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Accueil | Par Elsa Faucillon | 4 avril 2021

Loi Séparatisme au Sénat : un vote qui fait mal

Vendredi 2 mars, le Sénat bouclait une semaine sans aucune retenue sur le projet de loi « confortant le respect des principes de la République ». Interdiction du voile, des drapeaux étrangers, du burkini, des listes communautaires, des certificats de virginité... les sénateurs ont pu librement exprimer leur haine des musulmans, sans limite ni honte.

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Il était affreusement prévisible que la loi Séparatisme ouvrirait de nouveau un cycle politique permettant à la droite la plus radicale de déverser un flot d’idées rétrogrades, toutes les plus extrêmes les unes que les autres. La logique principale du texte de loi n’a jamais été d’organiser la lutte nécessaire contre le terrorisme et les fanatiques religieux de toute obédience. Elle visait implacablement à organiser le débat politique sur des thématiques plus que droitières, à diviser et morceler la société, à créer un ennemi intérieur... et à laisser le ministre de l’Intérieur – et tant d’autres – désigner à la vindicte les musulmans et toutes les communautés qu’il n’estime pas compatibles avec la République.

 

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Vendredi dernier, le Sénat a relancé l’offensive raciste et stigmatisante, voulant de nouveau rétrécir les libertés individuelles au nom d’une vision pervertie de la République. Ils sont revenus sur le port du voile, sujet obsessionnel des attaques de l’extrême droite, de la droite et d’un gouvernement opportuniste dans ce combat. D’abord, ils souhaitent en interdire le port pour les mineurs sur la voie publique. Rappelons que ces mêmes élus sont incapables de mettre les moyens pour donner des chances à toutes et tous dans l’éducation.

Seconde obsession, des sénateurs et sénatrices ont souhaité que s’impose aux accompagnateurs – et disons-le surtout aux accompagnatrices – des sorties scolaires, la neutralité qui s’applique aux agents du service public. Traduction, il s’agit d’exclure ces femmes qui prennent sur leur temps pour encadrer les enfants dans des activités qui permettent à tous nos enfants de sortir des établissements et vivre des visites culturelles ou sportives pour le seul motif qu’elles portent un voile.

Le Conseil d’État a déjà rendu une décision défavorable à cet égard, de même que le débat lors de la loi de 1905 sur la laïcité avait tranché cette question des vêtements religieux dans l’espace public rappelant à l’époque la « soutane devait être considérée comme un vêtement comme un autre », selon le mot de son rapporteur, Aristide Briand. En voulant transformer la laïcité en un instrument d’exclusion, ils mettent à mal ces deux précieux acquis : la séparation de l’Église et de l’État, la garantie de la liberté de conscience.

Et au passage, mes collègues parlementaires feraient mieux de passer un peu de temps à légiférer sur les temps partiels imposés majoritairement aux femmes dans des métiers largement dévalorisés !

Réunions non mixtes : la gauche bégaye

La surenchère de la droite sénatoriale ne s’est pas arrêtée-là, elle a ensuite proposé un amendement qui vise à interdire toutes les organisations « qui interdisent à une personne ou un groupe de personnes à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée de participer à une réunion ». En s’abritant derrière de fausses bonnes intentions, cet amendement était un piège, le résultat d’une semaine de polémique nauséabonde sur les réunions non mixtes et le syndicat étudiant Unef. Toute l’histoire des opprimés est jalonnée de moments de réunion, où l’offensive contre la domination et l’exploitation demande des temps de discussions des concernés, à part. À part, oui à part pour permettre de libérer la parole, pour poser des constats avant de se réunir et mener les combats communs. Je visitais la semaine dernière les locaux d’une association qui hébergent des femmes précaires qui ont subies des violences. Dans le règlement intérieur, à certaines heures, l’entrée des hommes est interdite. Pensez vous qu’il faut supprimer cette association ?

Les salariés se réunissant sans les patrons. Les femmes sans les hommes. Qui y a vu un scandale ? Ce qui gêne, c’est que des personnes victimes de racisme ont arrêté de se taire et s’organisent face au déni public de leur réalité. Malheureusement, l’intox de la droite sur « l’interdiction de présence » des non concernés est venue faire bégayer une partie de la gauche au Sénat sur le vote de cet amendement.

Notre famille politique, au sens large, si elle veut affronter tous les systèmes d’oppressions, ne peut pas être dupe des manœuvres grossières de la droite et de ses alliés désormais habituels du gouvernement. Les glissements successifs que contiennent les textes liberticides qui inondent les instances parlementaires participent d’un climat inquiétant et violent pour les populations vouées à l’opprobre. De même, ils construisent patiemment le basculement autoritaire de notre régime. L’adversaire n’avance pas voilé, il agit au grand jour.

Les débats qui traversent les gauches demandent une discussion sérieuse. Ils ne disparaîtront pas d’un claquement de doigt, mais ils doivent connaître une réponse urgente. Ces glissements successifs s’accélèrent, le danger est au présent.

 

Elsa Faucillon

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  • Dans cette crise ! Le covid semble accentuer les inégalités sociales où les étudiants en souffrent particulièrement
    Je peux comprendre l’idée de se se serrer les coudes dans l’entre soi !
    Mais ça n’arrêtera pas l’exploitation et l’idée chantée dans les manifs du tous ensemble !
    Pas simple mais c’est une boussole indispensable !
    Jean Pierre dropsit
    Le 6 avril à 21 :36

    Dropsit Le 6 avril à 21:39
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