Accueil | Par Loïc Le Clerc | 8 juin 2021

Pour Raphaël Enthoven, le front républicain, c’est voter Le Pen

Le philosophe s’amuse à justifier quel serait son choix si Jean-Luc Mélenchon devait affronter Marine Le Pen en 2022. Il choisit l’extrême droite.

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Raphaël Enthoven est à Twitter ce que Nietzsche est à la philosophie : pléthore. Mais hier, lundi 7 juin, c’était jour de fête pour le smartphone du premier. 25 tweets en 26 minutes pour tenter de faire un choix si, d’aventure, le second tour de la présidentielle de 2022 nous offrait un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

 

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« Est-ce vraiment une alternative ? », interroge-t-il. « Les deux sont d’accord sur l’Europe, l’OTAN, la Syrie, la Russie, la médiacratie, les retraites, les tchétchènes, les gilets jaunes, les dictateurs (Orban, Chavez, Poutine…). Mais ce n’est pas une raison pour esquiver l’alternative et la comparaison. Alors, Mélenchon ou Le Pen ? Qui est le pire du pire ? »

Premier point de comparaison : le complotisme. Marine Le Pen serait « tout en finesse », « vaccinée par les insanités de son père », « le complotisme de Marine Le Pen consiste à faire passer le soupçon pour du doute. Elle fait peser des accusations gratuites en disant "j’ai bien le droit de poser une question" ». Pour Mélenchon, « c’est une autre farine, qui dénonce indifféremment les grands laboratoires, Agnès Buzyn, les ennemis de Raoult, les "hordes communautaires" du CRIF et, récemment, les attentats ourdis et montés en épingle par le "système" ».

Il y a ensuite les prises de positions. Pour Mélenchon, la balance pèse lourd : il « a défilé avec des intégristes ou des gilets jaunes, désigné les policiers comme des "barbares", défendu la non-mixité… La somme des renoncements de l’amer opportuniste est incalculable.  » L’art de tout mettre dans le même sac. Et pour la présidente du Rassemblement national ? Elle « n’a pas changé d’un iota. Elle est toujours parfaitement incompétente, hésitante, indécise et vindicative. Sa méconnaissance des dossiers n’a d’égale que la faiblesse de ses esquives. » Son problème n’est donc pas son positionnement idéologique, mais son caractère.

On l’a vu, Raphaël Enthoven distribue les mauvais points à sa guise. Et les bons aussi. Au crédit de Mélenchon, il « a été un tribun de la République, dont certains discours méritent d’entrer dans l’histoire. Marine Le Pen n’a jamais effleuré ce genre de grandeur. » Bon point aussitôt balayé d’un revers de tweet : « Que nous importe que Jean-Luc Mélenchon ait été républicain, puisqu’il ne l’est plus ? »

Vient alors le moment tant attendu, celui du choix. Choisir, c’est renoncer. Que va faire le philosophe ? « Manifestement, la différence ne peut se faire entre les deux impétrants que sur des hypothèses. 1) Où se trouve leur intérêt respectif ? 2) Que feraient-ils s’ils étaient élus ? »

Raphaël Enthoven continue : « Dans le climat de terreur que l’islamo-gauchisme fait régner à l’université, quand la gauche abjure chacune de ses valeurs au profit d’un clientélisme délétère, Marine Le Pen a doublement intérêt à faire de la surenchère républicaine. Avec leurs sottises, les islamo-gauchistes, les antiracistes-Gobineau et les féministes misandres offrent un boulevard au Rassemblement national, en lui permettant de masquer sa véritable vision du monde avec le cache-sexe d’une laïcité (objectivement) en danger. »

On sait le goût de Raphaël Enthoven pour la provocation et l’outrance gratuite. On est servi !

Quoi encore ? « De son côté, Mélenchon est un républicain historique dont l’intérêt consiste désormais à flatter l’électorat des indigènes de la République, ce qu’il fait sans vergogne, en abjurant la totalité de ce qu’il défendait auparavant. »

On aimerait connaître le poids électoral de « l’électorat des indigènes de la République ». Pas de quoi faire basculer une présidentielle...

« S’il était élu, il y a fort à parier qu’à 71 ans, Mélenchon entamerait une carrière de dictateur et tenterait de modifier la constitution à son seul bénéfice en faisant passer ça pour une République populaire. S’il était élu, il y a fort à parier que la liberté académique serait définitivement sacrifiée à la pensée décoloniale, et que, des professeurs au ministre, l’islamo-gauchisme serait majoritaire à l’université (s’il ne l’est déjà). »

Quand on vous parlait de provocation et outrance gratuite. Raphaël Enthoven ne ferait-il cette série de tweets que pour le buzz ?

Quid de Marine Le Pen ? « Si elle était élue, Marine Le Pen nommerait probablement un des généraux séditieux à la défense, Didier Raoult à la santé, fermerait les frontières et mettrait le chaos en Europe », elle « tenterait peut-être, par référendum, de toucher à la Constitution, de manière à pouvoir enfermer les gens sur le fond d’un soupçon, et en amont de tout crime. La France deviendrait une dictature. Mais je ne crois pas que ça passe. »

«  Mais je ne crois pas que ça passe. » Intéressante nuance, n’est-ce pas ?

« Alors, la Peste ou la Peste ? Le brun ou le rouge-brun ? »

Quel suspense !

« Je peux encore changer d’avis, mais je crois que, s’il fallait choisir entre les deux, et si le vote blanc n’était pas une option, j’irais à 19h59 voter pour Marine Le Pen en me disant, sans y croire, "Plutôt Trump que Chavez." »

Les dés sont finalement jetés. Raphaël Enthoven conclut son thread en le qualifiant de « suicide en ligne », car il est fort à parier que, depuis, ses tweets sont commentés, sa personne injuriée. C’est ainsi que cela se passe dans le monde merveilleux des réseaux sociaux.

S’en suit un bref mais non moins pertinent échange avec Éric Coquerel :

— D’autres ont pensé « plutôt Hitler que le Front Populaire » et on sait ce qu’il en est advenu. Chacun son camp et ses responsabilités.

— Vous avez tous le même élément de langage ?

— Vu que vous répétez la même histoire que ceux qui ont fait ce choix a la fin des années 30, ça nous vient assez spontanément à vrai dire.

Raphaël Enthoven aime le clash, le buzz, la lumière sur sa peau bronzée. Mais derrière sa naïveté feinte, il joue avec le feu. Cela fait des années qu’il ressasse l’idée selon laquelle la victoire de Marine Le Pen à une élection présidentielle sera du fait de la gauche. En mai dernier, il expliquait sur France 5 que « le jeu de l’extrême droite est aujourd’hui porté par une certaine gauche qui a décidé de ne pas voter Macron en 2022, qui passe son temps à se donner des raisons de ne pas se lever entre les deux tours, qui joue un rôle dangereux et délétère. » Veut-il prouver qu’il a raison en présentant un raisonnement similaire ? Est-ce une leçon politique par l’absurde ? Si tous les chats sont mortels, que Socrate est mortel, Socrate est-il un chat ?

Tout ça parce que toute la gauche n’est pas convertie au vallsisme – même si beaucoup s’y mettent (lisez donc ça, ça ou encore ça) –, parce que tout le monde à gauche ne manipule pas les valeurs que sont la laïcité ou l’universalisme à des fins particulières, parce qu’une partie de la gauche se refuse de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Lui aime se croire au-dessus de la mêlée. Lui, entre deux choix qui le dégoûtent, il choisit. Dans la balance, en réalité, il n’est qu’une seule chose qui fait tout basculer en faveur de l’extrême droite : la gauche est raciste. Voilà où nous en sommes.

 

Loïc Le Clerc

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    tYlyMfLbvaoiWTE Le 10 juin à 02:37
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