CC Stuart Mudie
Accueil | Par Roger Martelli | 15 février 2019

Populisme ou gauche : de la présidentielle à aujourd’hui

Du côté de ceux qui s’en réclament à gauche, la référence au "populisme" se nourrit d’une interprétation de ce qui provoqua le bon résultat de Mélenchon à l’élection présidentielle de 2017. Si le leader de la France insoumise a frôlé le second tour, ce serait pour avoir voulu "fédérer le peuple" et non pas "rassembler la gauche". Cette interprétation apparait, pour l’historien Roger Martelli, hasardeuse et dangereuse.

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Les données : la progression des sondages

1. Au début février 2017, la victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste inverse les courbes d’intentions de vote de Mélenchon et du PS, reléguant le premier au-dessous de la barre des 10%. Très vite l’écart se réduit. Coincé entre Macron et Mélenchon, peu à peu lâché par la droite de son propre parti, le candidat socialiste ne parvient pas à trouver son rythme de croisière. Après le 18 mars (date du discours de JLM sur la place de la République), la cote de JLM se met à enregistrer une hausse continue. Dès la fin mars, les courbes se sont croisées et ne cesseront de s’écarter, au bénéfice du leader de la France insoumise. Entre février et mars, le vote utile, pour une gauche bien à gauche, a changé de camp.

IFOP : intentions de vote Hamon et Mélenchon (sondage quotidien)

 

2. Dans quelles catégories se font les gains (Sondages IFOP, 2017) ?

 

Le tableau ci-dessous indique les plus fortes et les plus faibles progressions entre février et avril, la moyenne étant à 9,5%. En regard est indiqué l’évolution du vote Hamon.

 

Sociologiquement, les progressions les plus importantes s’enregistrent chez les jeunes scolarisés (+17%), les professions intermédiaires (+16%) et les employés (+15%). Mais les progressions les plus élevées correspondent avant tout à des gains à gauche, et d’abord à une mobilisation de l’électorat Mélenchon de 2012, un temps séduit par l’hypothèse Hamon. On notera que c’est dans les mêmes catégories à gauche que les reculs de Hamon sont les plus prononcés, au profit de Macron et de Mélenchon.

On note aussi que les gains dans le monde ouvrier sont faibles (la propension ouvrière à voter Mélenchon est forte dès le début). Surtout, le vote Mélenchon ne mord ni à droite ni à l’extrême droite : le transfert entre les supposés "populismes" relève du mythe. Chaque "camp" surmobilise les siens, à droite comme à gauche ; les transferts d’un "camp" à l’autre restent exceptionnels.

Le vote présidentiel du premier tour : radiographie

1. La ventilation des choix (pénétration des électorats)

L’âge oppose, aux deux extrêmes, un électorat jeune tenté plutôt par Jean-Luc Mélenchon (26% des moins de 35 ans et 29% des 18-24 ans) et un électorat âgé porté vers la droite traditionnelle d’un François Fillon (39% des plus de 65 ans, 34% des retraités).

La ventilation des groupes sociaux est tout aussi éclatée que celle de l’électorat dans son ensemble. On note toutefois une surreprésentation des catégories socioprofessionnelles supérieures chez Emmanuel Macron (32%) et des catégories inférieures chez Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon se situe dans une situation intermédiaire, attirant 26 % des professions intermédiaires et 24% des catégories inférieures. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se partagent les électeurs en cours de formation, essentiellement étudiants (30% et 31%).

Pour l’essentiel, les électeurs proches d’une organisation politique de gauche se sont partagés entre Emmanuel Macron (40%) et Jean-Luc Mélenchon (38%), Benoît Hamon se contenant d’un modeste 13%. Il est à noter que, malgré la décision des Verts de rallier la candidature de Benoît Hamon, 38% de leurs proches ont préféré in fine le leader de la France insoumise.

Aucun candidat ne récupère la totalité des voix de la présidentielle précédente. La mieux placée sur ce plan est Marine Le Pen, qui a attiré 80% de ses soutiens de 2012, suivie par Jean-Luc Mélenchon (73%). Les électeurs de François Hollande ont pour moitié choisi Emmanuel Macron, mais un quart a rejoint Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon se contentant là encore d’un modeste 16%.

Enfin, l’enquête confirme que ceux qui se déclarent "sans sympathie partisane" se partagent entre Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, avec semble-t-il une petite préférence pour le premier (24%).

2. Les profil des électorats (composition)
L’électorat de Jean-Luc Mélenchon est jeune (près d’un tiers de moins de 35 ans), socialement populaire (un tiers de catégories socioprofessionnelles inférieures), mais éduqué (près de 40% de formation au-delà du baccalauréat). Il est composé pour les trois quarts de proches des formations politiques de gauche et pour 16% de personnes "sans sympathie partisane" (ce qui n’implique pas que ces personnes ne se situent pas sur l’axe gauche-droite).

Celui de Marine Le Pen est plus populaire (plus de 40% de catégories inférieures) et moins éduqué (45% de formation inférieure au baccalauréat). Il se dit à près de 70% proche du FN, à un peu plus de 10 % proche de la droite et à 14% sans sympathie partisane.

Celui de Emmanuel Macron est plus âgé que les deux précédents (25%), moins populaire (20% de catégories supérieures), plus éduqué (56% de formation post-baccalauréat). Pour les deux tiers, il est situé politiquement à gauche. Il a voté à 45% pour Hollande en 2012 et pour plus de 30% à droite.

3. La distribution départementale des votes
La présidentielle de 2017 amplifie la nationalisation du vote entamée en 2012. Alors que le vote communiste touchait aux lisières de la marginalisation avant 2012, le vote Jean-Luc Mélenchon a retrouvé la distribution qui était celle du PCF avant son déclin électoral. En 2017, les votes se distribuent entre 34% en Seine-Saint-Denis à 13,6% en Haute-Corse ; 35 départements le placent au-dessus de la barre des 20%, aucun n’étant au-dessous des 10%. À la différence de Marine Le Pen, il progresse partout, doublant même son score dans le Bas-Rhin, le Val-d’Oise et la Seine-Saint-Denis. Il progresse plus que la moyenne dans 36 départements.

4. Un ancrage à gauche prononcé
Dans l’ensemble, le vote Jean-Luc Mélenchon s’insère dans l’espace électoral, communal et départemental, qui fut celui du communisme français, à quoi s’ajoute une implantation (notamment dans le Sud-Ouest) plus proche de celle de la gauche socialiste traditionnelle.

L’analyse du Cevipof publiée en volume [1] contient une étude de Bruno Cautrès (« Mélenchon, "vainqueur caché" de la présidentielle ? ») qui souligne elle aussi l’enracinement du vote Mélenchon dans ses territoires de force de 2012 et donc la forte corrélation avec le vote communiste ancien. Ses calculs montrent aussi la corrélation statistique forte du vote JLM avec les votes socialistes passés et avec les autres votes de gauche en 2017.

Dans tous les cas, l’ancrage territorial du vote Mélenchon ne s’éloigne pas des zones de force historiques de la gauche française.

Vote Mélenchon : le populisme ou la gauche ?

1. Le vote des circonscriptions
Jean-Luc Mélenchon, est en tête dans 58 circonscriptions, dont 2 du Front de gauche et 49 ayant à leur tête un député socialiste ou apparenté.

 

On notera que les 10 circonscriptions métropolitaines qui ont un député Front de gauche sont celles où le vote en faveur de Mélenchon est le plus fort et le vote Macron le plus faible. Le vote Le Pen y est aussi supérieur à la moyenne nationale.

2. Le vote des communes
Le tableau ci-dessous présente les résultats des 3447 communes de la France métropolitaine qui ont placé Jean-Luc Mélenchon en tête. On y distingue les communes qui ont à leur tête un maire communiste ou "apparenté".

 

Dans l’ensemble des villes où il est en tête, Mélenchon obtient 29,7% des suffrages exprimés. Dans ce groupe, un quart de ses voix se trouve dans les villes PCF, où son pourcentage atteint les 34,9% de suffrages exprimés.

L’effet de taille accentue le phénomène. On a vu précédemment que la densité du vote Mélenchon est plus forte dans la France urbaine et les aires métropolitaines. Au total, on compte 614 communes dont le nombre d’inscrits est supérieur à 10.000. Mélenchon est en tête dans 124 d’entre elles et y obtient 31,5%. Sur ces 124 communes, les villes PCF ou apparentées sont au nombre de 38 et donnent à Mélenchon un pourcentage de 36,2%. À quoi s’ajoute une quarantaine de communes, notamment en région parisienne, qui ont été dans la mouvance communiste de 1977 à 2008.

Dans l’ensemble, l’espace du "communisme municipal", ancien ou persistant, s’est reconnu dans un vote qui amplifiait pour lui l’expérience antérieure du Font de gauche.

3. Les trois lignes de force du vote Mélenchon
Le score de Jean-Luc Mélenchon en 2017 est le plus élevé obtenu par une gauche bien à gauche depuis les années 1970. Jusqu’à ce jour, cette fraction de la gauche était pénalisée par un recul continu du PCF, qu’aucune dynamique alternative n’avait pu compenser. Le scrutin de 2012 avait été un premier signe de renouveau : le candidat du Front de gauche avait réussi à agréger des forces jusqu’alors dispersées. Mais le niveau global de la gauche de gauche restait dans les basses eaux des années précédentes. En 2017, un seuil a été franchi : pour la première fois depuis 1969, le vote utile à gauche s’est porté sur une personnalité incarnant un esprit de rupture.

La campagne menée tambour battant du candidat de la France insoumise a redonné à la gauche la plus critique un profil qui la rapproche de ses traits historiques fondamentaux. La représentation des catégories populaires n’est plus l’apanage du FN. Un quart au moins des catégories intermédiaires, des ouvriers et des employés se sont retrouvées dans un vote à gauche affirmé. Ajoutons qu’il s’agit d’un espace populaire de notre temps, jeune, inséré dans le cadre urbain et métropolitain et relativement éduqué (les deux tiers des électeurs Mélenchon ont un niveau égal ou supérieur à celui du baccalauréat).

Si l’on combine les données de sondages et les analyses territorialisées, on peut dire que le socle du vote Mélenchon comprend aujourd’hui trois grands ensembles. Il a redynamisé un espace électoral communiste en voie d’affaissement continu, ce que montre les remarquables résultats en région parisienne et dans les couronnes urbaines. Il continue de s’inscrire, comme le fit autrefois le vote communiste, dans les espaces de la tradition révolutionnaire et républicaine, celle des sociétés populaires jacobines, de la "démocratie socialiste" de 1849, puis du premier radicalisme. Cet espace a été celui du socialisme français du XXe siècle, dans le centre, l’ouest et le sud-ouest. Le vote Mélenchon s’installe enfin, depuis, 2012, dans un espace urbain dense et métropolisé qui avait peu à peu échappé à l’emprise communiste. C’est dans ce dernier espace qu’il se montre le plus dynamique, davantage que toutes les autres forces, à commencer par le FN.

4. Le discours présidentiel de Mélenchon a-t-il été « populiste » ?
On peut en douter. Dans le volume du Cevipof précédemment évoqué, le politologue Damon Mayaffre [2] explique que le discours de Mélenchon s’est installé dans un discours « néo-humaniste » où les références au "peuple" et aux "gens" sont perpétuellement raccordées aux souvenirs des Lumières et de 1789 (Montesquieu, Diderot, Robespierre, bonheur, vertu). Il s’agit d’un peuple « plus sans-culotte que bolchevik », renvoyant à une France « plus civique que prolétarienne ». En même temps, le vocabulaire social (Smic, salaires, Sécu, ouvriers) colore le discours et mobilise la tradition communiste-socialiste, tandis que l’écologisme appuyé s’adresse à d’autres générations et milieux sensibles à la "règle verte". Au total, « Jean-Luc Mélenchon semble avoir décomplexé en 2017 un discours de gauche usé par la gestion raisonnable des affaires gouvernementales : un discours de gauche à nouveau fier de l’héritage révolutionnaire, clairement populaire et social, et désormais écologique ». C’est en puisant dans l’imaginaire de la gauche et en le rafraîchissant, que Jean-Luc Mélenchon a réalisé sa percée et frôlé la présence au second tour.

Un avenir à gauche ?

1. Les structures du vote présidentiel de 2017 ont-elles été maintenues ?
Il est difficile de le dire. Le vote législatif qui a suivi le scrutin présidentiel montrait déjà que le vote FI ne se retrouvait pas en totalité sur les candidats de la France insoumise, mais confirmait que la nouvelle formation représentait 45% du total des voix de gauche. Dans une gauche laminée, le vote en faveur de la FI frôlait l’hégémonie.

Globalement, la série d’élections partielles qui a égrené l’année 2018 n’a toutefois pas confirmé la poussée de 2017 et les difficultés précoces du nouveau pouvoir n’ont pas profité à la principale force d’opposition à l’Assemblée nationale.

En l’absence d’élections générales, on peut utiliser les sondages disponibles, en se gardant d’y voir des prédictions, mais en essayant de voir s’ils suggèrent des tendances d’évolution.

 

Globalement la FI se situe dans une fourchette de 8 à 14% avec une tendance à la baisse en fin de période. Le total de l’extrême droite reste élevé, ne descend jamais au-dessous de 24% et se situe actuellement dans une fourchette de 28 à 33%. La gauche confirme sa faiblesse globale de 2017 et se trouve aujourd’hui dans une fourchette de 29 à 33%. A la fin de 2017, la FI regroupait presque la moitié du total des intentions de vote exprimées à gauche, confirmant son hégémonie dans cet espace. Actuellement, elle se situe entre un quart et un tiers du vote de gauche. Sa première place est confirmée, mais l’écart se réduit, en même temps que l’hégémonie globale. Alors que l’extrême droite profite des difficultés de la droite classique, la FI perd du terrain à l’intérieur d’une gauche toujours rabougrie.

2. L’intention de vote LFI (IFOP)

 

Si l’on en croit les données de l’IFOP, la FI progresse dans les catégories intermédiaires, résiste un peu mieux chez les moins de 35 ans, mais recule dans les catégories populaires (PCS -). La donnée la plus massive est dans le recul de la propension au vote FI chez les électeurs Mélenchon de 2017 et les électeurs du Front de gauche de 2014 : dans les deux cas, la formation de JLM est au-dessous de la moitié du vote de départ.

 

Les données proposées par Elabe diffèrent de celles de l’IFOP sur le plan sociodémographique : elles suggèrent une bonne résistance dans les catégories populaires. Mais elles confirment le constat politique : la propension au vote FI décline chez ceux qui se disent proches des organisations de gauche. Les votes FI antérieurs de sont pas épargnés : la moitié seulement des électeurs JLM de 2017 déclarent vouloir voter FI au mois de mai prochain.

Il est à noter que la FI ne semble mordre ni sur l’électorat de droite et d’extrême droite, ni sur ceux qui se déclarent "sans préférence partisane", ni sur ceux qui se sont abstenus ou ont voté blancs ou nuls au premier tour de la présidentielle.

Le recul dans l’électorat de gauche n’est compensé par aucun gain tangible en dehors de cet espace. Le recul dans l’opinion de la pertinence du clivage droite-gauche ne signifie pas qu’il est remplacé par un autre mode de distribution des suffrages, a fortiori dans une élection qui s’annonce à très faible participation.

 

Alors que Macron et Le Pen ferait le plein des intentions de vote dans leur espace de proximité, Mélenchon se situerait à un niveau plus modeste. Et tandis que ses deux concurrents garderaient respectivement 80 et 86% de leur électorat de 2017, Mélenchon n’en conserverait que 63%.

Selon le sondage, Macron mord nettement sur la droite classique (40% des électeurs Fillon), Le Pen mord sur une autre part de la droite, la plus radicalisée. En revanche, Mélenchon ne mord qu’à la marge sur les électeurs de droite et d’extrême droite. À la limite, Le Pen gagne plus sur la gauche que Mélenchon n’y parvient sur la droite.

Alors que le trio Mélenchon-Macron-Le Pen se partageait en 2017 l’essentiel de ceux qui ne se reconnaissaient dans aucun parti, Mélenchon ne recueille les suffrages que de 7% de cette catégorie. C’est Le Pen qui en attire un gros tiers, davantage que Macron (19%). Au total, les "sans appartenance partisane" se portent massivement vers la droite et même vers l’extrême droite, pas vers la gauche.

Au total, on constate encore sur ce sondage que Mélenchon, de 2017 à aujourd’hui, perd sur la gauche et ne gagne rien, ni sur la droite ni sur les "sans appartenance".

3. Réflexions en perspective
L’expansion de l’extrême droite française, qui se fait en parallèle avec son dynamisme européen, est à ce jour un mal absolu. Or deux méthodes ont montré leur incapacité à enrayer cette poussée. La droite a choisi le vieux conservatisme d’une France des notables, réfractaire tout autant au désordre qu’à l’égalité : elle a voulu chasser sur les terres du Front ; elle n’a fait que le conforter. Quant au socialisme, qui a cru pouvoir profiter du repoussoir frontiste, il s’est déchiré entre une social-démocratie à l’ancienne et le vertige libéral.

En 2017 le vote Mélenchon a été le seul dont le dynamisme a été suffisamment fort pour contenir la percée frontiste en zone urbaine, qu’elle soit "métropolitaine" ou plus "périphérique".

Il a pu le faire en retissant les liens perdus du peuple et de la gauche, pas en tournant le dos à la gauche. Le discours du 18 mars à la République, celui qui a marqué le point de départ d’une spectaculaire "remontada", était en ce sens un modèle du genre. Il reprenait, tout en le modernisant, le florilège complet des mots, des symboles et des figures de la gauche, de la Révolution à nos jours, de la Commune à Nuit debout. En le faisant, il est parvenu, tout à la fois, à agréger la gauche désespérée et à redonner le sens de l’espérance collective aux catégories populaires que la gauche officielle avait abandonnées.

Tout ce qui nourrit le ressentiment, tout ce qui contourne la remise en cause des bases fondamentales des maux sociaux, tout ce qui éloigne des projets collectifs sans lesquels les catégories populaires dispersées ne peuvent être un peuple rassemblé, tout cela éloigne d’un rassemblement populaire propulsif, capable de rompre avec le désordre de l’état des choses existant. Au contraire, tout ce qui, autour des valeurs fondatrices d’égalité, de citoyenneté et de solidarité, redonne vigueur à l’espérance dans la "Sociale" permet de refaire du peuple politique le pivot de l’avancée démocratique.

Les récentes élections dans les Abruzzes italiennes, l’effondrement du M5S et la percée concomitante de la Ligue suggèrent que la revendication du "ni droite ni gauche" finit toujours par porter vers une droite radicalisée. Encore et toujours revient à la mémoire la formule utilisée par le philosophe Alain, membre du Parti radical, déclarant en 1931 :

« Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est pas un homme de gauche. »

Une gauche qui contredit ses propres valeurs n’a plus de gauche que le nom et fait désespérer de la gauche. Mais sans le dynamisme d’une gauche qui a enfin repris ses couleurs, il est difficile de rassembler le peuple. Rassembler le peuple ou rassembler la gauche : opposer les deux termes ne sert à rien. Mieux vaut les penser et les conduire ensemble. C’est la seule manière d’écarter le cauchemar antidémocratique.

S’ancrer dans cette conviction n’a rien d’une répétition. Si le clivage de la droite et de la gauche reste pertinent, les formes historiques qui ont été les siennes au XXe siècle sont en état d’obsolescence. À la droite de définir les voies qui seront les siennes. À gauche, une triple certitude peut servir de point de départ : le face-à-face du socialisme et du communisme n’est plus l’axe ordonnateur de la gauche française ; l’union de la gauche dans sa forme ancienne n’est plus le modèle du rassemblement à gauche ; la forme historique, verticale et hiérarchique, du parti politique n’est plus l’archétype par excellence de l’organisation politique.

La gauche n’est pas sortie de la crise qu’ont nourrie les dérives sociales-libérales amorcées après 1982. Incontestablement, elle souffre d’un morcellement caricatural qui contredit de façon absolue son ambition des responsabilités et qui contraste avec le dynamisme persistant d’une extrême droite "boostée" par ses résultats continentaux.

Qu’il faille surmonter cet éparpillement mortifère est une évidence, mais cette exigence ne doit pas faire oublier que le puzzle actuel de la gauche n’est pas sans rapport avec les carences qui furent les siennes dans les dernières périodes. Rassembler la gauche pour contribuer à refaire du peuple un acteur majeur de sa propre émancipation est donc un impératif. Cet impératif est toutefois inséparable d’un autre, tout aussi stratégique : la gauche française, comme la gauche européenne, se rassemblera d’autant mieux qu’elle se sera refondée, dans toutes ses composantes.

Refonder et rassembler la gauche ; contribuer à ce que se produise et s’impose politiquement le projet émancipateur, qui fait de la multitude en lutte un peuple producteur d’avenir…

 

Roger Martelli

Notes

[1Pascal Perrineau (dir.), Le vote disruptif : Les élections présidentielle et législatives de 2017 (Chroniques électorales), Presses de Science Po, 2017.

[2Damon Mayaffre, « Les mots des candidats, de "Allons" à "vertu" », in Pascal Perrineau, Le vote disruptif…, ouvrage cité.

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  • Très documenté cet article de Martelli, qui à nouveau met JLM et la FI sur la sellette quant à un nécessaire "rassemblement de la gauche" ; et pose dès le titre le débat de manière caricaturale.
    Il y manque selon moi l’essentiel ; à savoir les conditions qui feraient que serait constitué le fond d’un projet/programme commun et aussi d’une stratégie partagée - tant au niveau national qu’européen, comme international - qui permettrait ce rassemblement.
    Or c’est ce qui est systématiquement posé comme premier à la FI, est systématiquement écarté par Hamon comme par le PCF.

    Cet éventuel rassemblement semble de plus en plus éloigné quand on lit qu’au 1er tour de la présidentielle 2017.... "Pour l’essentiel, les électeurs proches d’une organisation politique de gauche se sont partagés entre Emmanuel Macron (40%) et Jean-Luc Mélenchon (38%)
    (...)
    "Les électeurs de François Hollande ont pour moitié choisi Emmanuel Macron, mais un quart a rejoint Jean-Luc Mélenchon"

    Martelli appelle de façon quasi incantatoire à une "refondation". Pour moi c’est déjà fait ; par la FI qui n’a pas "refondé" mais construit du tout neuf sur un terrain beaucoup plus stable et sain que l’ancien où les ruines de la maison commune dévastée par des incendies multiples - dont les responsables sont ceux-là mêmes qui crient à l’unitay tous les quatre matins - sont encore fumantes.

    Michelle aldon Le 15 février à 11:20
       
    • tout à fait d’accord. C’est fou de voir le PCF proposer l’alliance avec un programme économique libéral comme celui de Hamon (Revenu Universel, etc) ; et refuser de s’allier avec un programme économique de planification comme celui de la FI.

      Cette gauche qui n’en fini pas de se droitiser économiquement et de compenser en surjouant l’humanisme pro-réfugiés est une catastrophe. C’est une souffrance terrible que de voir le PCF suivre ce mouvement

      lulu Le 18 février à 14:26
  •  
  • Mélenchon fait l’éloge de la Nation,comme structure de protection des plus défavorisés.
    C’est l’unique raison de son succès car il est le seul à le faire à gauche.

    Maurice Le 15 février à 19:01
       
    • La thématique dominante de la campagne des présidentielles a été le retour aux fondamentaux de la gauche historiquement constituée sur la longue durée. D’où le résultat qui en a étonné plus d’un. Deux exemples que je connais bien et très significatifs car très différents à tous points de vue : Le 93 où le vote JLM retrouve le vote PCF des années 70 et les Landes où le tiers de l’électorat traditionnel PS vote pour la première fois pour la gauche de rupture ! Le vote JLM a été un vote populaire de gauche composé pour l’essentiel de l’électorat traditionnel des anciens partis politiques de gauche en déshérence (ancienne pour le PCF, récente pour le PS).Les nouveaux électeurs hors champ politique traditionnel sont à la marge. Preuve s’il en est que si on veut rassembler le peuple , il faut d’abord rassembler le peuple de gauche ! L’effet propulsif de la période mars-avril en est le résultat...avorté au soir du premier tour...du fait d’une erreur populiste d’analyse politique ...Il fallait appeler à faire barrage à Le Pen sans ambiguïté ...Le décrochage dés les législatives en fut le prix à payer...Puis suivirent des initiatives où la grenouille se fit boeuf croyant avoir rassemblé le peuple et non la gauche ("la marée humaine " contre la loi travail XXL alors que Macron venait d’être élu…)...puis le sentiment donné à tort ou à raison qu’on gagnera les élections sans alliés...puis les problèmes de comportement de JLM...qui ont fait de celui ci l’archétype de l’exagéré alors que la moitié de son électorat restait encore acquis au réformisme c’est à dire au socialisme de compromis sans pour autant être une adhésion au socialisme de compromission...MACRON S’EST ENGOUFFRE DANS CETTE ERREUR STRATEGIQUE...et a fait sortir très vite l’électorat traditionnel PS du vote LFI comme les chiffres donnés par Roger le prouvent...Nous sommes actuellement en dessous du score de 2012...sans parler de celui d’avril 2017...Nous en sommes aujourd’hui rendus être inaudibles sur toutes questions d’importance...de l’Europe où on ne comprend rien au pas de deux plan A-plan B, aux contortions sur la question de l’immigration...en étant rendus à devoir nous défendre dans un domaine où nous sommes inattaquables ...celui d’un soi disant antisémitisme...L’ORIENTATION POPULISTE DE LFI N’EST PLUS UNE ORIENTATION POLITIQUE DE GAUCHE. CETTE ORIENTATION EST PAIN BENI POUR LE DEPLOIEMENT DE LA HAINE DE CLASSE !En clair, Roger Martelli vient de nous démontrer non seulement que JLM nous mène tous dans le mur mais qu’on ne voit pas comment arrêter cette orientation stratégique folle.

      Dominique FILIPPI Le 19 février à 00:02
    •  
    • La France Insoumise est trop "gazeuse" dans son absence d’horizontalité réelle et trop peu démocratique dans sa caricature de verticalité ( en fait l’ancienne et nouvelle direction du PG décide de tout) POUR QUE TOUT NE SOIT PAS A REFONDER...Refondé par quoi et surtout par qui ? Anne...ma sœur Anne ne vois tu rien venir ?...

      Dominique FILIPPI Le 19 février à 06:35
    •  
    • l’horizontalité de la FI a permis à la FI de proposer un programme au plus proche des revendications des gilets jaunes, dès 2017.

      On ne veut pas de vos guéguerres entre politiciens professionnels qui se battent pour des places de députés.

      LAEC est le fruit d’un travail collaboratif, horizontal, Jean Luc Mélenchon est le gardien de l’intégrité de ce programme

      lulu Le 19 février à 11:19
  •  
  • Le premier commentaire par Michelle Ardon exprime assez bien mon sentiment général.
    Je ne ferai donc que des remarques de détail.
    1) rien ne garantit que les sondages plaçant Hamon avant Mélenchon lors de la "primaire" aient été autre chose qu’une manipulation, l’honnêteté des sondages n’ayant à croitre qu’à l’approche de la possibilité de vérifier leur validité, c’est à dire juste avant l’élection.
    2) le sondages actuels ne sont peut-être pas faux, mais rien ne permet de vérifier qu’ils soient vrais.
    3) petit point de vocabulaire : la gestion par les socialistes à la Hollande n’est pas une gestion "raisonnable" mais bien une gestion "déraisonnable" en faveur les capitalistes. Arrêtons le novlangue permanente.
    4) le mot "gauche" est démonétisé depuis la gestion déraisonnable par les socialistes. C’est pour cela que je refuse aujourd’hui de l’utiliser, en revanche j’apprécie qu’on se retrouve dans les traditions des Sans-culottes, et dans tout ce qui, autour des valeurs fondatrices d’égalité, de citoyenneté et de solidarité, redonne vigueur à l’espérance dans la "Sociale" permet de refaire du peuple politique le pivot de l’avancée démocratique..

    Je ne sais pas si les séduisantes théories populistes développées par Jean Luc Mélenchon sont totalement pertinentes pour mener un combat victorieux, encore qu’elles s’adaptent assez bien aux phénomènes sociaux récents, mais il est certain qu’aussi longtemps qu’on incluera dans la "gauche" les Hollande, Sapin, Le Foll ou Ségolène Royal ("ça leur fera des souvenirs"), qu’on y incluera EELV sans analyse malgré les inénarrables ministres qui en firent partie naguère tel de Rugy , je considèrerai qu’il s’agit encore de novlangue et refuserai tout ce qui s’appellera "union de la gauche", notion pour laquelle j’ai longtemps milité et qui me sort aujourd’hui par les yeux.

    DMc Le 15 février à 19:01
       
    • RELISEZ !!! Roger n’a jamais dit qu’il fallait refaire l’Union de la Gauche à l’ancienne !

      Dominique FILIPPI Le 18 février à 18:59
    •  
    • l’union de la gauche porte un nom : France Insoumise.
      Tout le reste est division.

      lulu Le 19 février à 11:20
  •  
  • De quoi Mélenchon est-il fait ?
    Quelques idées parallèles.

    https://scories.home.blog/2019/01/27/nms/

    Serge Buj Le 15 février à 19:50
  •  
  • Entièrement d’accord avec Roger, Mélenchon est un gros nul !!!
    Au fait il fait combien le parti jadis dirigé par le génial Roger ?
    Ah tout ça ?....
    Vous ne voyez pas un peu de jalousie de voir les autres réussir là ou Roger a tant échoué ?
    Vous savez à quoi on reconnait un hableur et un révolutionnaire ?
    A son analyse de la période !!
    Il en dit quoi Roger de la période ? Jamais rien, à part qu’il faut faire l’alliance avec le PS gage de défaites pour la France d’en bas et de places pour les bureaucrates.

    Cyrano78 Le 16 février à 23:12
       
    • êtes-vous prêt à assumer la victoire de Marine Le Pen en 2022 ?
      si la FI n’atteint pas le second tour en 2022, la France deviendra le leader d’une Europe fasciste et raciste. Bien joué les gauchistes.

      lulu Le 18 février à 14:28
  •  
  • On met en balance, d’une part "Mélenchon" , c’est-à-dire celui qui frôla le succès électoral, en jouant habilement le jeu du système "surdéterminant" de cette constitution monarchiste, tout en saupoudrant son discours de révolution nationale républicaine, & , d’autre part, ceux qui tentent d’inviter "l’initiative citoyenne" dans leurs "boutiques bien à gauche", les présentant comme "indispensables outils démocratiques"...

    Au bout d’un certain temps, "Le peuple" enfile les gilets jaunes...
    Alors les plateaux de la balance font miroiter tout ce qu’ils contiennent de "rires jaunes" !

    Oui, il faut une vraie "refondation populaire" avec au moins à sa base, une analyse du monde et de la nation instruite par l’intelligence "marxienne" de la lutte des classes qui, partout dans ce "monde mondialisé", reste "gagnée" par "les milliardaires" qui emploient un outil décisif : le "pouvoir personnel" , lui-même tenu en laisse par ...Le "Capital" :

    Le "nous" de "l’Internationale" est donc "colonisé" par l’intermédiaire des "rois nègres" du dit Capital...
    Ah je suis un populo inculte & je mélange "tout" !

    Alain Guillou Le 17 février à 11:16
  •  
  • tout ceux qui ont voté Hamon en 2017 sont directement responsables de la politique actuelle de Macron. Ceux qui refuseront de voter LFI aux prochaines élections seront responsables de la victoire de Marine Le Pen 2022.

    La situation actuelle ressemble à celle de l’allemagne des années 30 : la gauche petite bourgeoise pleine de bonnes intentions est en train de préparer la victoire de la bête brune

    lulu Le 18 février à 14:18
       
    • donc en clair pour combattre le pen il faut accueillir les immigrés avec un fusil ?

      Dominique FILIPPI Le 18 février à 18:57
    •  
    • c’est ce que vous écrivez dans les commentaires de la Midinale...

      Dominique FILIPPI Le 18 février à 19:29
    •  
    • faites semblant de ne pas avoir compris ce que j’ai dit :)

      les réfugiés du PKK sont les bienvenus, au nom de la solidarité internationale entre travailleurs en lutte.

      Les réfugiés réactionnaires, islamistes, racistes, sexistes : Au Goulag, au nom de la République et du Socialisme.

      lulu Le 18 février à 20:07
  •  
  • dans les années 30 ! c’est le capital qui a fait le choix d Hitler
    plutôt que le front populaire !
    et après comme le chanteur ZAO le dit tout le monde a été bombé !
    on refera pas l’histoire !
    melenchon avec son score a la présidentielle aurait pu être
    un rassembleur !

    dropsit jean pierre Le 20 février à 00:24
       
    • L’argument risque MLP en 2022 ne vaut rien. La bourgeoisie n’en a pas besoin comme dernier recours puisqu’il n’y a plus de gauche...ON EN EST LA !!!!!!!!!!!!

      Dominique FILIPPI Le 20 février à 12:18
    •  
    • "Trump ne peut pas gagner"
      "Marine Le Pen ne peut pas gagner"
      "Bernie Sanders est un bolchevique, seule Hillary Clinton peut unir et rassembler toute la gauche "
      "Mélenchon est fini, il est trop ambigue sur l’immigration et israel, trop radical pour unir et rassembler toute la gauche "

      Si l’Extrême Droite l’emporte en France, le centre gauche en portera l’entière responsabilité. Hillary Clinton et ses soutiens sont responsables de la victoire de Trump. Benoit Hamon, EELV, et le PS seront responsables de la victoire de Marine Le Pen en 2022.

      loulou Le 21 février à 10:55
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  • Bonjour
    Ni populisme , ni gauche réformiste !
    Revenir a des stratégies électoraliste d’union de la gauche, au sommet n’a plus de sens aujourd’hui.
    D’abord qu’est-ce que la gauche de nos jours ?
    La gauche est en pleine recomposition....
    il faut une "gauche" pleinement anti capitaliste, ou du moins vraiment anti libérale, on en est loin.
    Il y a deux axe s ou clivage :l’axe droite/ gauche, mais aussi ceux d’en haut ,et ceux dans bas, peuvent -il se rejoindre ?

    bob Le 22 février à 13:04
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  • De la présidentielle à aujourd’hui, j’ai l’étrange sensation de lire constamment le même article de R. Martelli...

    Peut-être que changer un peu en se lançant sur une comparaison entre les programmes des mouvements politiques partageant les valeurs de "gauche", de leur cohérence (factuelle) à la position des ONG vis à vis de ceux-ci (en pointe dans le combat contre la misère, le réchauffement climatique...), ferait que les choses soient nettement plus claires aux yeux des électeurs dits "de gauche", non ???? On pourrait alors voir si les valeurs de la "Gauche" ne se retrouveraient pas déjà refonder dans un projet en particulier ? C’est d’ailleurs ce qui a été fait avant la présidentielle.... mais cet exercice est passé un peu inaperçu à cause d’un écho médiatique quasi-inexistant.

    Clarifier le paysage politique à Gauche à travers la cohérence des programmes et la manière dont il sont perçus par ceux qui luttent activement contre les maux de notre monde n’est elle pas une entreprise médiatique intéressante ? Ce serait pourtant primordial pour aider les citoyens à se positionner politiquement par rapport à telle ou telle problématique qu’ils puissent trouver à lire par exemple dans "Regards" la position "argumentée et froide" de telle ou telle ONG sur les engagements de telle ou telle formation politique ! En effet, on ne peut refonder "la gauche" en faisant abstraction des combats qu’elles mènent au nom de ses valeurs non ? Et comme les partis ont tendances à instrumentaliser tous ce qu’ils touchent, autant coller au plus près de leur essence en interrogeant des collectifs qui n’ont pas pour utilité première de servir les ambitions d’un seul...

    carlos Le 25 février à 11:06
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