Accueil | Par Pablo Vivien-Pillaud | 4 janvier 2021

Que vont devenir les squatteurs du Petit Cambodge ?

Le collectif solidaire des « révoltés de la place Sainte-Marthe » qui occupait illégalement un local du restaurant Le Petit Cambodge, inoccupé depuis cinq ans, devra être expulsé. Décision prise aujourd’hui par le tribunal administratif de Paris qui avait été saisi par la majorité municipale, malgré le soutien des écologistes.

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Crises à répétions à la Mairie de Paris entre Europe Écologie-Les Verts et le reste de la majorité municipale. Depuis l’élection le 28 juin dernier, trois conflits importants ont marqué durement les rapports entre la maire de Paris, Anne Hidalgo, et la composante écologiste de sa majorité : affaire de l’adjoint à la culture Christophe Girard, insinuations de la part d’Anne Hidalgo de flou autour de l’attachement républicain à l’encontre d’EELV, recadrage – que beaucoup ont vu comme un soutien à Didier Lallement – après la demande de démission du préfet par les communistes et les écologistes membres de sa majorité.

Et depuis mi-décembre : le squat d’un des locaux du restaurant du Petit Cambodge depuis le 14 novembre 2020 dont la justice vient d’ordonner l’expulsion immédiate « avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin, et sous astreinte de 150 euros par jour. »

 

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Les locaux étant vides depuis cinq ans, un collectif de personnes et d’associations se définissant comme « les révoltés de la place Sainte-Marthe » ont décidé d’y créer L’Arche, « un espace auto-géré » où l’on « oeuvre pour une écologie radicale avec Youth for Climate Paris, une écologie décoloniale avec Golden Jijy, un féminisme décolonial avec Décolonisons le féminisme, de la solidarité-entraide-création artistique avec ParisVibesRepasMusiqueSolidaire, des repas solidaires avec les mamans de l’association Dena’ba et une autonomie que racisé.e. » Seulement, cela correspond aussi au moment où le locataire du local, le restaurant Le Petit Cambodge, a décidé d’y commencer des travaux pour ouvrir un nouveau lieu à la fin du confinement. S’engage donc une bataille juridique… et politique.

Des visions de la politique, du pouvoir et du militantisme qui divergent

Le local investi par les squatteurs appartient à un bailleur social : Elogie-SIEMP, une société d’économie mixte de la ville de Paris dont la présidente est Danièle Premel, une adjointe communiste au Maire du XVIIIème arrondissement. Les composantes communiste et socialiste de la majorité parisienne se positionnent contre le squat, demandant que les « révoltés » quittent les lieux dans les plus brefs délais. Pour argument d’autorité, Olivia Polski, adjointe PS à la maire de Paris en charge des petits commerces, a d’abord rappelé que le Petit Cambodge était « l’âme de Paris, touchée par les attentats [de 2015, NDLR] », ce que personne ne semble vouloir contester, même si l’argument semble insuffisant pour les membres du collectifs et ses soutiens.

Pour rappel, l’établissement squatté est situé place Sainte-Marthe et n’est pas le même que celui qui a été ciblé lors des attentats, rue Alibert. Dans un post sur Facebook, Ian Brossat, l’adjoint PCF en charge du logement, nuance ainsi : il serait particulièrement « mal choisi de s’attaquer à une entreprise qui a été la cible des attentats de 2015. » C’est donc l’entité entreprise qui porte la charge émotionnelle de l’attentat et non plus le lieu. Malgré la rareté et le coût du foncier parisien, l’inoccupation des locaux pendant cinq ans ne semble pas émouvoir, ni interroger, la municipalité.

Mais l’intelligence de la démonstration des communistes et des socialistes parisiens a principalement résidé dans la réponse quant à la problématique de la gentrification. C’était là l’un des objectifs affichés du squat : faire cohabiter et converger des luttes pour lutter contre la gentrification. Or il s’avère que c’est aussi l’un des objectifs affichés de l’exécutif parisien et notamment de l’un des chevaux de bataille principaux de l’adjoint au logement, communiste, Ian Brossat. Ce dernier a donc saisi la balle au bond : oui, il souhaite améliorer « la qualité de vie » de certains quartiers, en installant « des équipements nouveaux, une voirie rénovée, des espaces verts » et donc de gentrifier, c’est-à-dire de « rendre le quartier plus attractif et donc plus cher ». Mais à cela, il a une solution : « Produire massivement du logement social ». Il pointe, sans les nommer, du doigt les écologistes de la majorité parisienne, qui s’oppose à la densification de Paris et donc à la création de nouveaux logements sociaux….

La solution du relogement du squat et des questions en suspens

Les écologistes justement, par la voix de Guillaume Durand notamment, secrétaire régional adjoint de d’EELV Île-de-France et adjoint à la maire du XIVème arrondissement, ont plutôt pris fait et cause pour les squatteurs, accusant même le promoteur de « rénover, gentrifier et finalement se débrouiller pour qu’il y ait de moins en moins de luttes. » Outre un rapport, dans les faits, plus distant quant à la propriété privée que les communistes, ce que cette position d’EELV traduit, c’est un rapport différent au militantisme qui renvoie au sempiternel débat sur l’exercice du pouvoir. Chez EELV Paris, on met en avant la soumission institutionnelle et le putatif futur deal entre les communistes et les socialistes pour les régionales. Et on met surtout en avant le dialogue nécessaire avec les militants.

Aujourd’hui, la justice demande l’intervention de la police : reste à savoir si les communistes et les socialistes appuieront cette potentielle intervention des forces de l’ordre. Et si tel devait être le cas, si la municipalité s’engagera à reloger le collectif, comme elle le fait depuis 2001 avec Bertrand Delanoë, à l’instar du 59Rivoli, en proposant aux collectifs des occupations temporaires des locaux vacants appartenant à la ville de Paris. Parce que la grande interrogation qui réside dans cette affaire de squat du Petit Cambodge et à laquelle ne répond pas la Ville de Paris, c’est : comment la mairie peut-elle assumer, dans un contexte tendu, de laisser des locaux inoccupés pendant cinq ans quand la demande y est aussi forte ?

 

Pablo Pillaud-Vivien

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