Accueil | Par Clémentine Autain | 30 octobre 2020

Attentat de Nice : le choc et le piège

Moins de deux semaines après l’attentat de Conflans, une attaque au couteau a eu lieu jeudi 29 octobre, à Nice. Trois morts. Un nouvel attentat, un nouveau choc.

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C’est en séance à l’Assemblée, où nous siégions au sujet des mesures de reconfinement, que nous avons appris l’attentat de Nice. Quand Richard Ferrand a annoncé le nouveau drame qui a assailli notre pays, l’émotion a traversé mon corps tout entier, en se hissant là où les mots finissent par faire défaut pour qualifier la répétition de l’abject, l’impensable. Un nouvel attentat, un nouveau choc, avec son nombre de morts qui s’allonge au fil des heures. Trois vies arrachées, des blessés, des personnes traumatisées par un homme qui a été décapité – le même procédé ignoble que dans l’assassinat de Samuel Paty – au nom d’une idéologie se revendiquant de l’islam.

Glaçant.

Cette fois, c’est une église qui est attaquée. Après la liberté d’expression en tuant des journalistes de Charlie Hebdo, après l’acte antisémite en ciblant l’Hyper Casher, après la liberté de prendre du plaisir en visant le Bataclan, la promenade des Anglais à Nice et les terrasses de café, après le droit au savoir et au blasphème en décapitant un enseignant, c’est au tour de la liberté de culte d’être visée. L’ensemble du socle des valeurs républicaines est mis en cause par les fanatiques d’une pensée totalitaire et meurtrière.

 

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Ce matin, alors que BFMTV a fait le choix d’interviewer Marine Le Pen qui se sent pousser des ailes dans un tel contexte, j’ai écouté avec un grand intérêt et une forme de soulagement l’excellente chronique de Pierre Haski sur France Inter. Parce que je rêve d’une société qui pense et argumente de façon rationnelle. Parce que je n’en peux plus de la complaisance à l’égard de l’extrême droite et des idées désormais « mainstream », dominantes, qui lui font la courte échelle. Parce que celles et ceux qui ont accès à la parole publique, les journalistes et éditorialistes, les hommes et femmes politiques, les intellectuels, ont une immense responsabilité dans ce moment si sombre et si difficile d’accélération de l’histoire. Pierre Haski, chroniqueur quotidien sur la géopolitique à 8h20, est revenu ce matin sur les réactions aux attentats. De façon simple, juste et concise, il a mis en garde contre les tentations de voir, dans ce flot d’attentats qui nous touchent, un succès posthume de la thèse controversée des années 1990 sur le choc des civilisations.

Le piège tendu est justement de réagir comme si la civilisation occidentale était la seule visée. En transformant l’ensemble des musulmans en coupables présumés de leurs crimes, « les terroristes auraient alors gagné ».

Dès 1993, Samuel Huntington a créé la polémique en assénant que les conflits de l’après-guerre froide ne seraient plus ceux des grandes idéologies mais des cultures et des identités. Erdogan, d’une part, ou l’extrême droite française, d’autre part, reprennent au fond cette grille de lecture de la situation. Pierre Haski nous dit combien cette analyse sur ce qui est en train de nous arriver est non seulement discutable mais c’est un piège. En effet, les victimes de ce choc ne sont pas seulement ceux que nous voyons aujourd’hui en France. L’immense majorité des victimes du terrorisme dans le monde sont d’autres musulmans, tués non parce qu’ils sont de mauvais musulmans mais pour terroriser les survivants et les soumettre. « L’histoire des quatre dernières décennies s’écrit en lettres de sang d’abord dans le monde musulman. Penser qu’il s’en prendrait d’abord à l’Occident chrétien est simplement inexact », affirme à juste titre le chroniqueur, même si la France laïque est une cible de choix.

Ce n’est pas un combat entre Islam et Occident qui se joue : l’intégrisme est une guerre à la civilisation tout court. Le piège tendu est justement de réagir comme si la civilisation occidentale était la seule visée. En transformant l’ensemble des musulmans en coupables présumés de leurs crimes, « les terroristes auraient alors gagné », poursuit Pierre Haski. « La réponse devrait donc être inclusive et non excluante », conclut le journaliste. Je n’aurais pas dit mieux.

Il n’y a pas d’un côté ceux qui auraient tout compris à ce qui se passe et ceux qui seraient dans le déni. Il y a différents points de vue qui mobilisent différentes stratégies. C’est pourquoi je réaffirme que l’heure n’est pas à faire le dos rond à gauche mais à donner de la voix à une autre cohérence idéologique que celle qui nous est abondamment servie.

 

Clémentine Autain

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  • Le mobile de l’attentat terroriste de Nice est sujet à interprétations, d’autant que son auteur n’a pas encore été entendu à ce stade de l’enquête. Invoquer la liberté de culte, qui est une notion juridique et une règle de droit, comme cible est peu plausible. Il est vraisemblable au contraire que les catholiques sont visés en tant que tels, le catholicisme étant constitutif de l’identité de tout ce qui, dans l’humanité, ne ressortit pas à l’islam. Il n’est pas le seul, mai il est important, particulièrement en France, où les catholiques sont nombreux. Ce n’est pas un lieu de culte quelconque qui a été choisi, mais une église. Ce choix n’est pas neutre. L’interprétation de Clémentine Autain est douteuse.

    Glycère BENOIT Le 31 octobre à 07:47
       
    • En quoi est-elle douteuse ?

      Dominique FILIPPI Le 2 novembre à 11:43
  •  
  • @Dominique FILIPPI. Elle l’est en cela qu’elle passe sous silence la dimension anticatholique de l’attentat, n’y voyant qu’une atteinte au principe de la liberté du culte. Clémentine Autain ferait-elle la même analyse quel que soit celui-ci ? Si une synagogue avait été la cible d’un tel attentat, nous aurions tous parlé, à juste titre, d’antisémitisme.

    Ici, il s’agit d’anticatholicisme ou plus largement antichristianisme, le christianisme étant une des dimensions fondamentales du monde auquel s’attaque l’islamisme. Le djihad est dirigé principalement contre lui, contre les infidèles, les chrétiens faut-il entendre. Par extension tout ce qui n’est pas musulman, que cela soit dans le champ strictement religieux ou dans celui des valeurs civiques et morales, est la cible du djihad.

    L’anticléricalisme est un des fondements de la pensée de gauche, particulièrement la pensée marxiste. En France, être contre la religion signifie pour la gauche, historiquement, être contre le catholicisme. Clémentine Autain ne veut pas vraiment se départir de cette lecture, ce qui au demeurant peut se comprendre de son point de vue.

    Qu’elle s’en prévale n’a rien de choquant, la politique reste là pour colorer la toile de fond, même si l’horreur du crime doit réunir, pour le condamner et en combattre les causes, tous les Français, sans distinction partisane. Tous, et non pas tous sauf… Mais sous le citoyen perce toujours le militant. Venir en soutien de la chrétienté, pour quelqu’un de gauche, n’est envisageable que s’il ne peut pas faire autrement. Ici l’analyse mettant en avant l’atteinte à la liberté de culte comme mobile permet un positionnement plus conforme à la tradition de gauche, bien que, dans l’Etat socialiste, fondé sur le marxisme-léninisme, la liberté religieuse n’existe pas. L’Etat n’est pas neutre à l’égard des religions, comme il ne l’est pas sur le plan idéologique, contrairement au principe sur lequel est fondé l’Etat laïque, qui, lui, traite tous les citoyens, quelle que soit leur croyance et quelle que soit leur opinion, à égalité.

    Glycère BENOIT Le 2 novembre à 14:32
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