Accueil | Par Loïc Le Clerc | 28 janvier 2020

Pour Marlène Schiappa, « la justice est indépendante mais... »

Le Président commente une décision de justice, la première présidente de la Cour de cassation le recadre mais, pour Marlène Schiappa, ça lui est « complètement égal ».

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Le 19 décembre dernier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a considéré que le meurtrier présumé de Sarah Halimi, une retraitée de confession juive tuée en 2017, était irresponsable pénalement. Il n’y aura donc pas de procès. Chacun est libre de commenter cette information comme bon lui semble. Chacun, dans le respect de la séparation des pouvoirs.

 

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Or, le 23 janvier, en déplacement à Jérusalem, Emmanuel Macron a déclaré ceci : « De là où je vous parle, je ne peux vous parler avec le cœur parce que je suis le garant de l’indépendance de la justice, des principes cardinaux de notre Code pénal. Le président de la République n’a pas à commenter une décision de justice ni à prétendre la remettre en cause. [...] La question de la responsabilité pénale est l’affaire des juges, la question de l’antisémitisme est celle de la République. [...] Même si, à la fin, le juge devait décider que la responsabilité pénale n’est pas là, le besoin de procès, lui, est là. Le besoin que toutes les voix s’expriment, se disent, et que l’on comprenne ce qu’il s’est passé, pour que ce que tout un procès comporte de réparation par ce qu’il est lui-même puisse se tenir. Nous en avons besoin dans la République. »

Citons ici l’article 64 de la Constitution de la Vème République : « Le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire. »

Emmanuel Macron peut prendre toutes les précautions qu’il souhaite, peut employer les mots « garant » et « cœur », peut affirmer qu’il n’a pas « à commenter une décision de justice ni à prétendre la remettre en cause », si c’est pour le faire quelques secondes après. Terrible « en même temps ».

La Constitution, c’est pour les nuls

N’oublions pas qu’en Macronie, la séparation des pouvoirs, on s’en bat l’œil. Et on l’assume. Ainsi, ce mardi 28 janvier, invitée au micro de France Inter, la secrétaire d’État Marlène Schiappa y est allée sans filtre – une honnêteté rare.

Voici l’échange qu’elle a eu avec la journaliste :

  • Léa Salamé : « Emmanuel Macron a été recadré par la première présidente de la Cour de cassation [...] Emmanuel Macron est revenu sur la décision de justice concernant l’assassinat de Sarah Halimi, cette sexagénaire juive, et sur la décision de la Cour d’appel de Paris qui a déclaré pénalement irresponsable le principal suspect. "Le besoin de procès est là", a dit le président de la République. La première présidente de la Cour de cassation lui a rappelé dans un bref communiqué que "l’indépendance de la justice, dont le président de la République est le garant, est une condition essentielle du fonctionnement de la démocratie". Qu’est-ce que vous répondez à ça ? »
  • Marlène Schiappa : « Si j’avais peur des critiques et des recadrages, j’aurais quitté la vie politique et même la vie militante de féministe depuis très longtemps. La justice est indépendante mais ma responsabilité c’est aussi une responsabilité de travail avec le législateur. Nous faisons les lois. Nous avons fait une loi en 2018 sur cette question, si le monde de la justice ne s’empare pas de cette loi, j’ai le droit de dire que je considère qu’il y a un problème. Qu’on vienne me recadrer ou me critiquer, ça m’est complètement égal parce que je crois que la responsabilité qui est la mienne c’est de dire qu’il est honteux de considérer qu’une petite fille de onze ans serait consentante, serait d’accord pour un rapport sexuel avec un adulte. »

Vous aurez remarqué qu’à la fin de son intervention, Marlène Schiappa a embrayé sur une autre affaire, celle d’une jeune fille de onze ans tombée enceinte après avoir été violée par un homme de 22 ans. Ce dernier a été acquitté en novembre 2019 car « aucun des éléments constitutifs du viol, à savoir la menace, la violence, la contrainte ou la surprise, n’est établi », peut-on lire sur Le Parisien.

Quel rapport ? On ne sait. La seule chose de sûre, c’est que pour Marlène Schiappa, le président de la République et elle-même – l’exécutif, en somme – ont le « droit » d’intervenir dans l’affaire Sarah Halimi. La loi, c’est eux. Le reste, osef !

 

Loïc Le Clerc

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