Accueil | Par Pierre Jacquemain | 11 décembre 2019

Pas de convergence des luttes sans alternative politique

Convergence, coagulation, alliances des luttes : l’addition des colères ne se décrète pas. Ça se construit sur le long terme. Et pas sans alternative politique.

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Converger, c’est le rêve de tous les syndicats et plus généralement de ceux qui luttent. Mais la convergence, c’est comme la grève générale, ça ne se décrète pas. Le combat féministe, antiraciste, écologiste, ceux qui portent les combats des quartiers populaires, pour l’égalité, pour la solidarité, dans le privé comme dans le public, dans un pays où les inégalités augmentent et où certaines de nos libertés sont menacées, reste à trouver les motifs de l’unité. Cette unité ne se fait pas sans mot d’ordre. C’est tout l’enjeu d’ailleurs de la mobilisation que traverse notre pays en ce moment. Est-ce que la colère se cristallise sur le seul projet de réforme des retraites ou est-ce que la colère est plus générale, plus ancrée, plus profonde encore que nous ne l’imaginons ?

Dans les slogans entendus à la manifestation de jeudi dernier, bien sûr, tout le monde avait en tête la réforme des retraites. Mais le malaise et les revendications avaient des sources plurielles : que ça soit chez les personnels soignants, les étudiants, les policiers, les pompiers, les avocats, les femmes de chambre des hôtels de luxe, les enseignants, tous dénoncent un ras-le-bol. Et ce ras-le-bol est double : déconsidération professionnelle, les gens s‘interrogent sur le sens même de leur métier, on le voit chez les infirmières qui n’ont plus le temps de faire leur métier correctement – mais on le voit aussi dans les nouvelles professions qui ont émergé, des chauffeurs Uber ou de Deliveroo –, où la question de l’estime de soi est très présente. Et puis, la deuxième raison de ce ras-le-bol, c’est le pouvoir-vivre. Ce qu’on appelle communément le pouvoir d’achat. Mais c’est bien du pouvoir-vivre dont il est question : pouvoir vivre dans un logement décent, pouvoir se nourrir, se déplacer, se soigner.

 

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S’il y a bien une idée sur laquelle « converger » fait l’unanimité, c’est la nécessité d’une revalorisation générale des salaires et des conditions de travail. Quand on observe la grande diversité des origines des gilets jaunes : des ouvriers, des employés, des professions libérales, des chefs d’entreprise, après tout, on pourrait se dire qu’ils ont convergé. Que leurs colères, différentes à bien des égards, ont convergé sur les ronds-points, en faveur précisément de ce pouvoir-vivre. Pouvoir vivre dignement. Mais aussi pouvoir vivre dans une démocratie renouvelée.

Donc au-delà de la convergence, c’est une issue aux luttes qu’il faut trouver. C’est une alternative politique qu’il faut penser et inventer : traduire la colère en espoir. Parce qu’au fond, oui, tout le monde le sait : il y a une immense colère dans le pays. Mais cette colère serait vaine si elle en restait simplement à des postures négatives.

Parce que la colère, pour qu’elle soit efficace, il faut qu’elle soit positive. C’est ça l’alternative politique.

Une chose est sûre : une alternative politique qui ne s’appuierait pas sur la somme des luttes existantes serait vouée à l’échec. Mais une lutte qui ne s’adosserait pas ou ne s’emparerait pas d’une alternative politique, la condamnerait nécessairement à ce qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux : c’est-à-dire, moi ou le chaos. Emmanuel Macron ou Marine Le Pen. Et de ça les Français ne semblent plus en vouloir.

 

Pierre Jacquemain

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  • Une alternative politique, sur quelle base ?
    Dans le cadre de cette Europe ?
    Avec qui ?
    Socialistes
    EELV
    Insoumis
    Communistes
    Ils ne sont d accord sur rien .
    Pour renouveler les expériences qui ont discrédité la "gauche" ?
    Et attention , à vouloir donner à un mouvement un contenu qu il n’a pas
    C est rétrécir sa base.
    Et donc ne pas l aider

    dan93 Le 11 décembre 2019 à 16:00
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