Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 9 août 2018

Louis Boyard (UNL) : « On est la génération crash-test de Parcoursup »

Louis Boyard est président du syndicat lycéen UNL. Il était au lycée Georges Brassens, dans le Val-de-Marne. Alors que la rentrée approche, il témoigne de la machine à faire du tri et de l’exclusion sociale qu’est Parcoursup.

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Regards. Comment se passait Parcoursup pour vous jusqu’à présent ?

Louis Boyard. Je viens d’un lycée qui a été fermé pendant trois mois pour cause d’amiante. Du coup, on a loupé trois mois de cours mais aussi d’orientation. Quand on s’est retrouvé à devoir faire les vœux, alors que le lycée était toujours fermé, c’était extrêmement compliqué. On n’avait aucune aide, aucun accompagnement. J’ai mis dix vœux, cinq facultés que je voulais et cinq vœux de sécurité. Le 22 mai, j’ai reçu mes réponses : les cinq facultés que je voulais, on me les a coupées. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas les critères de sélection, donc je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été pris. J’estime avoir le droit de savoir, c’est pourquoi je vais déposer un recours. A l’UNL, on a saisi le Défenseur des Droits pour avoir accès aux critères.

Nous, on a notre petite théorie sur la sélection. Par exemple, on a un camarade qui a 14 de moyenne dans un "mauvais" lycée et une camarade qui a 12 de moyenne dans le "bon" lycée. C’est elle qui a été prise.

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Louis Boyard : « Le seul moyen de se faire entendre, c’est d’appeler à des blocages de lycées »

Vos cinq premiers choix refusés, que se passe-t-il ?

Mes cinq vœux de sécurité devienne les seuls établissements auxquels je peux avoir accès. J’ai la fac du Val-de-Marne, en Sciences politiques, mais c’est à 1h30 de chez moi, donc il faudrait que je déménage. J’attends aussi Paris I, mais je suis 500ème sur la liste d’attente.

« Quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme "inactif" et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrêmement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées. »

Sauf que vous êtes parti en Italie...

Oui, on se regroupait avec des syndicats européens pour évoquer ce genre de contexte. Et je me suis retrouvé sans électricité pendant deux, trois jours, à cause d’une inondation. Donc plus de batterie sur le téléphone. Quand je me suis reconnecté sur Parcoursup, j’avais perdu tous mes vœux. J’ai compris que j’avais raté le moment où répondre à la fac d’Evry, et quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme "inactif" et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrêmement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées. Ensuite, j’ai essayé d’appeler le numéro vert, mais il n’est pas accessible depuis l’étranger. J’ai dû appeler mes parents pour leur expliquer la situation, leur donner mon numéro de dossier pour qu’ils appellent à ma place. En gros, on leur a dit qu’on ne pouvait faire cette erreur qu’une seule fois, donc ils me les ont remis, et ils ont dit à mes parents que c’était irresponsable de laisser partir son enfant en vacances alors qu’il était encore en procédure Parcoursup. Si aujourd’hui, je casse mon téléphone ou que je n’ai plus d’ordinateur, je suis foutu.

Au 9 août, "plus d’un candidat sur cinq ignore toujours où il étudiera", écrit Le Parisien. Quel est votre bilan de Parcoursup ?

Il n’y a pas de mot. On est des centaines de milliers à ne pas savoir où on va étudier en septembre. On sera encore plus nombreux à ne pas être dans la faculté souhaitée. On constate que Parcoursup met en place une sélection sociale, on n’a pas tous les mêmes chances. On voit que les écoles d’infirmières, où l’on rentre sur concours, veulent intégrer Parcoursup. Donc même les cursus considérés comme ultra-sélectifs trouve la sélection de Parcoursup plus optimale... On a le sentiment d’être une génération crash-test, mais le pire, c’est qu’on n’a pas l’impression que le gouvernement a conscience des erreurs qui ont été commises.

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  • Parcours Sup a au moins une qualité : il met en lumière la réalité du racisme de classe terrible qui existe dans le supérieur. Depuis Foucault et Bourdieu ont sait que l’accès au grande écoles ne dépend pas des notes obtenues au BAC par l’élève, mais de son lycée d’origine et donc de sa classe sociale. Pourtant : à part Mélenchon, personne à gauche ne l’énonce clairement comme cela.

    L’accès aux grandes écoles doit reposer sur les notes et uniquement sur les notes.

    MarreDePerdre Le 21 août à 14:01
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