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Accueil | Par Pierre Jacquemain | 15 mai 2021

PCF : cap sur le sécuritaire

Pour son entrée en campagne, Fabien Roussel a choisi le thème de la sécurité. Il entend incarner une ligne très dure car, en réalité, le Parti communiste ne compte pas sur ses propositions sociales pour faire la différence et espère trouver là le chemin de l’électorat populaire.

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Le week-end dernier, les communistes ont confirmé par un vote sans appel la désignation de leur secrétaire national, Fabien Roussel, pour l’élection présidentielle de 2022. Dès la conférence de presse de ce mardi 11 mai, le député du Nord donne le ton. Un ton qui ne va pas manquer de surprendre les militants communistes et que même le quotidien communiste, L’Humanité, laisse entrevoir : « Je le dis clairement, cette question [de la sécurité] ne sera pas une question secondaire. Je souhaite que cette question de sécurité soit abordée pleinement, franchement avec des réponses concrètes pour nos compatriotes. La sécurité, le droit à la sécurité n’est pas un droit parmi les autres, c’est un droit fondamental », a-t-il lancé face à la presse et alors que la vidéo YouTube avait été vue un millier de fois. Roussel abordera aussi la question de la jeunesse, mais c’est bien sur la question sécuritaire que le candidat du PCF entend marquer les esprits et « faire rupture » – y compris avec une certaine tradition communiste.

 

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L’argumentaire est rodé. « La sécurité n’est pas un droit comme les autres, c’est un droit fondamental », répète Roussel dès le lendemain sur BFMTV, invité de Jean-Jacques Bourdin. Et d’ajouter : « Il ne faut pas laisser l’idée que la gauche puisse être laxiste sur cette question-là et moi je vous le dis, il faut une politique de sanction, de répression, ferme ». Dans la même émission, le communiste soutiendra tout à la fois la proposition du gouvernement qui vise à créer des condamnations et des infractions spécifiques lorsque des policiers ou des gendarmes ont été agressés et l’extension à 30 ans de la peine de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime commis contre un policier ou un gendarme. « Vous n’hésitez pas sur les questions sécuritaires ! », lui a même lancé Bourdin visiblement étonné. Il confirme, sur France Info : « Nous devons investir ce terrain. Je suis pour ce discours de fermeté ». Le PCF veut faire de la sécurité un axe identifiant au moment où la gauche peine à imposer ses options fondatrices dans l’espace public.

La thématique de l’ordre n’est certes pas extérieure à la matrice communiste. Le PCF s’est toujours voulu le parti d’un « nouvel ordre contre le désordre capitaliste ». Mais au sein même du PCF, il existe plusieurs réponses : celles qui ont prévalue avec Georges Marchais et Robert Hue – plaçant les questions de sécurité et d’immigration dans leur campagne présidentielle – là où Marie-George Buffet, puis Pierre Laurent, avaient plutôt entraîné le parti dans une approche soucieuse du respect et de l’extension des droits humains, notamment à partir de l’entrée féministe.

Roussel s’inscrit dans la première approche. Il reprend à son compte la vieille idée selon laquelle il faut aller chercher le vote populaire sur les terrains où s’expriment ses attentes, aujourd’hui sous influence de l’extrême droite. En son temps, côté socialistes, Lionel Jospin fit aussi cette analyse et conduisit en 1997 les assises de Villepinte, pour opérer le tournant idéologique du PS sur les sujets régaliens. Dans les deux cas, le résultat fut sans appel : ni le PC ni le PS n’en ont tiré bénéfice, l’électorat de gauche s’est trouvé déboussolé, la gauche s’est divisée et l’extrême droite s’est renforcée de cette légitimation de ses thèmes centraux. « Ce n’est pas qu’il ne faille pas traiter des questions de la sécurité. Il faut le faire, dès lors qu’on l’insère dans un projet global qui la relativise sur le fond », concède un cadre du PCF, sceptique quant à la stratégie d’entrée en campagne de Roussel. En enfourchant ce cheval de bataille, Roussel creuse un peu plus les clivages à gauche.

Pourquoi s’engager soudainement dans cette voie clivante ? « Pour se démarquer de Jean-Luc Mélenchon », suggère Jean-Jacques Bourdin. C’est une hypothèse dans un moment où Mélenchon tâtonne dans la formulation d’un nouvel équilibre politique sur le régalien. En réalité, le Parti communiste ne compte pas sur ses propositions sociales pour faire la différence et espère trouver là le chemin de l’électorat populaire. En quelques jours, les positions nouvelles du PCF sont saluées à la fois par la presse de droite et par les militants proches du Printemps républicain. En ces temps d’hégémonie des idées d’extrême droite, la direction du PCF fait un pari. Il est à très, très hauts risques.

 

Pierre Jacquemain

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Vos réactions

  • Le titre est très provoc !
    Le pcf a toujours fait des propositions pour une police de proximité !
    Les élus de droite ou de gauche qui se battent pour garder leur commissariat
    avec la population ne sont pas dans le sécuritaire !
    Militant cgt à la poste dans un grand bureau populaire ! Je n’oppose pas la défense du service public avec un besoin d’une police nationale de proximité pour faire face aux incivilités !
    Et cela n’est pas en contradiction avec la prévention !

    Dropsit Jean Pierre Le 15 mai à 20:44
  •  
  • Non seulement je ne me retrouve pas dans le propos de l’article mais il me semble rendre peu justice à Fabien Roussel. Il est par exemple abusif de prétendre que le PCF "ne compte pas sur ses propositions sociales" vu les positions offensives adoptés en la matière par ce secrétaire national. Le combat social n’est d’ailleurs pas exclusif d’autres thématiques où se retrouvent les questions de protection des droits des personnes et des plus vulnérables, comme la sécurité.

    Ensuite, l’analyse n’est guère convaincante. Madame Buffet et Monsieur Laurent serait donc des références ? Leur échec est pourtant largement plus spectaculaire que ceux de Messieurs Marchais, Jospin et même Hue qui sont rappelés ici... Et on peut aussi se souvenir de la campagne réussie de Monsieur Mélenchon en 2017, où celui ci avait assumé de réinvestir des thématiques et des symboles (souveraineté, laïcité, drapeau français, approche plus critique des flux migratoires...) alors même que des voix se levaient pour craindre qu’il fasse le jeu de l’extrême droite, voire pour le traiter de rouge brun.

    Pour ma part j’espère que Fabien Roussel, et d’autres à gauche, réinvestiront la thématique sécuritaire et montreront tout ce que la gauche a à y dire. Après tout, le démantèlement des services de police et des tribunaux, ne sont ils pas du aux politiques d’austérité qui ont laminé tous les services publics ? La fermeté quand les infractions ont effectivement été commises est-elle vraiment incompatible avec une politique de prévention et un traitement des causes sociales qui les entretiennent ? La lutte contre les délits en col blanc, la protection des femmes, la défense des migrants contre les trafiquants d’être humain, la protection des fonctionnaires comme les profs (et j’en passe...) ne sont ils pas des aspects qui nous amènent naturellement à la question sécuritaire ?

    Non seulement la gauche doit parler de sécurité, mais elle peut le faire efficacement et sans reprendre les thèses et politiques droitières.

    Martin Le 16 mai à 15:48
  •  
  • @ Martin
    D’accord avec vous pour l’essentiel de votre propos.
    un candidat communiste a forcement des propositions à faire en ce qui concerne la sécurité, elle seront forcement différentes de la droite ou de l’extrême droite.
    d’autant plus que ces questions concernent ceux qui se sont éloignés de la politique
    je pense que le parti communiste doit bien analyser la situation dans laquelle évolue la police et les policiers.

     autant il faut être ferme et mener le combat quand la police est utilisée , comme bras armé du macronisme , lors de la répression des mouvements sociaux , syndicaux, gilets jaunes.

     autant ,il faut les soutenir (sans fermer les yeux sur les fautes) dans leur lutte contre la délinquance , qui empêche de vivre normalement dans beaucoup de quartiers.
    la ou il n’y a pas de police, c’est le règne des voyous, ceux qui souffrent sont les plus fragiles .

    il ne faut pas laisser ces questions sans l’expression des communistes.
    la police ne doit pas être le bras armé de la macronie , ses missions sont tout autres.

    Regards commence son Roussel basching , cela semble dans la logique de sa ligne éditoriale.

    dan93 Le 16 mai à 18:28
  •  
  • Vous flattez la police comme s’il fallait ignorer que 60 % des flics votent pour la châtelaine de Montretout. La police n’est plus républicaine depuis un bon moment, c’est à ça qu’il faut s’attaquer au lieu de marcher dans les brisées du FN.

    Michel Davesnes Le 17 mai à 16:25
       
    • J’ai lu Regards il fut un temps...
      Je lis ces echanges. Ils démontrent au moins une chose : Regards a bien changé , jusqu’à tomber dans des délires anti communistes, dans une déformation systématique des positions du PCF... Ajouté à cela le populisme de certains ... on est mal barrés avec de telles attitudes pour convaincre qu’il est possible de rassembler pour vraiment changer les choses, changer de politique, et donc changer de société pour répondre aux attentes et recréer de l’espoir pour enfin mettre en œuvre un vrai changement. Et enfin ne plus décevoir ...
      Je me soulage un peu... Ça fait du bien de temps en temps !
      Et j’assume comme militant communiste !

      Gérard Herrewyn Le 28 mai à 15:10
  •  
  • @Michel Davesnes. Que signifie être républicain ? Est-ce à vous qu’il appartient de définir le sens des étiquettes, en admettant que ‘républicain’ en soit une, et de les distribuer à qui vous semble ? Je ne crois pas, cela n’appartient à personne. Tout les citoyens votent pour le parti qu’ils veulent et il n’y a pas de hiérarchie entre eux. Entre les citoyens. Entre les partis non plus. Il y a tout juste un panorama parlementaire où on les situe, selon des repères pratiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ce qui ne recoupe en rien le parcours allant du vice à la vertu.

    A propos, vous qui avez le sens du balisage, où placez-vous le PCF ? Selon l’idéologie marxiste-léniniste de ce parti la forme de l’Etat n’est pas une république mais une république socialiste. Et dans le régime qu’elle prévoit il n’y a pas de parlement.

    Glycère BENOIT Le 17 mai à 16:46
  •  
  • Je vous parle du comportement des flics et vous volez au secours des débris du PCF. De quelle idéologie du PCF parlez-vous ? Ça fait longtemps que le PCF ne défend plus aucune idéologie. Se mettre à la remorque du parti qui a engendré Macron, à seule fin de conserver quelques plaçous d’élus, vous trouvez que ça caractérise une idéologie marxiste-léniniste ?

    Davesnes Le 19 mai à 16:24
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  • @Davesnes. Le comportement des policiers, dans leurs diverses missions, peut être évalué et critiqué sans faux-semblants, sans faire jouer des réflexes propres à l’esprit de corps ou la solidarité professionnelle, lesquels refusent a priori toute critique. Vous avez raison de ne pas les faire agir et de juger, sans indulgence particulière, les comportements des policiers tels qu’ils sont. De là à leur décerner un brevet de non-républicanisme il y a là une déduction qui me paraît incertaine, comme toutes celles qui balancent du ‘républicain’ à tout-va. La police du Royaume-Uni elle est quoi ? Celles des royaumes scandinaves ?

    Par ailleurs je ne vole pas au secours du PCF, il est capable de se défendre tout seul, par ses propres moyens. Y ajouter les miens serait superflu et c’est de toute façon une idée qui ne m’aurait jamais traversé l’esprit. Sur le fond vous n’avez pas entièrement tort : la référence au marxisme-léninisme n’est plus guère mise en avant par le PCF. Du passé faisons table rase, nous dit la chanson que ses militants entonnent à l’envi. Mais est-ce une si bonne idée ? Ce serait lui accorder une virginité politique pour pas cher. La référence à Lénine est toujours une part fondamentale de son identité, figurant dans ses statuts. Si le PCF veut clarifier sa position sur ce point, qu’il le fasse en respectant le formalisme nécessaire en pareil cas. Cela dissiperait toute ambiguïté.

    Les statuts d’un parti politique forment un texte précis, valide juridiquement, ils ne sont ni une lettre-morte ni un chiffon de papier. N’y plus faire référence, en tout ou partie, dans les discours ne suffit pas à les faire tomber dans l’oubli. La poussière sur un texte ne l’efface pas. Par ailleurs l’histoire du PCF, depuis sa création en 1920, n’échappe pas au devoir de mémoire et engage sa responsabilité politique et morale.

    Glycère BENOIT Le 19 mai à 18:22
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  • Le même Jacquemain qui il y a quelques mois nous expliquait doctement que Fabien Roussel ne tiendrait pas et que la candidature communiste c’était du bluff pour mieux monnayer les législatives n’a pas fini manger son chapeau... Une fois encore il se montre méprisant et péremptoire en affirmant que les communistes n’ont pas de propositions originales sociales et économiques. On verra bien... Que ce soit sur la transition énergétique (et la nécessité in fine du nucléaire) ou celle des sécurités (toutes les sécurités : sociale, emploi, formation, statut etc.), monsieur Jacquemain n’a pas fini d’être dérouté par les communistes et Fabien Roussel. A sa décharge, c’est vrai qu’on l’avait habitué à voir les communistes uniquement comme la main d’oeuvre de Mélenchon, quasiment soumis aux insoumis. C’est fini.

    Gosselin Didier Le 21 mai à 01:13
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