéger temporairement les directions et à maintenir l’ordre dans les organisations. À terme, elle est calamiteuse pour les organisations elles-mêmes.

Que le combat ne doive pas cesser, contre tout ce qui tire la société vers le bas va de soi. Mais comment ne pas se demander pourquoi la lutte ne réussit pas, ou en tout cas n’y parvient pas assez ? Continuer comme si de rien n’était, en craignant de remettre en cause l’existant, revient à courir le risque de reproduire à l’infini les mécanismes politiques de l’échec.

Demain ne suffit pas

On vient une fois de plus de constater que la mobilisation sociale ne suffit pas, que le mouvement des gilets jaunes, par exemple, n’a pas fait progresser le parti-pris de l’émancipation – c’est le moins qu’on puisse dire ! –, qu’il ne suffit pas d’additionner les journées de lutte et de manifestations. Mais on va seulement poursuivre dans la même direction, avec l’espoir que, un jour ou l’autre, la mayonnaise va prendre et que « cela va finir par péter » ?

Si l’expérience récente peut nous éclairer, c’est sur le fait que la lutte nécessaire ne débouche sur rien, si elle ne se raccorde pas à de la perspective politique attractive. Qu’il ne suffit pas de combattre, si l’on ne sait pas très bien comment remplacer ce dont on ne veut plus. Attiser les feux contre le seul Macron, vitupérer la caste, l’élite en soi : en pratique, cela a conduit au renforcement du Rassemblement national. Le « référendum anti-Macron » n’a pas promu Manon mais Marine ! L’idée a été lancée et portée notamment par François Ruffin et soutenue tout au long de la campagne.

Il devrait savoir pourtant que la colère sans espérance ne nourrit pas la combativité mais le ressentiment et que celui-ci porte vers le pire. Mieux vaut se convaincre aujourd’hui que la haine des dominants ne conduit pas nécessairement à la conscience du système qui produit la domination. Parce qu’à contourner la question des causes profondes de tous nos maux, on laisse libre cours à la polarisation sur les boucs émissaires plus que sur les responsables véritables. L’esprit de lutte a besoin de lucidité critique ; laissons donc la haine à l’extrême droite.

Quand on n’a pas de pétrole...

Mettons de côté les intellectuels discoureurs, les coupeurs de cheveux en quatre ? Vieux discours, inefficace et, de fait, meurtrier pour la cause que l’on défend. Toute lutte relève de la pratique, mais l’ivresse de l’action peut conduire à l’inconscience et à la défaite. Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre, disait le Grec Sophocle, il y a bien des siècles.

Il avait raison. Ne renonçons donc pas au débat raisonné sur la stratégie, sur les idées motrices et sur les méthodes : ce n’est pas perdre du temps ; ce n’est pas se résigner à l’inaction. C’est se donner au contraire les moyens pour construire sur le long terme et pour réussir.

 

Roger Martelli

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  • Passons sur la critique (ou le "brouillage" pour être plus honnête) à chaque paragraphe du message porté par la FI pour s’entendre sur le fait que décidément, l’incompréhension qui règne présage de la difficulté à tenir sereinement les débats à venir...

    "Le temps de l’action", dénoncé ici par M. Martelli, désigne la nécessité pour ceux des mouvements et partis qui sont censés porter l’émancipation du Peuple (dans son sens le moins "populiste" du terme) à se rassembler autours de l’élément le plus concret de l’action politique : les modes de soutien sur le terrain à la contestation populaire ! En l’occurence, l’idée n’est pas d’empêcher un débat qui, je le pense pour ma part, confirmera l’opposition des approches théoriques et donc confortera chacun dans ses stratégies, mais d’enclencher prioritairement un rapprochement qu’il s’avèrerait sinon hasardeux plutôt optimiste d’attendre autrement qu’en le faisant par la base !

    C’est d’ailleurs notamment le discours d’O. Besancenot qui milite depuis suffisamment longtemps pour que cela soit fait dans ce sens là, à savoir de manière "ascendante", au lieu du process commun "descendant" dont le moins qu’on puisse dire c’est que tout le monde a pu avoir le loisir ces dernières décennies d’en observer les limites justement ! Quelle meilleure moyen de nourrir les réflexions de débats théoriques entre mouvements et/ou partis politiques que celle de le faire à travers les remontées de l’action commune concertée à laquelle auraient participés activement des militants ou des sympathisants ?

    Pour résumer, personne, y compris la France Insoumise, n’est contre le débat... Par contre, il est temps que les luttes dans leur réalité pratique, inspirent ceux qui entendent décider de leur donner une orientation, une stratégie ou une méthode !

    Pour ma part, j’attends avec impatience, un fléchissement de la stratégie politique de la FI vers des modes d’actions subversifs propres à l’Education Populaire, et je ne pense pas être le seul dans ce cas-là : Il s’agit pour elle d’être en cohérence avec l’esprit de son programme et de se donner les moyens de rencontrer, ceux pour qui elle le porte... A savoir le Peuple dans son ensemble et non la gauche !

    Mais laissez moi vous avertir que si elle rate le coche, ce n’est pas seulement la France Insoumise qui en subira les conséquences (ne vous laissez pas aveugler par les européennes... elles ne révèlent pas le véritable potentiel de chaque option politique... ça se saurait depuis le temps), mais la gauche toute entière car je prends le risque, bien maîtrisé, de vous annoncer qu’aucun parti à gauche ne profitera de sa chute ! Ce mouvement là était déjà le dernier espoir de ceux qui ne veulent plus entendre parler de tous les autres...

    carlos Le 17 juin à 12:55
       
    • Pour être opératoires , tes suggestions nécessitent un parti de masse et pas de gentils éducateurs populaires - par définition peu nombreux - sinon c’est du vent. Pour qu’il y ait un parti de masse il faut un projet et pas un programme...un programme n’a jamais mobilisé...Pour qu’il y ait un projet crédible ...il faut qu’il obtienne le soutien ou la neutralité bienveillante de l’électorat modéré...Ce ne sont pas les Garrido ou Ruffin ou Bompart ou autres du PG qui vont les rassurer...aussi estimables soient ils...Verstehe ?

      Dominique FILIPPI Le 17 juin à 15:26
    •  
    • "Pour être opératoires , tes suggestions nécessitent un parti de masse et pas de gentils éducateurs populaires - par définition peu nombreux - sinon c’est du vent."
      => Tu prends le problème à l’envers à savoir que pour devenir un parti de masse (ce que plus aucun parti ne peut prétendre à être aujourd’hui), il faut qu’une part croissante de la population puisse se conscientiser et les réinvestir de l’autorité que ces formations politiques ont perdu.
      En l’occurrence, ce n’est ni sur le nombre des éducateurs populaires, ni sur leur gentillesse qu’il faut compter, mais sur la propension :
       à les faire intervenir sur un terrain ou la colère est présente,
       à leur garantir un financement pérenne pour une action de longue haleine,
       à ce que les formations politiques concernées par l’émancipation des gens, s’organisent pour encourager et soutenir de manière pratique les actions populaires qui en découleraient.

      "Pour qu’il y ait un parti de masse il faut un projet et pas un programme...un programme n’a jamais mobilisé..."
      => Chaque projet s’affirme dans un programme ou s’incarne dans un "Homme" (ou une femme, soit entendu que c’est lui ou elle qui préfigure ce programme). On peut choisir l’un ou l’autre, mais il est impossible de tous les deux les effacer de l’équation !

      "Pour qu’il y ait un projet crédible ...il faut qu’il obtienne le soutien ou la neutralité bienveillante de l’électorat modéré..."
      => Mise à part que j’aurais naturellement tendance à me demander où diable se trouve cet électorat "modéré", je m’interroge sur la définition d’un projet "crédible". Par exemple, on peut entendre qu’un projet "crédible" serait celui qui d’évidence changerait le moins possible l’ordre des choses : C’est en effet clairement le moins dispendieux en terme d’énergie ou de capitaux investis ainsi que possiblement le plus consensuel. Du coup, il devient... rationnel... de se demander si avec de telles méthodes, continuer à croire que la politique puisse défendre autre choses que les intérêts de ceux qui ont encore quelque chose à perdre en cas de changement, à savoir ceux qui tirent bénéfice de l’ordre établi, ne serait alors qu’une douce utopie (le statusquo ou les modifications à la marge, ne peuvent remettre en cause les injustices d’un système) !

      Une autre option serait de mettre en scène le débat démocratique pour clarifier les points de vue le plus honnêtement possible et discuter de ce qui serait bon pour le Bien Commun plutot que de ce que la capacité de nuisance actuelle des intérêts particuliers nous autorise à faire ! ... Ma préférence pour la "démocratie radicale" (à savoir ce que d’autres qualifieraient de "populisme de gauche", m’enjoint à privilégier l’option qu’il en découla un programme suffisamment clair et fédérateur pour convaincre les citoyens de voter pour celui-ci comme "l’avenir en commun", plutôt qu’emmergea un "leader" et une clique qui oublierait ensuite ce qu’il l’ammena au pouvoir (Mélenchon a peut-être son fan club, mais lui-même sait parfaitement qu’il ne constitue pas la majorité des électeurs de la FI... les autres, s’ils lui accordent le respect dû à tout défenseur méritant de la cause, lui préfèreront toujours le programme, ne t’en déplaise.).

      carlos Le 17 juin à 16:35
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  • Débats de fonds ? Il me semble que beaucoup d’idées et de stratègies ont été énoncées, discutées et mises en oeuvre depuis, disons, mai 68. Un seul gagnant jusqu’à preuve du contraire (W.Buffet le proclame lui-même) : les membres de la classe dominante (et tout ses collabos indispensables à son maintien).
    Se causer, se confronter oui mais à une condition selon moi : s’interdire un tant soi peu les redites souvent honteuses de notre histoire récente. Hors de question de renouer avec la suffisance des "révolutionnaires professionnels" omniscients ou avec les turpitudes des adeptes de la lutte des places !
    Il me semble qu’il y a ce type rejet chez certains gilets jaunes (annoncés par Bourdieu il y a bien des années déjà dans "misère en France"). Mais les identités forgées au sein des partis, syndicats, associations seront longues à évoluer. On le voit au PCF qui nous dit la fierté retrouvée de ses adhérents après la campagne des européennes...à la FI où les réflexes de courants sont apparus le soir des résultats...chez les "verts"...
    Débats de fonds quand on y est, au fond ?
    Débattre avec celles et ceux qui nous y ont conduits ?
    C’est sans doute inévitable mais alors sous contrôle permanent de celles et ceux qui sont la classe révolutionnaire potentielle, ouvriers, employés, les producteurs directs de valeur dans ce fichu monde capitaliste !
    Que celles et ceux qui nous donnent des leçons de progressisme dans les livres, les films, le théâtre, les tribunes des partis, des syndicats se soumettent au verdict immediat de la réalité vécue par les "sans-dents".

    jeandu13 Le 17 juin à 14:13
       
    • Les soviets partout ! LOL !

      Dominique FILIPPI Le 17 juin à 15:28
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  • Bonjour
    vous n’avez pas complètement tord , mais pourquoi se focaliser sur le débat gauche /populisme....débat un peux vaseux pour moi.Ou aussi sur les différentes stratégies électoralistes : union de la gauche ou pas ,alliance électorale , avec qui .....
    De plus ,ces élections européennes ,ont plus démontrer une indifférence vis à vis de cette élection ,que une sanction de telle ou telle parti ou de remise en cause de stratégie. Il y a encore les traces du référendum de 2005 , et ces elections ont plus fait rigoler les gens avec ses 34 listes....au final c’est le noyaux dur de chaque formation qui c’est déplacer.

    bob Le 17 juin à 15:21
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  • Bonjour
    Normalement,je n’aurais pas dû me déplacer pour cette élection européennes, je me suis déplacer par pur militantisme pour FI,mais je pense,que cela ne sert à rien ,sur l’Europe,ce parlemént n’est qu’une chambre d’enregistrement qui ,n’a aucun pouvoir,le pouvoir de décision est ailleurs ,conseil européens,et d’autres instances .cest cela que l’on aurais dû expliquer ,mener une campagne pédagogique qui explique ,comment , ces élections , ne change rien , si on ne réforme pas l’Europe dans sont fonctionnement . Mais instinctivement le peuple l’a bien compris ,qui ne c’est pas déplacer.malgre les beaux discours ,sur le regain de participation,ou le score des verts......

    bob Le 17 juin à 15:35
       
    • @Bob - je vous suis là-dessus.

      carlos Le 17 juin à 16:37
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  • Bonjour
    Comme ,les gens ,ont en souvenir,le référendum des 2005 ,sur l’EUrope.LEs gens ont aussi,le souvenir de la gauche au pouvoir, Hollande, et autres , leurs politiques qu’ils ont mener. ET ils ont aussi le souvenir , des années Mitterand ,de l’union d elastiquée gauche, et du programme commun......mêmes si chacun refait l’histoire de façon sélective.

    bob Le 17 juin à 18:42
       
    • NPA bis = LFI

      Dominique FILIPPI Le 29 août à 10:13
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  • Je déteste .Ipad ,pour écrire !!!

    bob Le 17 juin à 18:44
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  • Quelques petits rappels
    Au début de la campagne présidentielle de 2012 , je me souviens des discussions entre militants, il faut faire plus de 5 % pour être remboursé.
    Près de 10 % formidable résultat dans le contexte.
    Je me rappelle du formidable rassemblement de Bastille, qui avait redonner l espoir à tout notre camp
    Le candidat n y était pas pour peu de chose.
    La dernière campagne présidentielle près de 20 %
    Le candidat n y a pas été pour peu de chose.
    Je suis consterné par l attitude de certains, dont les intervenants font partie à redoubler de critiques sur la France insoumise, Melenchon.
    Reprenant en coeur, la raclée, la défaite
    Etc ..
    Oui il y a des difficultés, des manques , mais quelle jouissance.
    J arrêté pour cette presse de reprendre les critiques venant de notre camp.
    C est une faute pour ne pas dire plus.
    Allez encore un effort et il ne restera plus que RN et LREM
    C est consternant

    Bonjour Le 18 juin à 11:56
       
    • La France Insoumise se NPAtisant ...Besancenot a de la concurrence...concurrence entre nains...

      Dominique FILIPPI Le 27 juin à 23:19
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  • Bonjour
    Oui,un débat de fond ......mais sur quoi, quelle base !?
    il faudrait tout redéfinir.Qu’est-ce que la gauche,le populisme,....
    Et qui, cela englobe t’il ?.il faudrait affiner les catégories sociaux professionnelles aussi.
    Car, nous sommes trop dans le flou,théorique.
    Peut -on se baser uniquement sur une échelle de revenu,pour définir autant les classes moyennes, que la gauche ?
    On, à jeter aux oubliettes d elhistoite les termes dit trois clivants et marxiste de classe ouvrière,proletariat,petit employés, !
    Hors pour moi ces catégories,dans là réalités non pas disparues !
    Le peuple est une notion trois vague,trop fourre tout,le populisme ,un terme mal employée , et surtout dénigrer et détourner par les médias....
    le mot gauche ne veux plus rien dire......
    il y’a donc beaucoup de travail, pour lancer un débat de fond,commencent par redéfinir tout cela !

    bob Le 20 juin à 12:29
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  • Je le dis d’emblée : je ne suis pas au diapason de la réalité française. Ce que j’écrirai ci-après pourrait être erroné. Les moyens d’information et de culture du Capital sont si puissants que cela a amené la gauche, partout dans le monde, à perdre le Nord. Cela a commencé par le fameux discours de Khroutchev et les gros mensonges sur l’URSS et sur Staline. Je peux dire que l’idéologie de la gauche est peu différente du contenu du discours de Khroutchev. Pour cette fois, j’arrête mon propos ici.

    Jalal Le 26 juin à 16:03
       
    • Parfois s’abstenir d’écrire rend service.

      Dominique FILIPPI Le 27 juin à 18:58
    •  
    • NPA tisation...

      Dominique FILIPPI Le 29 août à 10:10
  •  
  • Dominique FILIPPI, je crois que vous avez parfaitement raison.

    Jalal Le 27 juin à 22:01
  •  
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