CC GUE/NGL
Accueil | Par Catherine Tricot | 12 septembre 2018

La nouvelle stratégie de Mélenchon peut-elle l’emporter ?

Après sa rencontre avec l’aile gauche du PS, Mélenchon semble être à la recherche d’une ouverture. Mais le leader de la France insoumise entend-il élargir, rassembler ou dominer la gauche ? Le socialisme-républicain est-il l’avenir de la FI ?

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La "rencontre impromptue" entre Mélenchon et Macron dans les rues de Marseille voulait délivrer un message : il y a en France deux leaders, deux forces politiques et deux seulement. Mais le rôle d’opposant n°1 ne suffit pas à Jean-Luc Mélenchon. Il veut imposer durablement sa marque idéologique sur la gauche. Et il a toujours dit que son objectif était de gouverner. Pour cela il va lui falloir élargir, rassembler plus encore et conforter sa crédibilité. Comme le PCF l’a fait si souvent avant lui, il s’adresse aux socialistes. C’était l’objet de l’autre rendez-vous de Marseille avec l’aile gauche du PS. Après le départ de Benoît Hamon et le faible score d’Emmanuel Maurel en interne (18%), les anciens camarades de Jean-Luc Mélenchon se demandent s’ils peuvent encore peser et rester au PS ? Mélenchon veut les convaincre de venir chez lui. Alors il a sorti le grand jeu :

« J’ai le cœur plein d’enthousiasme si vos chemins viennent en jonction avec les nôtres. Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille. »

« Mes amis, vous me manquiez », leur a-t-il susurré. À travers eux, il entendait aussi parler aux électeurs toujours proches du PS que le macronisme rebute.

Ramasser le Parti socialiste

Après avoir tempêté contre les socialistes et pris ses distances avec la notion même de gauche, Mélenchon veut saisir le moment. Le PS est en déliquescence et Hamon est à la peine : il fera feu de tout bois pour ramasser l’essentiel de l’héritage PS. Ce contre-pied a surpris dans sa nouvelle famille. La ligne droite n’est décidément pas sa tasse de thé. En 2003, il s’allie avec le "courant antilibéral", puis avec le PCF de Marie-George Buffet avec qui il fonde le Front de gauche. Est-il totalement à l’aise dans cette gauche de cocos, néo-cocos, alter ? Pas évident pour lui qui vient d’une gauche républicaine plus structurée par la référence à la loi et à l’Etat que par le mouvement social.

Dès sa rupture avec le PS il crée le Parti de gauche (PG), tente le lancement d’un Mouvement pour la 6ème République (M6R). En 2016, il se dote d’une nouvelle structure politique, la FI (une « structure gazeuse » dont il est la « clé de voûte ») et forge un discours à partir d’une idée (le populisme), autour de quelques thèmes (le peuple, la caste, la souveraineté, le refus de la mondialisation et de l’Union européenne).

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Ses efforts pour faire vivre, après Chevènement, une idée du socialisme républicain porte ses fruits. Tous les courants de gauche sont impactés, à commencer par le PS. La crise profonde de l’option sociale-libérale donne un élan à son discours républicain et souverainiste. D’autant que Mélenchon l’enracine dans une histoire large du socialisme (les références à Jaurès sont légion) et le stimule par un regard aigu sur le monde actuel et ses nouveaux enjeux, en premier lieu l’écologie.

Faire perdurer la dynamique de 2017

Cette dynamique déstabilise aussi ceux qui depuis 1995 ont attaqué l’hégémonie absolue du PS. Depuis plus de 20 ans le courant porté vers la rupture, que le PCF avait politiquement dominé, retrouve de l’allant. Relancé idéologiquement après 1995, politiquement après 2002, électoralement entre 2008 et 2012, il est porté haut en 2017 par le leader de la France Insoumise qui le place au tout premier rang de la gauche. Le fait est historique.

C’est aussi cette dynamique de longue durée et cette attractivité retrouvée qui l’a détaché de l’orbite social-démocrate droitisé. Mais Mélenchon est venu avec ses bagages et n’entend pas les laisser à la consigne. Ses références sont républicaines et écosocialistes. Problème : si cette affirmation politique se fait en marginalisant les cultures alternatives, si l’attention à la souveraineté se mue en « souverainisme », si le souci des catégories populaires devient du « populisme », si le souhait de protection se transforme en « protectionnisme » (quels que soient les qualificatifs dont on l’entoure), le risque est de voir se désagréger peu à peu le bloc originel.

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On peut se dire : tant pis si on perd les "bobos", les intellos et les "alter", si on gagne les catégories populaires. Mais on sait que ce pari n’a jamais été gagnant et ne le sera pas. Prenons garde : si le clivage s’approfondissait, il laisserait sur le bord du chemin une grande part de la gauche vivante, celle qui dès le début s’est dressée contre le glissement progressif du PS, qui a maintenu la critique de l’ordre existant, qui n’a cessé de parler d’alternative quand le socialisme acceptait le "TINA". Si le clivage se structurait entre ces deux pans de la gauche critique, on pourrait même se retrouver devant quelque chose qui reprendrait sous une forme différente, plus "républicaine" et "souverainiste", la social-démocratie d’hier.

2017 a ouvert une porte. Pour qu’elle ne se referme pas, la première des conditions – mais elle est impérative – est que la dynamique de rassemblement ne retombe pas. Refuser l’arrivée de composantes nouvelles contredit l’objectif majoritaire. Mais il ne peut être obtenu en altérant l’alchimie populaire et radicale qui a permis d’ouvrir les possibles.

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  • Le projet de JLM, c’est de refonder un parti socialiste de gauche new look.
    Il n’est pas révolutionnaire, même pas antilibéral.
    Il doit donc reconstituer un PS hégémonique, tuer le PCF, Génération, les verts, etc...
    S’il y arrive, c’est catastrophique pour les salariés et leur émancipation.

    pierre93 Le 12 septembre à 19:45
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  • Que de catégories dans cet article ; on préfèrerait les voir explorées pour éviter qu’elles ne produisent, bêtement et fatalement, du cliché.

    A l’exemple de cette conversation de 2h20 sur le "populisme", entre Mr Mélenchon et Mme Mouffle, philosophe : https://www.youtube.com/watch?v=FtriFMxsOWw

    Ciriaco Le 12 septembre à 22:03
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  • Comme beaucoup de citoyens de gauche,j’ai adhéré aux fulgurances de JLM...
    A cette heure, je suis dubitatif...
    Sa famille politique est le ps,c’est lui même qui l’affirme...
    Certes il s’opposait à certains de ceux qui se sont revendiques PS alors qu’ils étaient fondamentalement des libéraux (Rocard,Hollande,Valls,Moscovici etc etc)
    Mais,il reste mitterandien qui ,convenons en ,est une catégorie politique plus proche de la sfio de la 4ème république que de Jaures. .. Sa démarche politique avec les insoumis (les mal nommés au cas particulier) s’apparente fort à un mouvement vertical avec un guide suprême à sa tête.D’ailleurs,le chef en question ne s’embrasse pas de changer de stratégie selon ses humeurs...Hier il vilipendait le pc qui tentait de dialoguer avec l’aile gauche du ps et...aujourd’hui c’est lui qui fait de même ...il précise qu’il a changé car au début ,pour exister un petit parti doit être clivan ...De mon point de vue ,il voulait terminer le travail de Mitterand soit marginaliser le PC...en chassant sur ses terres pour reconstituer une force social démocrates hégémonique à "gauche".Les exemples étrangers sont ,en la matière ,éloquents...
    En l’absence de forces structurées à gauche des "sociodémocrates" nous avons l’Italie,les USA...
    Souhaitons nous cela ?

    bacon Le 13 septembre à 09:50
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  • Les masques tombent.
    Les laudateurs de Mélenchon vont tomber de haut !!!
    Ouf ...

    milhac Le 14 septembre à 10:11
       
    • De quoi parlez vous ?

      Parce qu’une personne, , Catherine Tricot , qui est uniquement dans le commentaire ,avec personnalisation et psychologisation outrancières de la vie politique, usant et abusant du conditionnel : « Problème : si cette affirmation politique se fait en marginalisant les cultures alternatives, si l’attention à la souveraineté se mue en « souverainisme », si le souci des catégories populaires devient du « populisme », si le souhait de protection se transforme en « protectionnisme » (quels que soient les qualificatifs dont on l’entoure), le risque est de voir se désagréger peu à peu le bloc originel... »
      On pourrait rajouter « Si ma tante en avait on l’appelerai mon oncle »
      Une personne qui réussit le tour de force de soit disant analyser le changement de stratégie de JLM , qui est de fait la stratégie de de la FI ( personnalisation outrancière ), en ne parlant jamais de sont programme « l’Avenir en Commun » , de sont projet de constituante pour une VI e république, de sa volonté de sortir des traités européens condition sine qua none pour en finir avec l’austérité.
      Bref une personne qui aborde la réalité politique du pays avec de vieux schèmes dépassés appartenant à un paysage politique dépassé, de politique politicienne.
      « Mais Mélenchon est venu avec ses bagages et n’entend pas les laisser à la consigne... », Madame Tricot vous semblez bien connaître le contenu des« bagages »de JLM , vous devez posséder une compétence particulière pour cela , il serait intéressant que vous portiez à notre connaissance , le contenu de VOS « bagages » , nous qui ne possédons pas cette compétence si particulière du champ politique.
      @milhac
      En conclusion mllhac , je vous sens inquiet, rassurez-vous personne ne va tomber de haut, l’ Avenir en Commun demeure le fondement de la FI , le projet de constituante pour une VI e république reste au cœur de ce programme ainsi que la sortie des traités actuels de l’UE et ceux de libre échange. Il n’y aura pas d’accords au sommet entre partis, ou mouvements. La victoire passe par la reconquête du plus grand parti de France , celui des abstentionnistes, seul possibilité de devenir majoritaire. Tout ceux qui veulent y participer sont les bienvenus, à la FI on ne demande pas la carte des gens qui veulent participer.
      C’est tout cela , et bien d’autres choses encore, la stratégie de la FI et de JLM .

      Gege Le 14 septembre à 11:35
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  • JLM est un très bon combattant pour le peuple. Sauf que la politique, comme il le sait, n’est pas raison, mathématique. Les lobbys détruisent la quintessence de cet art de gérer la "polis". Sa lutte est normale et digne, mais il devrait savoir vivre avec toutes ses réussites et tous ses échecs, les deux faces de la vie d’un lutteur. Et surtout n’y renoncer que quand il le jugera opportun ; car seule la lutte libère.

    JLMFan Le 14 septembre à 12:41
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  • On voit bien que le FN est encore et toujours devant.
    Tant que la gauche défendra l’immigration de masse, c’est la droite qui gagnera... ou l’extrême droite.

    khey Le 14 septembre à 13:08
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  • Mon dieu qu’il est plaisant de voir enfin cette belle poignée de main entre deux bons amis, Macron et Melenchon.
    L’un ayant mis l’autre au pouvoir pour avoir un pauvre chiffre de 20% et la destruction de tout ses ennemis potentiel a gauche,
    et l’autre assurant la reelection de l’autre en 2022 en étant la force d’opposition la plus bete du monde, le tout avec l’aide de quelques patrons de presses.

    Je vous l’avais bien dis.

    bdpif Le 14 septembre à 21:23
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  • « On peut se dire : tant pis si on perd les "bobos", les intellos et les "alter", si on gagne les catégories populaires. Mais on sait que ce pari n’a jamais été gagnant et ne le sera pas. »
    En quelques mots la rédactrice de ce billet se discrédite.
    Comme si la situation du capitalisme absolu que nous connaissons aujourd’hui ne générait pas d’autres nécessités et une nouvelle approche du combat révolutionnaire. La théorie est une matière vivante qui rejette des formules réactionnaires de ce type. Qui peut voir dans l’analyse de JL Mélenchon particulièrement dans l’ère du peuple un abandon de l’alliance de toutes les victimes du capitalisme absolu ? Il faut très franchement soit être de mauvaise foi ou un piètre marxiste pour le penser. Ce billet est d’une légèreté stupéfiante. Regards une fabrique de la politique ? Pas avec ce genre de production en tous cas.

    choucroute Le 16 septembre à 14:05
       
    • Bien vu et bien dit. Mme Tricot analyse la situation d’hier avec les arguments d’avant-hier. C’est ce que, dans l’immeuble du Colonel-Fabien (et dans ses menues dépendances), on appelle pompeusement « faire de la prospective ».

      hopfrog Le 16 septembre à 20:09
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  • la voilà la nouvelle gauche :
    https://www.youtube.com/watch?v=njW6AA9j7rw

    (Tatiana Ventôse, qui vient de se faire agresser)

    voilà ce qu’on entend sur le terrain quand on tracte : exactement ce qu’elle dit dans cette vidéo.

    La Droite fait 70% dans derniers sondages des européennes : réveillez vous. On veut la gauche, la vrai, la gauche autoritaire, celle qui n’excuse ni la Mafia ni le Lumpen et qui permet au prolétariat de vivre en paix.

    Tatiana Le 16 septembre à 21:34
  •  
  • A propos du § : « si la souveraineté se mue en « souverainisme, etc… ».
    L’emploi des termes comme « souverainisme », « populisme », « protectionnisme » … me paraît peu satisfaisant de la part de quelqu’un qui se place en critique du monde que nous prépare le Capital (la classe capitaliste) et que son activiste Macron s’emploie à mettre en place. Ces mots, comme d’autres analogues (antisémitisme, adeptes du complot, etc…) ont été inventés et propagés précisément pour couper court à toute discussion sérieuse des problèmes cruciaux évoqués par ces néologismes. Critiquez la politique de l’état d’Israël, vous serez immédiatement taxé d’antisémite, et quels que soient vos arguments, ils seront enterrés, parce que taxés précisément d’antisémitisme : c’est très commode ! Je suis donc surpris que Mme Tricot ne soit pas sensible à ce contexte et en use dans son papier. Aujourd’hui, si on croit que tel mot de la série ci-dessus est adéquat pour exprimer sa pensée, on doit préciser les choses…sinon ce qui vient à l’esprit d’un homme de la rue auquel on s’adresse, c’est le résultat du matraquage habituel utilisé dans l’usage de ces termes : par exemple, populisme égal JLM, égal aussi Le Pen …
    A propos du § : « on peut dire : tant pis si on perd les bobos, les intellos, les alter… si on gagne les catégories populaires. Mais on sait que ça n’a jamais été gagnant et ne le sera pas ». Qui est visé par ce texte imprécis : JLM, Chassaigne, des groupes gauchistes ?… Il faut clairement désigner de qui l’on parle, car le commun des mortels n’a pas forcément en tête les références connues du journaliste… Et la phrase est pour le moins ambiguë !

    abbé Béat Le 19 septembre à 17:04
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