CC Amaury Laporte
Accueil | Par Loïc Le Clerc | 11 septembre 2018

La France a faim, Macron se gave

À deux jours de l’annonce du "plan pauvreté" par le président de la République, le Secours populaire dévoile une étude sur la pauvreté en France et les chiffres sont plus qu’alarmants.

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Plus d’un Français sur cinq ne mange pas à sa faim. C’est le constat catastrophique du baromètre Ipsos-Secours populaire, publié ce mardi 11 septembre. « 21% des Français ont du mal à se procurer une alimentation saine pour assurer trois repas par jour », peut-on lire sur le site de l’association.

Et, malheureusement sans surprise, chez ceux qui gagnent moins de 1200 euros par mois, 53% ne peuvent se permettre de manger des fruits et des légumes au quotidien. De même, un Français sur cinq admet avoir des difficultés à payer la cantine scolaire. Toujours sur le site du Secours populaire, on lit ceci : « Les interviewés dont les revenus actuels sont les plus faibles sont 65 % à avoir été pauvres ». Des données qui ne cessent de croître au fil des ans.

Dans Le Figaro, Richard Beninger, secrétaire national du Secours populaire, constate que « la question de l’alimentaire devient une variable d’ajustement chez les familles les plus modestes ». Dans l’attente du "ruissellement", on peut noter que le taux de pauvreté en France est passé de 13,2% en 2008 à 14,2% actuellement. Dans le même temps, le Cac 40 a connu sa meilleure année depuis 10 ans.

Début juillet, l’exécutif avait reporté l’annonce de son plan pauvreté pour cause de coupe du monde de football – selon le propre avis de la ministre de la santé Agnès Buzyn. La France étant depuis championne du monde, voilà qui nous amène au jeudi 13 septembre. Entre temps, Emmanuel Macron avait fait fuiter sur les réseaux sociaux une vidéo le montrant en train de préparer un discours sur le thème de la pauvreté. Il y disait notamment cela :

« On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. »

 

Dans "antisocial", il y a "social"

Si l’on ne connaît pas pour l’instant le détail de ce plan pauvreté, des grandes lignes se dessinent déjà. Il serait notamment question d’une homogénéisation du calcul des diverses allocations, voire d’une fusion de prestations sociales, laquelle serait accompagnée d’une automatisation du RSA. Pour mettre ceci en place, Agnès Buzyn promet des moyens financiers supplémentaires.

À les écouter, les Français les plus démunis verront leurs démarches simplifiées et ne passeront plus à côté de telle ou telle allocation, perdue dans la masse administrative. Mais tout ceci ressemble à une jolie fable, dans une Macronie où la baisse de la dépense publique et le mythe du self-made-man sont les deux piliers d’une « pensée complexe ».

Parce qu’en Macronie, il y a « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ». Comprendre que ceux qui ne sont rien, ceux qui sont au chômage, ceux qui sortent du système scolaire ou qui survivent avec les minimas sociaux, ceux-là sont, pour Emmanuel Macron, responsables de leurs situations. Ils ne peuvent éternellement dépendre de la solidarité collective. Dans le viseur, l’Etat social. La fin de l’Etat providence. Seuls les "méritants" auront désormais voix aux chapitres. D’où les cadeaux aux entrepreneurs et aux entreprises, depuis le début du quinquennat. Parce que "eux" réussissent. Parce que "eux" sont méritants.

Selon RTL, Macron envisagerait toutefois de créer « une complémentaire santé à 1 euro maximum par jour et par personne » pour les plus précaires, une sorte de CMU élargie. Ou comment passer de la sécurité sociale à un système assurantiel et individualisé. Quoi qu’il en soit, jeudi prochain, Emmanuel Macron entend faire de ce plan le fer de lance d’un « virage social », comme disent les commentateurs du dossier, sans blaguer.

De son côté, Richard Beninger ne semble pas dupe de ce nouveau plan pauvreté. Toujours au Figaro, il lance : « La pauvreté, ce n’est pas un dossier supplémentaire, c’est une question cruciale pour la société ». On se souvient comment avait terminé le plan banlieues…

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Salauds de pauvres : la complainte de l’homme blanc présidentiel

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  • Bonjour,
    attention aux erreurs qui entachent la crédibilité : le chiffre de 13,2% de taux de pauvreté (comparé aux 14,2% en 2018) ne date pas de 2017 mais de 2008 ! Cf. L’article que vous avez pris la peine de mettre en lien
    Quoiqu’il en soit, merci pour votre travail salutaire !

    Simon Le 12 septembre à 00:10
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