Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 17 novembre 2020

On était au rassemblement contre la proposition de loi pour une sécurité globale à Paris

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale « pour la liberté d’informer et d’être informé, pour la liberté d’expression contre une loi liberticide ». On y était aussi.

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Foule dense aux abords de l’Assemblée nationale ce mardi 17 novembre 2020, deux ans pile après l’acte I des Gilets jaunes. A l’appel de la Ligue des Droits de l’Homme, ils sont plusieurs milliers à avoir tenu à montrer leur opposition à une proposition de loi dite « pour une sécurité globale », qui commençait le jour même sa navette parlementaire par une étude en commission à l’Assemblée nationale. Dans le collimateur des manifestants, l’article 24 qui entend rendre passible d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en intervention, quand cette diffusion a pour but « qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

 

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« C’est un peu de notre faute si on en est là », concède Éric, gilet jaune sur le dos, qui n’a loupé aucune mobilisation depuis 2018. La manœuvre de la majorité et du gouvernement ne trompe personne : c’est bien dans un continuum de renforcement de l’arsenal législatif en faveur des forces de l’ordre que s’inscrit la future loi. « On dirait qu’elle a été écrite sous dictée des syndicats de police », ajoute-t-il même, un peu dépité, s’interrogeant sur le rôle de députés que certains esprits avisés surnomment « playmobils ». Les violences perpétrées par les forces de l’ordre depuis de nombreuses années avaient été particulièrement mises en lumière lors des différents épisodes du mouvement et avaient trouvé un écho puissant dans les récentes mobilisations antiracistes, notamment du Comité Adama. Face à un État de plus en plus autoritaire, s’est organisée une contre-offensive aux ressorts pluriels mais orientée vers un objectif commun : défendre les libertés publiques et individuelles, notamment le droit de manifester et le respect de l’intégrité physique et morale de chacun.

« Sans possibilité de filmer la police, pas d’affaire Benalla »

« Pour rendre compte des exactions des forces de l’ordre, le triptyque citoyens-journalistes-juriste est une nécessité », s’insurge Elisabeth, une avocate venue manifester en robe. « Nous ne pouvons pas nous passer des images si l’on veut proposer un contre-pouvoir à la toute-puissance de la police », renchérit même Basile, un journaliste qui arbore lui sa carte de journaliste autour du cou. Les affaires et les émotions collectives suscitées par des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux à la suite d’agissements de la police sont d’ailleurs l’une des preuves évidentes, s’il en faut, de la nécessité absolue de pouvoir filmer la police dans le cadre de son action. D’ailleurs, tous l’avaient bien compris, le smartphone solidement vissé dans la main, prêt à filmer toute action de l’important dispositif policier présent sur place.

Dès le milieu de l’après-midi, s’étaient déployés des dizaines de cars, chars grillagés et autres canons lance-eau, renforcés par des centaines de policiers lourdement harnachés, comme prêts à en découdre. Le lieu de manifestation avait d’ailleurs tout l’air d’une souricière : la place triangulaire Edouard Herriot était complètement circonscrite par les forces de l’ordre. Seul échappatoire : le boulevard Saint-Germain où, une fois les prises de paroles terminées, certains manifestants ont voulu s’élancer, stoppés nets par un barrage policier. Le face-à-face n’a d’ailleurs pu durer que quelques minutes puisque la police a lancé des grenades lacrymogènes, faisant battre dans une retraite dispersive, les hardis qui avaient voulu braver le plan de la préfecture. Comme il est de coutume maintenant, on a vu pleurer des yeux rouges, un bébé hurler dans une poussette au sortir d’un nuage de gaz et des street medics intervenir auprès de personnes affalées au milieu de la rue.

De la résistance au débouché politique

Députés en écharpe, de La France insoumise, du Parti communiste français et même du Parti socialiste, des militants associatifs et de toute la gauche et des écologistes, des gilets jaunes et des étudiants venus de leur manifestation contre le projet de loi de programmation de la recherche qui partait de la Sorbonne : l’ambiance était combative autant que festive et, malgré le caractère statique de l’événement, on sentait que l’envie de bouger, dans tous les sens du terme, confinement oblige, était forte. « Siamo tutti antifascisti » et « anti-, anti-, anticapitaliste » ont ainsi résonné nombre de fois dans une foule dense, pris parfois de quelques hoquets dansés.

« Mais la loi, elle n’est pas déjà passée ? », s’inquiète Conan, venu avec ses amis. « Non, mais c’est tout comme », lui répond une jeune femme, manifestement désabusée. « Mais même l’ONU a considéré que ça allait trop loin », veut-il rétorquer mais elle de couper court : « Ce ne sera ni la première ni la dernière fois que ce gouvernement nous met la hchouma [la honte, NDLR] internationale sur la question des droits et des libertés ». Une vague de désespoir mêlé à une réelle envie d’alternative s’empare du petit groupe d’amis. Combien sont-ils dans le même cas ? Ils n’en savent rien. Ils espèrent qu’ils sont plus que les présents ce soir-là. « Mais dans tous les cas, la résistance, ça commence petit, non ? » D’autant qu’ils en sont certains, l’articulation avec des citoyens, des associations, du syndical et du politique commence à se construire. Mais la fascisation de la société aussi.

 

Pablo Pillaud-Vivien

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