Accueil | Tribune par Collectif | 15 novembre 2018

Pour une confrontation fraternelle mais claire

A une semaine du congrès de leur parti, 50 communistes appellent à un débat sans non-dits, ni tabou.

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En France, comme partout dans le monde, parallèlement à la montée des Trump, Salvini, Poutine, Bolsonaro… et des idées de repli, s’exprime une soif d’émancipation : des marches pour le climat à la révolte des femmes, du succès de Jeremy Corbyn à la résistance Kurde, de l’engouement pour l’économie sociale et solidaire à l’éclosion de nouvelles formes de mobilisations. La violence des 1% les plus riches contre 99% de la population mondiale aiguise aussi les contradictions. Ce faisant, elles rendent un autre monde possible.

 

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Si la gauche politique, engluée dans ses divisions et ses logiques partisanes, est en capilotade, le peuple de gauche, lui est bien vivant. Il aime la solidarité, la laïcité ou encore les services publics et les syndicats. Il vibre pour la liberté et pour la planète. Il s’insurge contre les injustices, le racisme et la pauvreté. Il est convaincu qu’une politique vraiment de gauche est possible [1]. Pour les électrices·eurs de gauche, l’heure n’est pas de savoir si le social prédomine sur l’écologique, si la liberté passe après l’égalité. Les enjeux sont interdépendants. Les périls ont une source commune : le capitalisme.

Entre les valeurs de ce peuple de gauche et celles des communistes, les convergences sont nombreuses. Pourtant, force est de le constater : ça ne marche plus. Malgré tous nos efforts, quand nous pensons communisme nous pensons émancipation humaine, mais le grand public pense stalinisme ou au contraire utopie irréaliste.

Qui dit mauvais diagnostic, dit mauvais traitement

Les raisons de la perte d’influence communiste sont bien plus lourdes qu’une simple affaire de "renoncement d’une direction communiste", de "propositions communistes mal défendues" ou de "volonté". D’ailleurs, si c’était le cas, ce constat ne toucherait pas les partis communistes partout sur la planète. Regarder l’arbre, quand la solution est dans la forêt est préjudiciable pour l’avenir. À défaut de regarder les obstacles en face, nous pourrions nous enfermer dans la marginalité.

Surmonter la crise du communisme, et de l’affaiblissement du PCF en présentant des candidat-es à toutes les élections ? En particulier, la présidentielle. Depuis la secousse de 1981, tous nos candidats à l’élection présidentielle, à l’exception de celle de 1995, ont enregistré une baisse sensible de notre aura (21,2% en 1969, 15,35% en 1981, 6,8% en 1988, 3,37% en 2002, 1,93% en 2008). Quelle que soit la stratégie : union de la gauche, rassemblement populaire majoritaire, espaces citoyens, gauche plurielle, collectifs antilibéraux, Front de Gauche…, la courbe parle d’elle-même. Aucun-e communiste ne souhaite "l’effacement" de son parti. Prendre la juste mesure des choses est la meilleure arme pour retourner la situation.

Nous avons un sérieux problème d’émetteur ! Et ce n’est certainement pas, comme le propose l’actuelle base commune, en redevenant - 43 ans après le 22e congrès – "l’avant-garde des luttes et des idées, et jouer le rôle d’éclaireur qui devrait être le nôtre".

Ce monde est marqué par de multiples révolutions : urbaine, écologique, numérique, territoriale et celle des arts, savoirs et connaissance, dans une économie globalisée. Écrire notre projet, sans voir combien ces révolutions modifient radicalement les rapports sociaux comme les imaginaires, mais aussi les pratiques politiques et donc les partis, est une impasse. Finie, la structure verticale de la société ; place au travail en réseaux et aux échanges. L’actuelle base commune est trop loin du mouvement de la société, et des bouleversements qui la traversent. Ainsi, elle occulte autant les quartiers populaires et les évolutions des catégories populaires que les mutations du travail. La classe ouvrière comme les fonctionnaires auraient ainsi disparu de la photo du Parti communiste.

Franchement démocratique

Et si, finalement, la principale autocritique était au contraire, de ne pas avoir été au bout de la recherche d’un nouveau corpus avec la démocratie comme fin et comme chemin ; avec comme objectif de permettre aux individus de maitriser leur vie, leur travail et les leviers de décision.

La vérité, est qu’il faut dessiner, avec le peuple, le nouveau visage de la France, du monde que nous souhaitons léguer à nos enfants. Un monde de paix dans lequel la pauvreté sera éradiquée ; un monde où se nourrir ne rimera pas avec risque de mourir ; un monde où l’on pourra produire et se déplacer sans mettre en péril les abeilles et les coquelicots ; un monde ou le travail sera synonyme d’émancipation et non d’exploitation ; un monde où on ne parlera plus de migrants parce que l’on aura le droit d’habiter où on veut sur la planète ; un monde ou les plus pauvres n’auront plus à fuir les guerres, la famine ou les inondations, quand d’autres se gavent à n’en plus finir car les inégalités auront été éradiquées. Un monde de liberté.

Gratuité, salaire à vie, droits de vote des résidents étrangers, droit imprescriptible de tout être humain à s’installer hors des frontières de son pays, sécurité sociale intégrale, alter-GAFA, énergies renouvelables plutôt qu’énergies carbonées ou nucléaires, respect des animaux, démocratie culturelle, nouveaux services publics : voilà les facettes de notre nouvelle carte de visite.

Plutôt que de jouer les annonceurs de mauvaises nouvelles, nous devons écrire, en dialogue avec la société, Les Jours Heureux, tome 2, le manifeste de celles et ceux que la révolte et la soif d’humanité font aimer la vie. Voilà qui serait un très beau cadeau pour le centième anniversaire de notre parti en 2020.

Les élections européennes peuvent être l’occasion pour ce peuple de gauche d’affirmer fièrement ses valeurs. Une myriade de listes de gauche laisserait au président des riches le leadership de l’opposition à la peste brune. Quel piège, quel danger ! Bien sûr il y a de vraies différences. Mais sont-elles si sérieuses qu’elles ne permettent pas d’envisager de les surmonter. L’unité des forces antilibérales - politiques, syndicales, associatives, citoyennes, intellectuelles - est la condition de l’espoir. Faire du commun pour faire front est un combat historique des communistes. Ne le lâchons pas, en conditionnant la liste de rassemblement à ce qu’elle soit "initiée et conduite par le PCF" comme le propose l’actuelle base commune.

Nous sommes désormais à une semaine de notre congrès. Celle qui va déterminer l’orientation de notre parti pour les trois années à venir. Être à la hauteur des grandes questions qui taraudent notre société, suppose que les communistes, majoritairement attaché·es à un Parti communiste capable de créativité politique, s’engagent afin d’atteindre l’objectif que nous nous étions fixé : faire un 38e congrès extraordinaire qui ouvre des jours meilleurs.

Camarades, prenez place dans le débat pour ouvrir le chemin de la réinvention du Parti communiste si indispensable pour l’avenir du communisme.

Premiers signataires :
Sylvie Altman, maire de Villeneuve-Saint-Georges
Laurence Bernier, maire de Frasne
Gilles Leproust, maire d’Allonnes
Marjolaine Rauze, maire de Morsang-sur-Orge
Marie-Pierre Vieu, députée européenne
Evelyne Rabardel, 1ère vice-présidente du Conseil départemental du Val-de-Marne
Françoise Fiter, vice-présidente du Conseil départemental Pyrénées orientales, membre du conseil national
Nicolas Garcia, vice-président du Conseil départemental Pyrénées orientales et secrétaire fédéral
Vanessa Ghiati, conseillère régionale d’Ile-de-France
Michel Lepretre, président du territoire Grand Orly Seine Bievre
David Proult, adjoint au maire de Saint-Denis
Jean-Marc Coppola, cheminot, conseiller municipal à Marseille, membre du conseil national
Fanny Gaillane, conseillère de Paris
Josselin Aubry, adjoint au maire de Fresnes, responsable Vie du parti 94
Daniel Davisse, maire honoraire de Choisy-le-Roi
Marc Brynhole, membre du comité exécutif national
Frederick Genevée, membre du comité exécutif national
Fabienne Haloui, membre du comité exécutif national
Alain Hayot, membre du comité exécutif national
Isabelle Lorand, membre du comité exécutif national
Martine Gayrault, membre du conseil national
Bob Injey, directeur de publication, membre du conseil national
Cécile Hubert, féministe, membre du conseil national
Yann Lelann, président d’Espace Marx, membre du conseil national
Katy Philippe, secrétaire départementale du Tarn et Garonne
Bernard Mascarelli, co-secrétaire fédéral Hautes-Alpes
Dominique Tripet, féministe, membre du conseil national
Franck Mouly, membre du conseil national
Adrien Bortot, secrétaire de section Paris 19ème
Marc Legendre, responsable section de Fontenay-sous-Bois 94
Nicole Borvo Cohen-Seat, ancienne sénatrice communiste
Serge Hulot, ancien secrétaire général de l’ANECR
Pierre Villard, militant pacifiste (Hautes-Alpes)
Joëlle Greder, ancienne présidente du conseil national du PCF
Jean-Claude Lefort, député honoraire
Ernestine Ronai, féministe
Eliane Hulot, conseillère générale honoraire du Val-de-Marne
Christian Foiret, membre du réseau école
Marie-Christine Charansonnet, médecin
Sylvie Mayer, animatrice du réseau Economie sociale et solidaire, députée européenne honoraire
Alexis Charansonnet, universitaire
Henriette Zoughebi, conseillère régionale honoraire de la région Ile-de-France
Patrick Coulon, journaliste
André Greder, Conseil départemental du Tarn-et-Garonne
Monique Étienne, Altermondialiste
Antoine Guardabascio, ancien secrétaire départemental des Hautes-Alpes
Olivier Mayer, journaliste
Alain Raynal, journaliste
Alain Vermeersch, documentaliste
Serge Cao, enseignant-DRH en retraite
Claude Crine, militant associatif du logement pour tous

Notes

[1Baromètre réalisé par l’Ifop en partenariat avec l’Huma (14 septembre 2018)

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Vos réactions

  • Bonjour , sur le projet et les motivations , je souscris même si le point de vue sur l’UE est absente du propos . Cela dit quelle différence avec le programme de l’AVENIR EN COMMUN sur les thèmes évoqués où nombreux communistes sont venus apporter leur aide et savoir et continuent à le faire ? 7 millions de personnes ce n’est pas partir de rien ....Je vous accorde que la personnalité de JLMélenchon peut faire débat ( Liem par exemple a quitté la FI ce que je regrette et par ailleurs je ne comprends pas la raison pour laquelle il saborde ce mouvement ...-à moins qu’il ne cherche à jouer une autre partition )mais pour autant ce n’est pas la personne de JLM qui importe mais ce que le programme l’avenir en commun, élaboré aussi par les citoyens a de prometteur .
    Rien n’empêche à vous lire à rejoindre le mouvement et contribuer à l’affinement de ce programme sans pour autant perdre votre identité ...Des coups de gueule il y en aura toujours et c’est plutôt sain mais pour autant il convient de laisser de côté ,pour Tous : les EGO qui n’ont pas leur place si nous souhaitons bâtir une alternative politique.

    jaime Le 15 novembre à 13:04
       
    • Et bien je crois très sain qu’il y ait débat au sein de cette formation politique pour retrouver une cohérence semble t’il perdue... ça permettra au PCF et à ceux qui s’y reconnaissent de se positionner clairement et toutes les forces humanistes et écologistes ne pourront que s’en réjouir ! Après tout, plus ces idées-là s’affirment, plus l’espoir qu’un autre avenir que celui promis d’une précarité accrue gagnera les consciences !

      carlos Le 15 novembre à 15:09
  •  
  • Bonjour

    Concrètement cette alliance avec Hollande vous la faites aux européennes ou vous attendez les municipales ?

    Cyrano78 Le 15 novembre à 22:50
       
    • jean luc Mélenchon était lui concrètement directeur de campagne du OUI du référendum de MAASTRICH concrètement et sénateur socialiste pendant nombres d’année concrètement oui oui

      ouvrierpcf Le 20 novembre à 12:01
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  • cher(e)s camarades,
    nous sommes dans le congrès depuis plusieurs mois et plus particulièrement ces dernières semaines avec la plupart des congrès départementaux. Je me demande pour qui vous prenez les milliers de communistes pour leurs envoyer ce genre de message, voire même d’espèce d’injonction. Appel de ci, appel de ça...on pourrait penser que certain(e)s seraient plus important(e)s que d’autres...ça fini par être pénible pour ne pas dire plus. Peut être qu’il y a quelque chose que je n’ai pas compris mais c’est ce que je ressens !

    Bagnarol Pascal Le 15 novembre à 23:31
  •  
  • Salut Pascal, comme beaucoup d’autres l’ont fait, notamment en transformant un texte alternatif en pétition revendiquée, nous donnons notre avis dans le congrès. Est-ce un crime ? Je n’en suis pas sure. En revanche, je ne te le cache pas, deux choses me sidèrent. Premièrement, c’est la violence de trop nombreuses réactions si effrayantes que l’on ose même pas y répondre. Deuxièmement c’est l’argument selon lequel, il n’y aurait pas lieu de donner un avis avant un congrès, qui chacun le sait, est souverain. Bien amicalement,

    Isabelle lorand Le 16 novembre à 06:51
       
    • isabelle découvre que faire de la politique c’est affronter la violence ...des réactions de mail ou de propos Au fait en tant que membre du CN quelle fut son attitude ses propos ses commentaires qu’apporta telle aux débats aux idées ? il lui faut maintenant une autre tribune ? ce n’est pas un avis qu’il faut donner maintenant c’est se positionner oui je reste au PCF oui je veux faire partie du nouvel exécutif non je ne veux pas

      ouvrierpcf Le 20 novembre à 12:21
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  • Tout pendant que la France Insoumise a renoncé à tout "avant-gardisme" (certes au prix de quelques ambiguïtés nouvelles)..., un recentrage "identitaire" du PCF aurait quelque chose de pathétique.
    Il ne fera qu’ajouter une "période" (terminale ?) de plus à une stratégie suicidaire, dite "en zig-zags", qui vient de loin...

    Aubert Sikirdji Le 16 novembre à 09:03
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  • Bonjour,
    J’ai 56 ans, j’ai été membre du PC à de nombreuses reprises depuis mes 20 ans. Je n’y suis plus depuis qq années car je ne m’y retrouve plus.
    Je continue à m’y intéresser malgré tout.
    Ce que je constate, c’est le bordel général qui y existe dorénavant et qui y prédomine.
    Cet énième appel que je viens de lire ne fait que reprendre nombre de choses, d’arguments, de constats, qu’on peut lire ailleurs.
    Mais, actuellement, ce n’est que guerres de chapelles.
    On parle union, rassemblement, unité, discussions, mais c’est tout le contraire qui s’y passe. Plus un mot est employé, plus il est galvaudé, moins il est mis en œuvre.
    Je suis allé à fête de l’humanité : incroyable le nombre de discours différents sur : ce que devrait être le PC, sur le rassemblement, avec qui, comment, le concept de communisme, quoi faire et comment pour être écouté et se faire entendre.
    Ce n’est plus un Parti, c’est une multitude de groupuscules qui se donnent pour nom ’’ communistes’’
    et se targuent d’ être Pcf.
    Le communisme à la française, au moins sur le plan organisationnel, est mal barré... pour ne pas dire plus, car en politique, il ne faut jamais insulter l’avenir en affirmant d’avance ce qu’il en sera.
    Mais alors, quand je vous lis tous et toutes, c’est pas demain la veille qu’il va remonter la pente.
    Marc (Montrouge-92)

    Marc Le 17 novembre à 23:54
       
    • par contre tout est calir à LREM ? oui non ? au PS oui non ? au FN enfin RN oui non ? à LR oui non ??

      ouvrierpcf Le 20 novembre à 12:10
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  • Nous avons un sérieux problème d’émetteur !

    Marc décrit une ambiance d’entropie, chacun y allant de son point de vue... Ajoutant que... : « Le communisme à la française, au moins sur le plan organisationnel, est mal barré... »

    Et si, finalement, la principale autocritique était (...) de ne pas avoir été au bout de la recherche d’un nouveau corpus avec la démocratie comme fin et comme chemin ?

    Très bonne question !

    Mais il faut être plus précis. Suffit-il de se dire « pas comme les autres » ? Un parti original ? Et si, de longue date, le PCF n’avait su se définir et s’identifier qu’en creux ? Par la négative ? Ça remonte à l’ère Marchais, où, à y regarder de près, « le refus de tout modèle » ne pouvait certes pas constituer en soi un programme ni un nouveau corpus théorique conséquent !... Ni une garantie de ne pas tomber dans des fautes politiques « opposées », selon les moments, à son corps défendant !...

    Deuxièmement, la relative « normalisation » démocratique intervenant avec le passage de relais de Georges Marchais à Robert Hue en 1994, avec l’abandon du centralisme démocratique, ne peut faire oublier la question du « timing » !!!!!... Il ne suffit pas d’avoir « tourné la page du 20ème siècle », comme on se débarrasse de valises de plomb, sans aucune autocritique sérieuse sur la question de savoir comment et pourquoi il aura fallu attendre la fin de ce siècle pour que ce Parti accorde de fait la réelle liberté de conscience à ses membres !!!... Avec les immenses auto-gâchis que cela aura occasionnés !...

    De combien les effectifs de ce Parti ont-ils diminué depuis les meilleurs temps des années 70 ? N’est-ce pas des 9/10 èmes ? À quoi rime un parti dit communiste, qui a cessé d’avoir une vocation de masse ?

    Aubert Sikirdji Le 24 novembre à 00:53
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