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Accueil | Par Loïc Le Clerc | 8 janvier 2019

Référendum : ne prenons pas les gilets jaunes pour ce qu’ils ne sont pas

Depuis des semaines, les gilets jaunes ne demandent presque qu’une chose : le référendum d’initiative citoyenne. Une revendication politique que la droite tente de décrédibiliser, pendant que la gauche multiplie les "maladresses" pour le défendre.

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Au-delà de la question du "pouvoir d’achat", les gilets jaunes ont fait émerger une proposition forte intéressante : le référendum d’initiative citoyenne, alias le RIC. Une lucidité impressionnante, comme nous l’écrivions ici même, car la crise économique et sociale ne trouvera pas d’issue sans que soit réglée la crise démocratique et institutionnelle.

 

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Les gilets jaunes veulent voter – et non pas désigner des représentants – afin de reprendre en main leur destin politique. Il n’en fallait pas plus pour que ceux-là même qui se pensent "représentants de la Nation" agitent leurs drapeaux d’indignation. Attention, les gueux sont dangereux !

« Je ne veux pas que demain on puisse se réveiller avec la peine de mort dans notre pays car on aura eu un référendum d’initiative citoyenne. »

Voilà le genre de déclarations – ci-dessus celle du délégué général de LREM Stanislas Guérini – que les gilets jaunes ne supportent plus. Parlez de démocratie et ils envisageront toujours le pire.

Alors il faut rabâcher : non, les gilets jaunes ne veulent pas voter pour ou contre la peine de mort, ils veulent la justice sociale. Non, le référendum révocatoire n’est pas un outil du chavisme, il est aussi en application dans plusieurs Etats des Etats-Unis. Non, la Suisse n’est pas en proie à la dictature du peuple. Etc., etc.

Et si jamais ils évoquent le Brexit pour appuyer leur argumentaire, parlez leur donc du référendum irlandais sur l’avortement, qui avait entraîné un raz de marée en faveur du "oui".

La droite truste les gilets jaunes

Le pic de malhonnêteté a été atteint le 5 janvier. Depuis le 15 décembre 2018, le Conseil économique social et environnemental (CESE) a mis en ligne une "consultation nationale" ouverte à tous, « avec ou sans gilet jaune », afin que les internautes puissent indiquer leurs doléances en vue de l’Historique Grand Débat.

Surprise ! La première revendication fut la suivante : abroger le mariage pour tous. Derrière tout ça, aucun doute que le collectif "Manif pour tous" rôde. Le CESE semble en être bien conscient, d’ailleurs Frigide Barjot elle-même le reconnaîtra auprès de nos confrères d’Arrêt sur Images. Bref, la cathosphère a encore démontré sa puissance virtuelle.

Vous pourrez tout de même lire ici ou que l’abrogation de la loi Taubira est la première demande des gilets jaunes. #Déontologie

La gauche la plus bête du monde

Les gilets jaunes, eux, veulent le RIC et la droite (toujours bien épaulée par l’extrême droite) tente ostensiblement soit de décrédibiliser cette proposition, soit de la récupérer crassement. Au point parfois de réussir à faire passer ses propres revendications pour celles des gilets jaunes, nous l’avons vu.

Faites que la gauche ne tombe pas dans le piège, faites que la gauche… Et merde !

Ce mardi 8 janvier, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin. Voici leur échange :

Roussel : « Il doit être possible que nos concitoyens puissent demander un référendum sur un sujet. Mais pourquoi pas ? »

Bourdin : « Sur le Mariage pour tous, par exemple ? »

Roussel : « Mais pourquoi pas, sur tous les sujets, n’ayons pas peur ! »

Bourdin : « Sur tous les sujets ? La peine de mort ? »

Roussel : « Je sais bien que, quand le peuple n’est pas bien, on a envie de le changer. N’ayons pas peur de débattre. »

Bourdin : « Donc sur la peine de mort, vous seriez capable d’accepter un référendum ? »

Roussel : « Mais bien sûr, si les Français le veulent ! »

Mais bien sûr, quelle idée géniale ! Ce n’est pas comme si François Hollande avait fait durer ce débat une éternité en 2012 et 2013. Ce n’est pas comme si, pendant tout ce temps, les homosexuels avaient été insultés, jusque dans l’hémicycle, ou agressés dans les rues. Allons-y !

Visiblement, le patron des communistes a bien senti qu’il avait dit une bêtise, car quelques minutes plus tard, il tweete :

« Je précise. Le RIC doit permettre de gagner des droits nouveaux, pas de mettre en cause des droits fondamentaux. Les droits et libertés ne sont pas négociables. Nous saurons les défendre ! Qu’il s’agisse de l’abolition de la peine de mort, du mariage pour tous, des droits des femmes et de tous les acquis sociaux qui sont si souvent attaqués. »

 

Ne dit-on pas que seul le prononcé fait foi ?

Du côté de La France insoumise ça n’est pas mieux. Le 18 décembre dernier, Alexis Corbière n’estimait-il pas sur LCP qu’il fallait « aborder toutes les questions […] sans les encadrer » ? Et le député LFI de développer, au sujet du mariage pour tous :

« On peut en discuter, pourquoi on n’en discuterait pas ? De toute manière, si on ne règle pas pacifiquement ces questions-là, toute une série de questions reviendront sous une forme beaucoup plus brutale et même en remettant potentiellement en cause la démocratie. […] Je suis assez confiant. Je pense que majoritairement dans le pays, le mariage pour tous est accepté aujourd’hui. Certains veulent à nouveau en débattre, on pourrait relégitimer ça dans un référendum qui, à mon avis, majoritairement dirait : "ça ne pose pas de problème". »

 

À l’époque, Alexis Corbière aussi était revenu sur ses propos, expliquant qu’il n’a « JAMAIS demandé que ce débat soit réouvert ».

### Interlude technique ###

Il serait assez intéressant d’observer les différentes réactions des insoumis et des communistes avant et après les "rectifications" de ces deux cadres de gauche. Mais c’est d’une tristesse de mauvaise foi telle que nous n’en n’avons pas la force ici.

### Fin de l’interlude technique ###

Tout ça pour dire qu’on ne peut pas à la fois d’indigner de la désertion des citoyens dans les urnes et rejeter en bloc, par la caricature, l’exigence citoyenne d’une participation accrue aux décisions qui les concernent.

Les gilets jaunes veulent le RIC et ils ont pris le soin de détailler pour quoi faire et dans quelles conditions. Merci de ne pas les prendre pour des demeurés qui voudraient simplement revenir sur la peine de mort, l’avortement ou le mariage pour tous. Que ce soit pour les attaquer ou les défendre.

 

Loïc Le Clerc

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Vos réactions

  • Bonjour
    On pourrait poser la question autrement, a l’envers,,,,,,on voterait sur quoi ?, par exemple , citez quelques exemples de vote possible. Je reste encore très circonspect , particulièrement sur les modalités du vote qui reste imprécis : quorum, taux de participation maximal exigé. Pour moi, le référendum n’a de valeur que si déja un grand nombre d’électeurs se déplacent, sinon on retombe dans les calculs électoralistes, ou une minorité décide pour les autres.
    On a beau citer les USA, et la Suisse le référendum change t-il la vie des gens sur la crise, le chômage, l’évasion fiscal, les écarts de richesse, .....Sincèrement me faire voter sur le cannabis , très peu pour moi !.

    Bob Le 8 janvier à 14:33
       
    • Je pense que l’idée du RIC est à creuser car il s’agit d’un outil de démocratie directe très intéressant... Après tout, l’idée de ceux qui l’évoquent, c’est notamment que tout le monde puisse réfléchir à ses modalités d’applications !

      Soit entendu qu’il s’agit de permettre aux citoyens, dans le cadre justement de cette citoyenneté évoqué dans le nom même de ce projet (Référendum d’Initiative Citoyenne) et donc du respect des principes qui la fonde, à savoir le respect de la charte des droits de l’Homme et du citoyen (à laquelle la peine de mort, ou la stigmatisation d’une communauté fusse-t’elle celle des LGBTs, aura du mal à y trouver une place...), de questionner la totalité de nos concitoyens (idéalement à l’issue d’un long débat nationale réglementé permettant à chacun d’en saisir les enjeux) sur une initiative :
      ◾Législative ou Abrogative : adoption ou annulation de textes (lois, règlements…),
      ◾Constituante : modification de la Constitution,
      ◾Révocatoire : destitution d’un membre d’une institution

      SI on ne parle pas de la panacée pour régler tous les problèmes, il s’agit tout de même de laisser le dernier mot au Peuple, et donc à l’Intérêt Général... plutôt qu’à quelques intérêts privés...

      carlos Le 10 janvier à 11:11
  •  
  • "Ne prenons pas Gilets Jaunes pour ce qu’ils ne sont pas". D’accord avec vous. Mais cela est valable pour vous également. Quand vous affirmez aujourd’hui savoir ce sur quoi les GJ veulent majoritairement voter ou ne pas voter vous vous avancez un peu trop. Vous présupposez un niveau d’organisation, de coordination, d’élaboration programmatique collective à ma connaissance non atteint. Pour l’heure rien n’est fixé en la matière. Le débat semble porter sur la définition et les modalités de mise en œuvre du RIC. Dès lors on peut comprendre une certaine hésitation, voire maladresse de la part de responsables politiques entièrement respectueux d’un processus populaire consultatif démocratique très large sans contenus ni formes définitivement fixés. C’est pourquoi ils auraient mieux fait de ne pas s’exprimer. Pour ma part, je pense que les RIC ne représentent pas une panacée et que comme cela a été déjà dit ils peuvent être facilement détournés, manipulés, dénaturés. La réponse me semble résider dans une Constituante, dont le principe et les modalités doivent être inscrits dans un programme politique et validés par une élection législative. Mais il appartient au Peuple en lutte d’en décider car rien ne pourra se faire sans son adhésion, le débat et la réflexion sur le RIC pouvant déboucher , je l’espère, sur le besoin d’une nouvelle république préalable permettant les garanties démocratiques des RIC.

    Victor Le 8 janvier à 15:42
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  • Totalement disqualifié ,pour parler des ’Gilets jaunes’,par son idéologie immigrationniste et bobo,l’équipe de ce site ’Regards’,fait du rétropédalage mou.
    Pour Regards,les gilets jaunes ne sont que des français,des beaufs,non pro Mariage pour tous,sans le suplément d’âme,qui sied à leur narcissisme,à la recherche du sexy,des belles images de sauvetage en mer,alors que tout ça est bidonné .
    Au début de ce mouvement,impayable comme à son habitude,MP.Vieu,(sous marin de Martelli),dans le PCF,évoquait son incompréhension totale ,vis à vis des gilets jaunes.
    Ahurissante déclaration,outrancière,que Regards a vite supprimé de son site.Cesite se veut mouvementiste et s’occupe de sujets leurres comme:migrants affabulateurs et demandeurs d’entrer dans l’UE,Bureaucrates Catalans nationalistes etc..
    Mais ne nous trompons pas,le seul axe majeur de l’existence de Regards,est de dynamiter et de saboter de l’intérieur(grâce à Marie Pierre Vieu) le PCF.
    C’est la vocation de Martelli,son trip.
    Les rédacteurs de Regards,comme MP.Vieu, sont des bobos bureaucrates depuis et pour toujours,à l’esprit snob parisien,pour qui les gilets jaunes sont des sous problèmes,quasi répugnants.......

    Maurice Le 9 janvier à 04:59
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  • Monsieur Loic le Clerc est ce vous qui êtes venu sur le rond point de Villeneuve la Guyard ou j’ ai parlé du problème des déserts médicaux. Peut on trouver dans le dernier numéro de Regard ce qui a été ressenti et écrit par vous ou un autre journaliste de votre revue.
    Merci

    Yves mantelet Le 24 janvier à 23:34
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