Accueil | Par Clémentine Autain | 19 février 2015

Loi Macron : there is an alternative

La journée de mardi devait être celle de l’adoption de la loi Macron. Elle restera comme le jour où le premier ministre choisit l’affrontement avec sa majorité et opte pour un passage en force en recourant au 49.3. Décryptage.

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Invoquant "l’esprit du 11 janvier", les ministres et leaders du PS ont fait valoir l’union nationale pour que les frondeurs ravalent leurs exigences et votent la loi Macron. Le travail du dimanche ou la privatisation des autocars comme réponse aux tueries de janvier ? Fallait oser. Ils ont tenté. En vain. En fin de matinée mardi, les députés socialistes étaient suffisamment nombreux à annoncer un vote contre ou une abstention que le texte n’était pas certain de passer. En tout cas pas sans les voix de députés de droite.

On aurait pu penser qu’une voie de compromis serait recherchée par le gouvernement. Par exemple, sur la très emblématique mesure du travail du dimanche. Le texte initial prévoyait 12 dimanche de travail. Le texte final annonce 12 dimanche de travail. Beaucoup de députés, même de droite, demandaient des compensations minimales inscrites dans la loi. Ce fut également non.

Poussée de testostérone

Valls se justifie : la France a besoin d’autorité. Le gouvernement assume la carte de l’autoritarisme. Ainsi, le premier ministre continue de parfaire son image. Il s’affirme inflexible aux yeux de l’opinion publique. Mais il joue aussi l’interne. A quelques mois du congrès du PS, il croit le moment venu de lancer la charge contre tout ce qui rappelle de près ou de loin la tradition socialiste née à Epinay. La bande des cogneurs se mobilise. Le Guen, Le Foll, Macron ont une poussée de testostérone. La violence des propos contre les frondeurs donne la mesure de l’affrontement. Emmanuel Macron estime qu’ils sont « la gauche qui ne fait rien, ne sert à rien ». Un député PS s’autorise l’expression « ces gens-là » à propos de ses camarades d’hémicycles. Stéphane Le Foll parle de « soi-disant députés » et menace d’exclusion du PS quiconque voterait la censure.

La fragilité politique dans laquelle se trouve la gauche radicale est vue comme l’occasion d’éreinter tous ceux qui, à l’intérieur du PS, s’écartent de la voie gouvernementale. Il n’y a pas d’alternative politique : la preuve par le 49.3. Jeudi 19 février, les députés écologistes et socialistes voteront dans leur immense majorité contre la motion de censure, renouvelant de fait la confiance au gouvernement Valls. Le premier ministre y trouvera une satisfaction perverse à contraindre les frondeurs à plier genoux. Mais la fracture est consommée.

Une majorité sans majorité

Le groupe des députés Front de gauche a annoncé qu’il voterait la motion de censure, marquant une rupture de plus en plus nette avec le PS. Le choix n’est pas simple car voter une motion déposée par la droite est susceptible de nourrir des confusions mais ne pas voter la motion de censure est aussi de nature à ne pas clarifier ce qui doit l’être : l’opposition à ce gouvernement qui mène au nom de la gauche une politique de droite. C’est la raison pour laquelle la députée de Nouvelle donne, Isabelle Attard, avec ses collègues communistes, notamment André Chassaigne et Marie-George Buffet, a proposé aux députés EELV et frondeurs socialistes de déposer une motion de censure de gauche. Ces derniers n’ont pas saisi la main tendue mais, de toute façon, le seuil de 58 députés pour pouvoir déposer une motion de censure rendait peu réaliste la mise en œuvre d’une telle proposition.

Celle-ci avait le mérite de donner à voir la démarche de celles et ceux qui veulent la peau de la loi Macron et contester à gauche le cap gouvernemental. C’est aussi une façon de poser un jalon : la majorité n’ayant plus de majorité, il faut bien travailler à une autre dynamique politique à gauche. Au travers des critiques de gauche adressées au gouvernement se dessine un nouveau pôle politique, divers mais finalement assez cohérent sur sa volonté de contester les normes libérales, de porter la transition écologique, de changer de République ou de redonner du tranchant à l’égalité.

Surmonter l’atonie sociale et la sidération politique

Les Chantiers d’espoir qui viennent d’être lancés offrent un cadre. Encore faut-il que l’atonie sociale et la sidération politique, notamment après les élections départementales qui risquent de ne pas être le meilleur cru à gauche (pour le dire avec euphémisme), ne l’emportent pas et que l’esprit d’unité, de créativité et de responsabilité domine. La possibilité à portée de main d’empêcher l’adoption de la Loi Macron – qui n’aura pas de majorité au Sénat, ni à la Commission mixte paritaire… – pourrait constituer une première victoire.

En attendant, dans cette guerre pour rompre avec la gauche, Valls et Macron pensent gagner une bataille symbolique interne et auprès de l’opinion publique. L’émergence en Europe de mouvements en faveur d’une autre politique dira si Valls a raison d’asséner à son tour « There is no alternative ».

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Vos réactions

  • je ne suis malheureusement pas si sûr que le 49-3 ne puisse pas être réutilisé. Je cite le paragraphe de la constitution :

    "Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session."

    Il est bien question d’autre projet. Hors en deuxième lecture, ce sera toujours le même projet, même si amendée. Donc j’ai de sérieux doutes. Le CC tranchera... et je crains qu’il ne tranche en faveur du projet.

    Maïeul Rouquette Le 19 février 2015 à 10:53
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  • Bonjour, si qq’un peut apporter des éclaircissements sur l’utilisation du 49-3 :
    J’ai entendu qu’on peut l’utiliser une fois par cession parlementaire en dehors des débats budgétaire.
    Est-ce bien cela ?
    Si oui, ça veut dire qu’on peut l’utiliser autant de fois que l’on veut pour les questions relatives au budget ? (vive la démocratie...)
    La cession parlementaire, c’est une année ou c’est la durée de mandat des élus ?
    Merci par avance.

    Flutiot Le 19 février 2015 à 12:05
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  • Quelle est l’alternative ? Les chantiers de l’espoir ? A moins que le but soit de faire mourir de rire les banquiers , les oligarques et leurs valets politiciens, tous ensemble, d’un même éclat dévastateur !

    Fulgence Le 19 février 2015 à 12:30
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  • Cette rupture "consommée" l’est déjà depuis longtemps ailleurs qu’à l’Assemblée. Se concentrer sur celle-ci en élevant au statut de future alternative des députés dont la principale qualité est de se cramponner à leurs postes, sans même mentionner qu’ils ne sont absolument pas prêts à pousser les feux de la crise politique (EELV compris), c’est construire des châteaux pas espagnols du tout et une fois de plus chercher à pallier le manque de crédibilité et de liens populaires de la gauche radicale. Faut sortir le dimanche, pendant qu’il est encore temps, et aller là où les résistances se font vraiment
    http://anjourougeetcoquelicots.com/valls-hesitation/

    daniel fleury Le 19 février 2015 à 13:33
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  • L’autoritarisme de ce gouvernement n’est pas nouveau. Le peuple l’a déjà subi lors du mariage pour tous, ou lors du vote des lois féministes de Mme Belkacem (abcd de l’égalité etc...) Qui sont d’ailleurs les 2 principales raisons de l’effondrement de la gauche. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils commencent à se dévorer entre eux. Quand à la tentative de récupération de l’esprit du 11 janvier : une blague !

    totoLeGrand Le 19 février 2015 à 17:39
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  • "Les Chantiers d’espoir qui viennent d’être lancés offrent un cadre....???

    oui,ENCORE UN NOUVEAU CADRE SANS DOUTE MAIS A CONDITION DE VRAIMENT partir d’assemblées citoyennes disposant véritablement d’un pouvoir de décision avec adhésion directe. Cela a constitué le grand échec du Front de gauche mais cela reste la condition sine qua non à toute construction politique nouvelle.

    gilbair Le 22 février 2015 à 09:55
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  • Pour "que l’esprit d’unité, de créativité et de responsabilité domine" le mieux serait de commencer par le commencement et qu’Ensemble ...et les autres groupuscules...choisissent clairement leur camp : Laurent ou Mélenchon ? Le passé ou l’avenir ? Tant que cette question là ne sera pas définitivement réglée, on n’avancera pas.TOUT LE RESTE EST GESTICULATION STÉRILE ET DÉRISOIRE. Arrêtons de nous regarder le nombril, on se ridiculise...

    Dominique FILIPPI Le 23 février 2015 à 09:34
       
    • Je pense que tant qu’on n’aura pas tranché entre Laurent et Mélenchon, on ne sortira pas de ce merdier. Et çà serait bien que Regards fasse preuve de courage politique en choisissant son camp...Sinon on va finir par croire que c’est par intérêt électoral -à Sevran ou ailleurs -que Clémentine Autain se refuse à choisir...Le P.C.F, c’est le passé ! On ne réécrit pas l’Histoire ! Et ce n’est pas Ensemble ou je ne sais quel groupuscule d’intellos qui va mobiliser les foules comme a commencé à le faire J.L.M en 2012. Les dirigeants du P.C.F s’accrochent à leurs derniers mandats et sont près à tous les coups de poignards dans le dos -en s’appuyant sur les réflexes sectaires des derniers des Mohicans encore membres de ce Parti - pour conserver leurs situations de notables qui sont leurs raisons d’être ! Je sais bien que la mémoire est courte mais souvenons-nous des assemblées des Comités anti-libéraux en 20036 délibérément torpillées par le P.C.F ! Ils s’apprêtent à faire pareil dans des primaires de la gauche anti-libérale car ils préfèrent leur secte à la République ! Je sais bien que cette vérité est dure à entendre mais C’EST LA RÉALITÉ !

      Dominique FILIPPI Le 23 février 2015 à 10:49
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