Accueil | Par Roger Martelli | 7 octobre 2018

PCF : le temps de la désunion

Les votes au moment des Congrès nationaux fixent l’image d’une organisation qui fut autrefois le plus grand parti de France. Cette fois, le Congrès s’annonce comme celui d’un parti éclaté et globalement rétracté.

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Les votes de Congrès, dans le Parti communiste français, sont toujours de bons indicateurs de l’état réel de l’organisation communiste. Officiellement, la direction communiste évoque un nombre d’adhérents (comptabilisés par le nombre de cartes « placées » auprès des militants) de 110.000, contre un peu plus de 130.000 en 2009. Mais ce chiffre indique davantage un réseau de proximité militante qu’un nombre réel d’adhérents. Le chiffre des cotisants est plus proche de la réalité. Il est passé d’un peu moins de 80.000 en 2008 à 49.000 en 2018. En chiffres absolus, le vivier militant reste conséquent, mais le PCF a perdu près d’un cotisant sur quatre en une dizaine d’années.

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La distribution de la base militante s’est concentrée. Plus du tiers des cotisants se trouvent dans dix départements et la moitié dans seize d’entre eux. Les premières concentrations militantes sont désormais dans les lieux de plus vieille implantation industrielle et urbaine, le Nord-Pas-de-Calais, la région parisienne, les Bouches-du-Rhône, la Seine-Maritime et le Rhône. Dans de nombreux départements, en revanche, le vivier militant du PCF est réduit à la proportion congrue.

L’ambition ratée de l’union

Les militants se sont plutôt bien mobilisés pour cette consultation, le nombre de votants étant resté stable d’un congrès à l’autre, pour un nombre de cotisants moins élevé. Mais cet ensemble s’est fractionné un peu plus encore que lors des congrès précédents. Le temps où le texte adopté par la direction sortante recueillait l’approbation d’une écrasante majorité des adhérents est maintenant bien loin. Le texte défendu par le secrétaire national avait failli être minoritaire en 2016, quand se profilait la perspective de l’élection présidentielle. Il se situe aujourd’hui nettement au-dessous du seuil des 40%. Il est sensiblement dépassé, de plus de 1.300 voix par le texte que défendait le député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne.

Le texte défendu par le secrétaire national conserve une part des réflexes traditionnels de légitimité des communistes. Il a la majorité absolue dans 28 départements et se situe au-dessus de la moyenne nationale dans 52 d’entre eux. Mais il ne se maintient ou progresse que dans 24 départements, dont aucun ne se situe dans territoires de plus forte implantation communiste. Plus significatif encore, en dehors de l’Essonne, de la Seine-Saint-Denis, des Bouches-du-Rhône et de la Seine-Maritime, il ne l’a pas emporté dans les plus fortes fédérations départementales. Celles-ci constituent plutôt le noyau d’implantation du texte Chassaigne, qui l’emporte à la fois dans les vieux bastions industriels du Nord et de l’Est, dans la France du centre et dans le Val-de-Marne.

Un Congrès agité en ligne de mire

Le choix des militants s’est à la fois divisé – pas de majorité absolue à l’échelon national – et concentré sur les deux textes principaux (80% à eux deux). Les autres sont réduits à la portion congrue. Le texte n°1 – Pour un printemps du communisme perd la moitié du pourcentage obtenu par le texte intitulé en 2016 L’ambition communiste. Il ne progresse sur le congrès précédent que dans huit départements et résiste un peu mieux (perte de moins d’un quart) dans cinq autres. Le texte qui continuait de prôner un spectre de rassemblement continuant l’esprit du Front de gauche, a manifestement payé le rejet provoqué par la détestation de Jean-Luc Mélenchon dans une part non négligeable du corps militant communiste.

Le prochain congrès du PCF s’annonce donc complexe. Les hésitations permanentes sur la ligne stratégique manifestées par la majorité, entre 2012 et aujourd’hui ont coûté cher à la majorité conduite par Pierre Laurent. Le secrétaire national avait voulu incarner une ligne bonhomme et prudente, après les traumatismes des décennies précédentes. Mais il a paru osciller sur le champ des alliances électorales, brouillé la dynamique du Front de gauche aux municipales de 2014 et hésité trop longtemps à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2016. Le parti pris de prudence s’est ainsi retourné en impression de faiblesse, décourageant tout autant les partisans de l’identité communiste renforcée et les tenants d’un Front de gauche maintenu.

Le prochain congrès du PCF s’annonce donc délicat. Sur le papier, la seule majorité – de justesse – est dans l’addition du texte Manifeste d’André Chassaigne et du texte plus identitaire Un parti de classe. Mais quelle que soit la configuration, les alliances à construire risquent bien d’évoquer davantage le mariage de la carpe et du lapin, si ce n’est les laborieuses négociations des congrès socialistes de naguère.

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  • Ou plus simplement le fait que le texte Pour un printemps du communisme ne recueille que 11% des suffrages des 30 000 exprimés pourrait signifier qu’un nombre importants de membres du pcf sont partis sur la pointe des pieds.
    Cette explication vaut bien celle de Martelli car d’autres au sein du parti note que les défections sont nombreuses depuis la dernière présidentielle. Nous verrons bien ce que dira le congrès mais d’ores et déjà on peut présumer que le Pcf n’en sortira que plus affaibli. Cela ressemble fort au chant du signe du grand parti des fusillés.

    choucroute Le 7 octobre à 11:51
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  • « 2017 : la décision ion du 37ème congrès d’engager une candidate ou un candidat communiste dans la perspective de la présidentielle sidentielle n’est pas respectée .Le champ est ouvert à Melenchon . Mal- gré la forte demande d’autonomie des communistes exprimée très majoritairement en conférence nationale, le PCF s’aligne derrière un candidat au discours de plus en plus populiste et agressif, voire nationaliste, qui préconise des solutions économique social-démocrates . Et tout cela au prix d’un gachis inouï de moyens financiers et militants ! »

    Voila , entre autre , ce qu’on peut lire dans la Motion défendu par À Chassaigne . La messe est dite , l’excommunication est prononcée , c’est le retour d’un nouveau sectarisme . On cible les personnes pour ne pas aborder les questions de fond . Comme vous l’écrivez justement Mr Martelli « la détestation de Jean-Luc Mélenchon dans une part non négligeable du corps militant communiste » arrive en tête. On dit merci qui ... ? On peut ne pas être d’accord sur tout avec la FI et JLM , on peut ne pas apprécier la personnalité de JLM , mais il faut être responsable et élevé le débat, il faut raison garder , or visiblement chez certains communistes ce n’est pas le cas.

    Comment expliquer qu’a l’Assemblee Nationale les députés FI et les communistes mènent pour l’essentiel, les mêmes combats ?
    Comment expliquer que les militants FI et certains militants communistes se retrouvent sur le terrain dans les luttes ?

    Je laisse de côté les attaques qui concernent directement la « personne » JLM . qui sont infamantes, c’est du même tonneau que le coup du « grand père juif » de I Brossat . Mais je doute très fortement qu’agir de la sorte , parler de « gâchis financier et militant » à propos de la présidentielle et du score de près de 20% de la FI et de JLM , et de l’ immense espoir que cela à fait naître ; je doute très fortement que ceux qui soutiennent cette Motion soient en train de se rapprocher des salariés, des citoyens en général, comme ils prétendent le faire. C’est tout le contraire qui va arriver.

    Le problème avec certains communistes c’est que, l’amour qu’ils portent à leur parti surpasse tout le reste . Je me souviens qu’en 81 certains militants communistes me disaient qu’ils voteraient Giscard pour empêcher Mitterrand de gagner . Il ne suffit pas de prononcer ou d’écrire cent fois le mot « révolutionnaire » pour le devenir automatiquement.

    Si c’est ça la gauche , on comprend mieux la montée de l’abstention.

    Gege Le 8 octobre à 11:40
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  • Vous avez mal lu l’article, Gege, R.Martelli parle du rejet PROVOQUÉ chez les militants communistes PAR LA DÉTESTATION DE J.L.MÉLENCHON. C’est lui le détestant, avec son désormais historique (et délirant) : "Vous êtes le Néant et la Mort"adressé au PCF. Les communistes , qui sont des humains sensibles comme les autres quoi qu’on en dise, ne font que rejeter cette hostilité. Il aurait pu s’y attendre tout de même, votre Leader bien-aimé.

    FRÉDÉRIC FOSSIER Le 11 octobre à 21:38
       
    • Vous donnez une version de l’histoire du SMS qui est fausse et incomplète.

      Voici le SMS « "Vous créez la confusion dans tout le pays en vous appropriant mon portrait et mon nom sans parler du logo Front de Gauche ! Bravo l’identité communiste ! Tout ça pour après des mois d’injures et manœuvres pour (sic) saboter ma campagne. Et vous recommencez ! Vous êtes la mort et le néant. Dix mois pour me ’soutenir’, dix minutes pour soutenir Macron. Sans oublier les accords que vous ne respectez pas. J’en ai assez. Je vais donc annoncer notre rupture politique dès mon retour à Paris. Et je vais dire pourquoi."

      Ce message est envoyé à P Laurent, sur son téléphone, JLM s’addresse à P Laurent et non pas à l’ensemble des communistes . La FI compte de nombreux communistes dans ses rangs , elle a toujours fait la différence entre le premier secrétaire , certains dirigeants , et l’ensemble des militants. Des militants qui visiblement par leurs votes , viennent de mettre cette même direction en minorité . Très clairement la Motion arrivée en tête pour le prochain congrès désapprouve la ligne suivie par cette direction . D’une certaine manière ils viennent conforter les reproches de JLM .

      Gege Le 12 octobre à 17:01
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  • le pc donne l’impression d’une vieille machine rouillée au service du peu d’élus restants et de leur petite clientèle.

    tartuf Le 16 octobre à 21:17
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  • Il est temps de soutenir le PC ainsi que toutes les gauches de toutes natures pour le Principe de notre cause commune de Victoire !

    Adam de gauche Le 17 octobre à 16:55
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