Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 3 octobre 2018

PCF : faites vos jeux, rien ne va plus

Dans les jours qui viennent les militants communistes choisiront entre 4 motions, déposées pour le 38ème congrès qui se tiendra fin novembre. Pour la première fois depuis la création du parti, le secrétaire national sortant risque de ne pas être reconduit.

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L’année 2018 s’annonce décisive pour le PCF tant la situation est inédite : depuis plus de trente ans, son périmètre électoral se réduit comme peau de chagrin. Il n’a jamais réussi à trouver les voies d’un sursaut de plus en plus nécessaire à sa survie à court terme. Fragilisé, croit-il, par son absence de candidat aux deux dernières élections présidentielles – oubliant que son dernier candidat n’avait recueilli que 1,93% en 2007 – il a plafonné à 2% aux dernières législatives, et perdu des mairies, des départements et surtout des militants… Bref, l’ambiance est au branle-bas de combat permanent.

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Dans le camp de ceux qui espèrent encore, beaucoup voulaient voir dans le congrès de novembre la possibilité de relancer la machine. Seulement, depuis plus de six mois, les forces s’activent pour transformer l’événement en plébiscite contre l’actuel secrétaire, national Pierre Laurent, en poste depuis… huit ans. Et ça, c’est une première : le légitimisme était une valeur si profondément ancrée dans l’ADN des communistes que les successions à la tête du PCF se faisaient auparavant de la manière la moins démocratique qui soit, id est le sortant choisissait le suivant, dans le vase clos du Conseil national.

Quatre stratégies, quatre ambiances

Samedi prochain, ce sont ainsi quatre textes qui vont être départagés par le vote des adhérents communistes : la base commune et trois textes alternatifs. À la différence des congrès précédents, la base commune n’est soutenue que par une partie de la direction, restée regroupée autour de Pierre Laurent. Elle a été très mal votée dans la session de juin (49 voix sur 91, dans une instance qui compte en principe 170 membres). Elle a même été contrainte d’adopter un amendement, imposé par ses adversaires et évoquant la nécessité « de renouveler profondément la direction nationale, jusqu’au secrétaire national ». En gros, cette motion propose de prolonger la démarche suivie jusqu’alors et qui s’efforce d’équilibrer l’affirmation identitaire et le rassemblement de toute la gauche.

La motion « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme » portée par la députée des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon et par Frédéric Genevée, critique les hésitations du noyau dirigeant dans la phase de préparation de la présidentielle et veut conjurer absolument tout risque de repliement, promettant le PCF à la nécrose. Pour cette motion, il est impensable de ne pas tenir compte de la place occupée par la France insoumise, ce qui vaut à ses promoteurs l’accusation d’être des fourriers de Jean-Luc Mélenchon.

La motion « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » - motion identifiée comme étant celle du député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne, entend revaloriser de façon massive l’identité communiste. Elle ne renonce certes pas aux alliances avec les socialistes, notamment dans la perspective des municipales, mais elle fait de la présence communiste aux élections nationales une exigence fondamentale.

Enfin, la motion « Reconstruire le parti de classe, priorité au rassemblement dans les luttes », la plus minoritaire à ce stade, repose sur un recentrage de l’identité communiste. Comprendre que c’est du PCF seul, que la gauche se recomposera, et dominera.

L’unité, la survie ou la pureté ?

Il n’est pas toujours facile de décrypter les lignes de clivage entre certains de ces textes. Qu’est-ce qui sépare fondamentalement la base commune et la motion défendue par André Chassaigne ? Voilà qui n’a rien d’évident. Sauf peut-être le fait que la motion défendue par ce dernier cultive le malaise de nombreux militants et la remise en cause d’une gestion de sommet qui, depuis 2010, n’a pas remis – c’est le moins que l’on puisse dire – la machine communiste sur les rails.

Dans une note de blog sur le site de Mediapart, Jacques Rigaudiat – un haut fonctionnaire venu du Parti socialiste et du Parti de gauche – ne manque pas de souligner que les clivages doctrinaux sont bien absents et que les questions de stratégies politiques immédiates l’emportent sur les questions de fond, et notamment la question des classes populaires et de l’effacement du référent ouvrier. Légèreté doctrinale qui conforterait plutôt la remarque acerbe d’un ancien député communiste : « Plus le morceau de fromage est petit, plus il y a de rats et plus ils sont féroces. »

Le pari de Pierre Laurent est qu’il est le seul a apparaître comme une personnalité de synthèse, dans un parti désormais profondément clivé. Sa bonhomie et son affabilité – Pierre est un homme « gentil », disent volontiers ses défenseurs. Mais ce trait de caractère, dans une période troublée, nourrit aussi l’accusation de faiblesse et de manque d’esprit de décision. « Manque de clarté » donc, affirment en cœur ceux qui veulent aujourd’hui sa peau – et alors même que certains sont très bien placés dans la hiérarchie du Parti.

Référendum pro- ou anti-Laurent

Force est de constater qu’aujourd’hui, le vote de la fin de semaine a clairement les atours d’un référendum pro- versus anti-Pierre Laurent. La crainte de l’ultra-personnalisation autour du secrétaire national était donc fondée… « Pierre Laurent n’est plus audible », « son bilan est catastrophique », « il a perdu toute capacité à lancer les changements indispensables pour relancer le parti ». Le constat, peu importe la motion que les militants ont l’intention de signer, est souvent le même : à trop vouloir préserver les équilibres entre courants, on aboutit au contraire à la paralysie complète.

Le problème, note-t-on parmi ceux qui font bloc autour de Pierre Laurent, c’est que la motion dite Chassaigne, « c’est l’alliance traditionnelle de la carpe et du lapin, mais en pire que d’habitude. » Et on argumente : « Entre les nostalgiques qui ont été un frein historique à toutes les évolutions du Parti depuis 30 ans, la garde rapprochée du maintenant macroniste Robert Hue, la bande de l’ancien député-maire de Vénissieux André Gérin [très décrié en interne tant pour ses positionnements sur l’immigration que sur le mariage pour tous, NDLR] et les jeunes traîtres, on y comprend vraiment plus rien. »

Mais c’est pourtant cette contre-motion qui semble avoir le vent en poupe aujourd’hui : dans les réunions de section, chez les trentenaires et dans les Jeunesses communistes, c’est elle qui motive le plus, « qui redonne des perspectives ». L’objectif affiché, c’est que « le congrès soit réellement extraordinaire », c’est-à-dire « une sorte d’électrochoc » pour sortir de l’invisibilité.

L’avenir entre les mains des militants

Pierre Laurent avait bien pris le soin de donner à la jeune génération les postes-clefs de son organigramme, quitte même à ce qu’ils ne soient pas sur sa ligne. Pourtant, ce sont ceux-là mêmes qui mènent la fronde, comme nous le rappelle avec malignité une thuriféraire de la base commune. Et d’avancer : « On ne peut pas se plaindre que le Parti ne soit pas assez présent dans les entreprises, qu’il n’ait pas de projet, qu’il soit faible sur l’Europe et sur la communication quand, justement, ces critiques sont émises par ceux qui ont les postes et les noms de ceux et celles qui s’occupent des relations avec les entreprises, du projet politique, de l’Europe et de la communication. »

Sauf que… sauf que le PCF paie encore les pots cassés de sa séquence 2017, jugée par beaucoup comme catastrophique : fiasco du questionnaire en ligne Que demande le peuple, puis de la pétition unitaire, puis de la solution de la campagne autonome en soutien à Jean-Luc Mélenchon, l’échec des législatives… « Résultat, le parti est au bord du dépôt de bilan » affirme un cadre communiste.

En l’absence de sondages possibles sur le vote, les esprits s’échauffent et l’on donne alternativement gagnante la base commune de Pierre Laurent et la motion d’André Chassaigne. Les boucles d’emails se multiplient et se contredisent, les sms fusent et tout le monde s’attend à un bouleversement sans précédent. Au point que certains envisageraient déjà de quitter le Parti communiste français. La fin de la semaine s’annonce agitée dans les couloirs de Colonel Fabien…

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  • Le PCF a cessé d’être communiste quand il est devenu keynésien. Il n’a pas su faire face au renversement de l’URSS, et a été trop hésitant à s’allier fermement avec la République Populaire de Chine.

    Le parti politique le plus communiste aujourd’hui, c’est la France Insoumise et son programme de planification de l’économie selon des critères écologiques. Ce communisme agricole est un maoïsme : et il est le signe que la Chine joue aujourd’hui le rôle que tenait l’URSS hier.

    monKheymrad Le 3 octobre à 15:57
  •  
  • LAEC n’est pas un programme Keynésien de redistribution des richesses. LAEC est un programme de planification de l’économie

    le programme de la France Insoumise est Marxiste :

    Programme énoncé dans le chaptire 2 du Manifeste du Parti Communiste :

    Pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :
    1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État.
    2. Impôt fortement progressif.
    3. Abolition de l’héritage.
    4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
    5. Centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’État et qui jouira d’un monopole exclusif.
    6. Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport.
    7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production ; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d’après un plan d’ensemble.
    8. Travail obligatoire pour tous ; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture.
    9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel ; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.
    10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Combinaison de l’éducation avec la production matérielle, etc.

    Les mesures 2, 4, 5, 6, 7, 9, 10 ont des équivalents dans LAEC
    Les mesures 3, 8 sont réexprimées.

    monKheymrd Le 3 octobre à 17:18
  •  
  • ’MGB,son dernier candidat n’avait recueilli que 1,93% en 2007’.
    Non,MGB,était la candidatedes Comités anti-libéraux,pas du PCF.
    Deplus,elle était soutenue,par Mélenchon,pas par Bovet,ni Besancenot,qui se sont présentés contre elle,devenant des félons,puisqu’ils avaient participé aux élections internes des Comités anti-libéraux.
    Merci,aux rédacteurs,de présenter cette photo,révélant son souhait ancré,depuis des années de la disparition du PCF.
    Vive ’le Manifeste’ du PCF,en résurrection.

    Maurice Le 3 octobre à 18:42
  •  
  • Jean Luc Melenchon veut la destruction du PCF pour plusieurs raisons.

    1. La main mise sur le journal "L’humanité"

    2. La main mise sur la "Fete de l’humanité"

    3. La main mise sur les finances du PCF.

    Il souhaitera donc la mention 2, je suppose et encouragera ses militants la dessus.

    bdpif Le 3 octobre à 21:00
       
    • Je dirais plutôt que Jean Luc Mélenchon souhaite un PCF fort susceptible de s’allier avec la France Insoumise en vue de la présidentielle. Mais pour cela, il faut que le PCF en termine enfin avec son alliance historique avec le PS.

      monKheymrad Le 3 octobre à 21:29
  •  
  • Avec qui veut s’allier Mélenchon ?
    Avec Maurel et ses anciens camarades socialistes ,sa "famille " dit il...D’ailleurs,il ne cache pas que ses discours de campagne n’étaient que posture destinés à exister politiquement. Maintenant qu’il pense avoir atteint son but (l’hégémonie à gauche),il redevient "mitterandien" sans se soucier de l’avis de la "base"...
    De belles perspectives pour tous les citoyens vraiment de gauche n’est ce pas ?!

    bacon Le 4 octobre à 03:22
       
    • Vous affirmez, vous jugez , vous insinuez , mais vous ne démontrer rien , quel sont vos arguments qui pourrait étayer un temps soit peu vos affirmations sans réel fondement.

      La terre entière sait que JLM est issue de la famille socialiste, il y’a rien là d’extraordinaire . Il est né s’y retrouvait plus, il l’a quittée point barre. Si Maurel veut faire la même chose et soutenir l’Avenir en Commun ainsi que le plan À et B concernant l’UE tant mieux, c’est quoi le problème. Il est libre et son vote qu’il n’appartient à personne.

      On on a coutume de dire qu’il n’y a que les cons qui ne change pas d’avis, en seriez vous puisque vous semblez vouloir deniez cette possibilité ?

      Gege Le 4 octobre à 13:11
  •  
  • Je suis attéré devant ce spectacle. Où est l’ambition à proposer AU PEUPLE ? Où est l’ambition qui permette de fédérer les mosaïques du Peuple ? Le PCF n’arrive même plus à puiser dans son passé et son Histoire, ce qui l’a fait, pour se projeter face aux défis d’aujourd’hui ! Le Terre brûle, les civilisations s’appauvrissent, les guerriers veulent la guerre, et que fait le PCF .... il regarde son nombril.

    C’est terrifiant de bêtise !

    Boost Le 4 octobre à 10:59
  •  
  • Plusieurs motions , plusieurs courents qui s’affrontent , on se croirait au P »s » , on a vue où cela l’a mené. Quel tristesse de voir un parti qui se réclame du marxisme ne tirer aucune leçon de l’histoire récente.

    A quand une « primaire » communiste pour désigner le prochain candidat à l’élection présidentielle (A Chassaigne ) , avant une « primaire » de toute la gauche ?

    Ah zut ! Hamon a déjà dit qu’il serait candidat, la Nouvelle Gauche » a n’en pas douter sera de la partie, le NPA qui ne crois pas aux élections s’en servira comme à chaque fois de tribune, et d’après cette article le PCF soutiendrait À Chassaigne qui se bat pour une candidature communiste à la présidentielle.

    Pour eux ce qui compte c’est de se remplumer, pour le changement on verra plus tard , les électeurs ne seront pas dupes.

    Gege Le 4 octobre à 13:52
  •  
  • La virulence des propos de "gege" est réjouissante lorsqu’on n’est pas d’accord avec le guide suprême mitterandien. ..
    N’est ce pas celui ci qui a affirmé aux journalistes qu’il ne pouvait tenir les mêmes propos que lorsqu’il voulait faire exister son petit mouvement...
    N’est ce pas lui qui ,en cas d’élection à la Présidentielle, se préparait à nommer secrétaire général de l’Élisée (poste sans importance convenons en)l’ancien responsable de la commission des conflits au ...ps ,par ailleurs ayant appelé à voter Hollande aux primaires ...Tout le monde peut changer c’est vrai et il n’y a effectivement que les imbéciles qui ne changent pas...Ou votre guide est supérieurement intelligent ou peut être reste t il fondamentalement "mitterandien " ce qui n’est pas en soi ignominieux, mais mérite d’être dit afin d’éclairer les citoyens...

    bacon Le 4 octobre à 23:29
       
    • @ Bacon
      Parceque vos affirmations sans fondement ne sont pas virulentes ?
      Vous continuez d’enfiler des sornettes comme d’autres enfilent des perle . De plus vous faite des phrase qui n’ont aucun sens comme : 
       »N’est ce pas celui ci qui a affirmé aux journalistes qu’il ne pouvait tenir les mêmes propos que lorsqu’il voulait faire exister son petit mouvement... »
      Propos totalement abscons qui témoigne d’une grande confusion d’esprit . Miterrand visiblement vous obsède, vous avez du mal à faire une phrase sans prononcer son nom . Réveillez vous ! nous sommes en 2018 , Miterrand c’est les années 80 , et il est mort et enterré. Passez à autre chose,quelques choses de plus actuelle , de réellement important, comme par exemple le changement climatique, au lieu de nous infliger votre obsession.

      Vous prétendez « éclairer les citoyens » en balançant de fausses informations du type :
       »par ailleurs ayant appelé à voter Hollande aux primaires ... »

      C’est non seulement faux , mais de plus c’est idiot , je vous rappelle qu’en 2012 JLM n’a pas participé à la primaire « socialiste » , et pour cause , il avait été choisit par le Front de Gauche pour être son candidat . Décidément la confusion vous pousse à écrire n’importe quoi .

      Gege Le 5 octobre à 10:53
  •  
  • Sans Analyse du passé il est difficile d’aborder le futur.

    Le PCF, et non pas l’idée communiste, a pris de plein fouet l’unipolarité politique mondiale.

    Vrai que l’ère Mitterrand l’avait déjà bien affaibli.
    1981 fallait-il y aller ou pas (l’opinion public n’aurait pas compris un refus).

    Le virage de la rigueur de 83 a achevé le boulot "d’extermination" du PCF par Mitterrand.
    L’alliance du PS avec la droite (ralliement au capital), non seulement a boosté le FN (2% avant 81), 20% via l’équipe mitterrandienne, mais également assimilé le PCF au bourbier antisocial qu’est devenu le PS. Pour plusieurs décennies.

    Ok nous sommes en 2018.
    2018 et Macron ont des racines politiques : "L’ère Mitterrand et ses équipes".

    Cela dit, le PCF (dont je ne suis pas) doit renouer avec ses fondamentaux de classe et s’allier avec ce qui s’en rapproche le plus.

    L’idée communiste est loin d’être défunte. Bien au contraire.

    Consciences, avenir et futur, au stade actuel sont rivés à la capacité de s’unir "dans la clarté" avec l’entité la plus proche.

    Ce n’est surtout pas le PS qui serait à nouveau une guillotine pour le PCF.
    Et quels que soient les courants de ce parti ou quels que soient les ex PS à la faconde superficielle, à ne pas s’y tromper, prompts à observer et à utiliser à nouveau les armes de l’opportunisme carriériste.

    Combat de classe.

    pietron Le 6 octobre à 20:38
  •  
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