Accueil > Economie | Par Guillaume Liégard | 27 août 2018

Macron saison 2 : rutabagas pour les manants

Le gouvernement entame sa deuxième rentrée et les réformes, notamment économiques, ne devraient pas voir leur rythme s’essouffler... au détriment, comme d’habitude, des plus pauvres.

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C’est peu dire que la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron aura été un conte de fées pour nantis en tout genre. Quasi suppression de l’impôt sur la fortune, flat tax qui limite l’imposition des revenus du capital à 30%, telle une fête à Versailles sous Louis XIV, ce fut un véritable feu d’artifice et tant pis pour les vilains qui peuplent le royaume. Hausse de la CSG notamment pour les retraités, hausse des taxes sur l’essence quand beaucoup ne peuvent faire autrement qu’utiliser leur voiture pour se déplacer, attaque sur le code du travail, la populace fut sommée de mettre la main au portefeuille et d’attendre des jours meilleurs.

Retournement de conjoncture

De lendemains radieux, il n’y aura point. La timide reprise économique amorcée à la fin du quinquennat Hollande est déjà achevée, victime des incertitudes internationales, européennes et de l’épuisement d’une logique marchande fondée sur une croissance infinie. Partout en Europe, les instituts de prospectives révisent leurs prévisions de croissance à la baisse. Gageons que le cumul redoutable de la baisse de la croissance, de la fin des emplois aidés et des facilités accrues de licencier avec la réforme du code du travail devraient avoir rapidement des conséquences néfastes sur la courbe du chômage.

Pire, poussée par la remontée des prix de l’énergie, l’inflation repointe le bout de son nez. Avec la situation inextricable au Proche et Moyen-Orient doublée par la politique belliqueuse de Donald Trump vis-à-vis de l’Iran, cette situation devrait plutôt s’aggraver à court et moyen termes.

Le gouvernement français a donc dû se résoudre, lui aussi, à abaisser ses prévisions au moment où il faut préparer le budget 2019. Comme il n’envisage nullement de revenir sur sa politique initiale favorisant les plus riches, l’heure est donc aux coupes sombres et au rabot social.

Les retraités priés de passer à la caisse

Les retraités avaient adoré la hausse de la CSG qui les a prioritairement touchés et il devrait se délecter de la nouvelle trouvaille du gouvernement : découpler les pensions retraites de l’inflation. « L’aide personnalisée au logement, les allocations familiales, les pensions de retraite (...) progresseront de façon plus modérée, de 0,3 % par an en 2019 et en 2020  » a ainsi affirmé le premier ministre Edouard Philippe dans une interview au Journal du Dimanche. Avec une inflation évaluée à 1,6%, c’est donc une perte sèche de 1,3% pour les retraités qui s’annonce. Il ne s’agit là, bien sûr, que d’une moyenne. Pour les plus modestes dont la part des revenus dépensés pour se chauffer est plus élevée, c’est une amputation par les deux bouts qui se produira : baisse des revenus d’une part, hausse du gaz ou du fioul d’autre part.

Notons au passage cette curieuse déclaration du chef du gouvernement : « Les prestations qui bénéficient à nos concitoyens les plus fragiles, comme le RSA, seront augmentées conformément à la loi ». Le gouvernement va donc respecter la loi. Encore heureux pourrait-on dire.

Haro sur la fonction publique !

Pour les fonctionnaires, la politique gouvernementale s’apparente à la double peine. Victime du gel du point d’indice, l’indicateur qui permet de calculer leur rémunération, ils n’ont eu que 1,2% d’augmentation depuis le 1er juillet 2010, soit il y un peu plus de huit ans. Nul doute qu’avec le retour de l’inflation, cela va tousser un peu. En 25 ans, de janvier 1994 à août 2018, le point d’indice aura donc augmenté de 20,6% quand l’inflation progressait, elle, de 41%. C’est donc une forme de smicardisation généralisée de la fonction publique qui est à l’oeuvre.

Au gel des salaires s’ajoute, en plus, les réductions de postes : 4.500 dans la fonction publique d’État en 2019, plus de 10.000 en 2020. En réalité, comme environ 3.300 postes seront créés aux ministères de l’intérieur et de la justice, c’est donc près de 8.000 postes qui devraient disparaître dans les autres ministères. Où ? Nul ne le sait encore.

Victime de son dogmatisme libéral et contre toutes les réalités économiques et sociales, Emmanuel Macron a largement gavé la frange la plus aisée de la population française. Confronté à une détérioration de la situation économique, son gouvernement s’apprête désormais à frapper durement des millions de Français. Le mécontentement qui ne manquera pas de grandir dans la société doit maintenant trouver une issue progressiste et émancipatrice.

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  • Une politique marquée du sceau de l’inefficacité et de l’injustice.Stop ou encore ? STOP !!!!

    aucunrésultat884 Le 27 août à 22:25
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