Accueil | Par Cyril Lecerf Maulpoix | 19 juin 2018

Migrants : action coup de poing au Sénat

Alors que les sénateurs s’apprêtent à examiner le projet de loi Asile et immigration, un collectif de militants pour les droits des réfugiés a éparpillé 348 gilets de sauvetage, portant chacun, le nom d’un élu, devant le Palais du Luxembourg.

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Il est un peu plus de huit heures du matin lorsque plus d’une quarantaine de personnes se retrouvent devant le Sénat, square Francis Poulenc, pour retirer d’un camion 348 gilets de sauvetage recouverts d’un nom de sénateur ou sénatrice amené-es à se prononcer sur le texte de loi Asile et immigration. « Il s’agissait de renvoyer les sénateurs à leur responsabilité » explique l’un des membres du collectif militant. « Si les sénateurs se saisissent de leurs gilets, ils ont une responsabilité politique lorsqu’ils se prononcent sur ce texte ».

Comme l’explique leur communiqué publié sur Médiapart ce matin, l’action vise premièrement à rappeler les sénateurs et sénatrices à un devoir humain, celui d’éviter de « noyer le droit d’asile », rappel particulièrement ambitieux alors que le texte doit être examiné aujourd’hui et que des menaces de durcissement du texte de la part de certains élus ont été annoncées. Plusieurs sénateurs, prévenus à l’avance ont accepté de traverser la rue pour aller chercher leurs gilets, lorsque certains au contraire, issus du camp LREM, avertissaient les militants le soir-même que personne ne se déplacerait car il était trop tôt.

 

Seulement une poignée de sénateurs mobilisés...

Esther Benbassa, sénatrice EELV est la première sur place : « Je milite depuis des années pour l’accueil des réfugiés. Là, c’est inadmissible. Le Sénat a enlevé quelques assouplissements sur le délit de solidarité par exemple ». Alors que les échanges promettent d’être houleux, elle reste pessimiste : « Il faut qu’on essaye de faire bouger le texte mais on n’y arrivera pas. Le texte va être voté haut la main. Il y a une petite opposition mais il reste peu de marge de manoeuvre. Moi, je vais faire passer quelques amendements sur le traitement de LGBT, des femmes et des enfants. Ce sont les personnes les plus vulnérables. » Elle reconnait cependant que la mobilisation et « la réponse politique n’[ont] pas été à la hauteur ».

Il est en effet difficile aujourd’hui d’envisager une transformation en profondeur du texte tant la majorité, en dépit de quelques dissensions rapidement matées en interne par le clan macroniste, est restée sourde aux appels des associations, du Défenseur des droits et de quelques élu-es de gauche qui critiquaient ouvertement les multiples aspects liberticides et inhumains du texte votés haut la main par l’extrême-droite.

Mais l’action de ce matin rappelait également le drame humain qui se joue tous les jours en France comme à l’étranger. « L’idée est de dire aux sénateurs que cela pourrait être eux et de rendre visible ce que la violence que nous externalisons, notamment en Méditerranée. » Dénonçant les positions gouvernementales et européennes dont le récent et triste exemple de l’Aquarius n’est qu’une énième manifestation, les militants érigeaient également un mémorial temporaire rappelant que plus de 35.000 personnes ont perdu la vie en mer Méditerranée depuis 1993.

 

« Ne pas se résigner »

Au sein de la petite foule présente ce matin, se trouve également l’universitaire et sociologue Eric Fassin, enseignant à Paris 8 : « Je suis venu parce que le collectif pose une question et nous interpelle » nous explique-t-il, « c’est le rappel, malgré tout, qu’il y a une bataille et que l’on doit demander des comptes aux politiques. C’est important que des gens qui réussissent à faire entendre que ce n’est pas normal. En ce moment, il est important de ne pas se résigner. Nous sommes menacés par la dépression militante et combattre la dépression militante se fait en militant. »

L’université Paris 8 devrait d’ailleurs connaître d’ici les deux prochains jours une expulsion de ses occupant-es, principalement des exilé-es qui s’y trouvent depuis six mois sans promesse de régularisation. Un appel à solidarité et à soutenir les occupants a d’ailleurs été publié aujourd’hui en vue de l’imminence d’une intervention policière.

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