Accueil > écologie | Par Loïc Le Clerc | 13 décembre 2019

« OK boomer ! » : la jeunesse fait paniquer LREM

À La République en marche, on est tellement révolutionnaire, tant en matière de social que d’écologie, que cela ne plaît pas à la jeunesse. Sûrement un problème de pédagogie.

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Avec son affiche représentant le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye et un bon gros « OK BOOMER », la CGT a touché dans le mille. En effet, si les conflits sociaux s’enchaînent sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, ils ont, de plus en plus, un fil commun : le choc des générations. Les jeunes contre les « boomers » – à ne pas confondre avec les grands-parents, les « vieux », les « anciens », nous y reviendrons.

 

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La députée LREM Audrey Dufeu Schubert a fait de la lutte contre les préjugés liés à l’âge et la vieillesse la pointe de son combat. En ce mois de décembre 2019, elle a remis à la ministre de la Santé Agnès Buzyn un rapport contenant plus de 80 propositions pour lutter contre ces préjugés. Jusqu’ici, rien à lui reprocher. On espère même que la ministre lira attentivement ce rapport et n’hésitera pas à dépasser ces « préjugés » pour offrir à nos aïeux un fin de vie digne, notamment dans les EHPADs (lisez ceci, cela ou encore ça). Mais ceci est une autre histoire.

Quel rapport avec les « boomers » ?

Eh bien, il y a quelques jours à peine, Audrey Dufeu Schubert a déclaré ceci :

« Avec cette expression "Ok boomer !", on est dans la censure de la parole des personnes âgées. Cela participe à l’âgisme qui est, en effet, une forme de racisme, du moins une discrimination. Il est extrêmement présent dans notre société, que ce soit dans les médias, au travail, ou encore dans les politiques publiques. J’ai été très surprise, lors de mes travaux, par le fait que les personnes âgées se mettaient, parfois, en position de soumission par rapport à ça, sans même en prendre conscience. C’est comme si, en vieillissant, leur parole avait soudainement moins de valeur. Lutter contre l’âgisme, c’est aussi travailler à la reconnaissance de cette parole. »

Or, la députée du parti présidentiel commet-là une imprécision majeure : les boomers, ce ne sont pas les « vieux ».

 

### Interlude technique ###

« OK boomer ! » est une expression qui désigne les « baby-boomers », que l’Ined définit tel quel : « En France, [le baby-boom est un] phénomène qui désigne l’augmentation de la natalité après 1945 et a duré jusqu’au milieu des années 70 », soit des personnes qui ont aujourd’hui entre 45 et 73 ans. Exemples : Édouard Philippe, né en 1970, est un boomer, alors qu’Emmanuel Macron, né en 1977, n’en est pas un. Le problème soulevé avec l’expression « OK boomer ! » n’est en rien l’âge des boomers, mais leur place dans l’histoire sociale. Ou comme le résume en un tweet le journaliste Pierre Monégier : « Les Boomers c’est la seule génération qui a eu plus que les précédentes ET les suivantes, et qu’on voit et entend partout ». Les boomers sont donc plus qu’une simple génération, ils sont les privilégiés de celle-ci. Une définition assez large pour laquelle il est, semble-t-il, compliqué de parler de « discrimination ».

### Fin de l’interlude technique ###

 

Pourquoi alors les marcheurs iraient s’enquiquiner à défendre les personnes âgées – qu’ils appellent « boomers » alors que ce sont plutôt eux-mêmes les boomers –, en plein bras-de-fer sur les retraites ? Sans vouloir sonder les esprits, un élément ressort : selon un sondage Elabe, 65% des retraités et 67% des personnes âgées de 65 ans et plus sont favorables à la réforme – réforme qui ne les concernera jamais personnellement. Toutes les autres tranches d’âge y sont opposées. É-lec-to-ra-lisme.

Ironisons à peine : si Édouard Philippe dit avoir « vu que nous cherchions tous à préserver ce lien indéfectible entre les générations qui constitue l’illustration la plus éloquente de ce qu’est le pacte social », pourquoi donc exclure nos parents, nos grands-parents – et désormais les fonctionnaires de police – de ce nouveau système si « juste » et « universel » ? Ou, pour citer Olivier Besancenot : « Je ne veux jamais être ce père qui dira à son fils que j’ai sauvé ma retraite en sacrifiant la sienne ! »

Fin de carrière, fin du monde, même combat

Ce choix fait (par le gouvernement et sa majorité) d’opposer les générations, les catégories sociales, prend la même tournure et se heurte aux mêmes incohérences que lorsqu’Emmanuel Macron joue au « champion de la Terre ». Car ce « OK boomer ! » est d’abord le cri de ralliement d’une jeunesse qui refuse de voir ses dirigeants – principalement des baby-boomers – ne pas agir pour sauver le climat. Et là encore, face à l’icône de ce mouvement, la Suédoise Greta Thunberg, LREM panique.

Lundi 23 septembre, c’est à la tribune de l’ONU qu’elle s’exprimait. Les grands de ce monde aiment bien la mettre en lumière, mais, à force de discours, de « leçons de morale » diraient d’aucuns, elle exaspère du haut de ses 16 printemps. Pis encore lorsqu’elle attaque en justice cinq États pour inaction climatique, dont la France… Que des urologues convertis sur le tard en climatologues sceptiques et fascisants aient fait d’elle la sorcière suprême de ce début de siècle, pas étonnant. Mais que les macronistes, la team make planet great again, s’y mettent aussi… Car, si certains députés et ministres se réjouissent de la mobilisation des jeunes pour le climat – au point de venir grossir leurs rangs !–, dans les faits, ça donne plutôt ça : « La transition écologique est compatible avec le libre-échange  », pour citer Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat rattachée au ministère de la Transition écologique. Emmanuel Macron, lui, préférerait voir cette jeunesse trier ses déchets plutôt que d’en produire moins, ou bien même qu’elle aille manifester en Pologne, le véritable cancer de la planète. N’était-ce pas lui qui recevait Greta Thunberg à l’Élysée en février dernier et qui désormais juge qu’elle tient des « positions très radicales qui antagonisent nos sociétés » ?

 

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Les voici donc à taper comme des sourds sur Greta Thunberg. À la confondre avec leurs supposés adversaires, les Trump, les Bolsonaro, les Le Pen. À mentir éhontément, comme Agnès Buzyn : « Je trouve fort de café que la France soit attaquée pour son inaction climatique et pas les plus gros pollueurs alors que la France est un pays qui émet assez peu de CO2. Je me demande ce qui est derrière cette attaque. » Un complot ? Que dire de ce chef-d’oeuvre de girouettisme de la part de Brune Poirson qui, le 7 septembre au campus des territoires de LREM, haranguait les marcheurs d’un : « N’ayez pas l’écologie timide, n’ayez pas l’écologie complexée, n’ayez pas l’écologie honteuse ! », puis qui accuse Greta Thunberg le 24 septembre sur France Inter de « mobiliser avec du désespoir, presque de la haine » ? C’est que la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire à une belle source d’inspiration en la personne d’Emmanuel Macron : lui a écrit un livre intitulé Révolution, elle vient de faire adopter à l’Assemblée l’interdiction des plastiques à usage unique en 2040 et, oui, c’est une « révolution », assure-t-elle. 2040, urgence climatique... passons. Citons enfin les deux meilleurs d’entre eux : Jean-Michel Blanquer, spécialiste du climat en sa qualité de ministre de l’Éducation, qui lance fiérot : « La France est une locomotive contre le réchauffement climatique ». Une locomotive à charbon, peut-être. Et Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, qui ose se dire « le Greta Thunberg du Parlement » car son « bilan carbone est excellent, peut-être même mieux que le sien car je ne prends jamais l’avion » (Greta Thunberg ne prend pas l’avion, mais est-ce là le plus important ?).

Le comble du macronisme, c’est qu’il aura réussi à radicaliser les écolos « modérés ». On pourrait penser à Nicolas Hulot, on pense surtout à Greenpeace, à ANV-COP21, à tous ces militants pacifistes, traités avec plus de zèle que tous les black-blocks réunis. L’heure est bien à l’écologie, radicale. Reste à l’incarner. Après tout, c’est tout ce que demande la jeunesse.

 

Loïc Le Clerc

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