Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 6 février 2021

Régionales 2021 : à gauche, des stratégies à géométrie variable

Les élections régionales doivent se tenir « au plus tard le 20 juin », si le Covid-19 le permet... D’ici là, faisons un petit état des lieux dans les régions clefs.

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À cette heure, personne ne sait si les élections régionales de juin prochain seront maintenues ou non. La majorité présidentielle avait envisagé un temps de les reporter à septembre, voire de les organiser après l’élection présidentielle de mai 2022. Face au tollé annoncé pour les candidats LREM aux élections régionales, la ficelle apparaît un peu grosse. Les stratégies politiques se dessinent petit à petit au grès des enjeux locaux. À gauche, seuls les écologistes affichent une ligne claire d’autonomie. Les autres mouvements de gauche adoptent des stratégies très différentes d’une région à l’autre.

 

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Hauts-de-France

Le 9 septembre 2020, tout semblait bien parti pour la gauche qui, en 2015, avait été contrainte de se retirer du second tour pour laisser la place à Xavier Bertrand – lequel avait gagné face à Marine Le Pen grâce aux voix de la gauche. Un collectif d’élus PS, EELV, PCF, Génération.s et quelques personnalités locales de la France insoumise avaient appelé à une union de la gauche et des écologistes dès le premier tour dans une tribune intitulée « Nous les Hauts-de-France » publiée dans le journal Libération. Depuis, chacun y va de son candidat. Ugo Bernalicis a été désigné par LFI. Fabien Roussel pour le PCF. Karima Delli pour les écologistes. Et enfin Patrick Kanner pour les socialistes. Sur le papier, la gauche éclatée semble incapable de reprendre la région à la droite. Mais selon nos informations, des discussions sont en cours entre LFI et le PCF. Les insoumis pourraient finalement soutenir la candidature de Roussel. Côté PS, on réfléchit à débrancher Kanner pour favoriser une dynamique d’union dès le premier tour, toujours derrière le communiste. Seuls les écologistes semblent désormais déterminés à jouer la carte de l’autonomie jusqu’au bout.

Occitanie

Dans la région de la socialiste Carole Delga, l’ancienne secrétaire d’État chargée du commerce, de l’artisanat, de la consommation et de l’économie sociale et solidaire a convaincu les communistes de faire liste commune. Les écologistes avec Antoine Maurice (soutenus par Génération.s) et les insoumis avec Manuel Bompard feront bande à part. Pas de quoi inquiéter l’actuelle présidente d’Occitanie qui atteint entre 20 et 25% des voix au premier tour selon les sondages et ce, malgré des estimations aussi très élevées pour le Rassemblement national. Les insoumis et les écologistes sont respectivement crédités de 8 à 9,5% pour les premiers et de 10% pour les seconds. Les fusions techniques du second tour entre les différentes listes de gauche et écologistes pourraient donner l’avantage à la sortante.

Île-de-France

La région de Valérie Pécresse va être observée de près. La gauche part à la reconquête de cette région perdue en 2015, en ordre dispersée. Trois têtes de liste d’envergure nationale se disputent le mandat, parmi lesquelles Audrey Pulvar (soutenue par les socialistes et le PRG), Julien Bayou (soutenu par EELV, Génération.s et plusieurs formations écologistes) et enfin Clémentine Autain (soutenue par la France insoumise et les communistes). Le dernier sondage Harris, commandé par EELV, estime Pulvar à 14%, quand Bayou serait à 15% et Autain à 9%. Le rassemblement du second tour, traditionnel à gauche, sera-t-il suffisant pour battre Valérie Pécresse (estimée à 30%) – sachant que Jordan Bardella pour le FN est crédité de 14% ? La décision du parti présidentiel de soutenir la candidate sortante ou de proposer un candidat, sera déterminante en cas de maintien ou non de cette liste au second tour. Le dernier sondage plaçait Jean-Michel Blanquer, hypothétique candidat En marche en Ile-de-France, à 16%. C’est le député Laurent Saint-Martin qui pourrait partir en campagne pour LREM. Une grosse épine dans le pied pour Pécresse si LREM devait se maintenir au second tour. Tout serait alors possible pour la gauche.

Auvergne – Rhône Alpes

Qui pour détrôner l’ancien patron des Républicains Laurent Wauquiez ? Pas facile si l’on en croit les sondages. Pour le moment, à gauche, rien ne semble totalement arrêté. Seuls les insoumis et les écologistes ont désigné leurs têtes de liste. Les socialistes cherchent eux aussi leur chef/fe de file mais Najat Vallaud-Belkacem semble assez convaincue de sa capacité à la fois de rassembler à gauche, notamment les communistes, et battre le sortant. Elle pourrait faire son grand retour en politique à cette occasion. Le dernier sondage IFOP donne jeu égal entre les écologistes et les socialistes (soutenus par les communistes) à 12% contre 7% pour LFI. En face, Wauquiez ferait 31% contre 20% pour le RN, représenté par l’ex-insoumis Andréa Kotarac. Le maintien ou non, au second tour, d’une liste LREM (créditée au premier tour de 13 à 14%) pourrait, comme en Île-de-France, s’avérer extrêmement déterminant.

Provence-Alpes-Côte-d’Azur

En 2015, comme dans les Hauts-de-France, la gauche s’est désistée pour ne pas prendre le risque de laisser la région aux mains de l’extrême droite. La gauche est donc absente depuis un mandat dans l’hémicycle régional. Reboostée par les résultats des municipales à Marseille et la victoire du printemps marseillais, la gauche réfléchit, discute, négocie. L’objectif serait de renouveler l’initiative marseillaise qui s’appuyait sur une démarche citoyenne, à l’échelle régionale – celle-là même qui avait porté la candidature de Michèle Rubirola. En janvier dernier, un appel à l’union de toute la gauche dès le premier tour des élections a été lancé : 200 personnalités issues du PS, de la France insoumise, d’EELV, du PCF et de la société civile ont ainsi appelé à une liste unique en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Work in progress

Bretagne

C’est la région du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian – socialiste convaincu par la macronie dont il est une pièce maîtresse. Ancien président de la région Bretagne, devenu ministre, il a cédé sa place à son petit protégé, Loïg Chesnais-Girard (PS) qui dirige aujourd’hui la très large majorité régionale composée de socialistes, de communistes, de régionalistes, de LREM, d’écologistes et de radicaux. Côté insoumis et écologistes, alors que des discussions étaient engagées, l’alliance a échoué. Les deux formations présenteront donc chacune une liste et les chefs de file ont d’ores et déjà été désignés. Côté PS, Loïg Chesnais-Girard plaide pour un rassemblement traditionnel à gauche, avec les communistes et les radicaux. Pas folle la guêpe, il ne fait pas bon s’afficher avec le parti présidentiel en période électorale. LREM pourrait tout de même désigner un candidat issu de l’actuelle majorité : il s’agirait de Thierry Burlot, vice-président en charge de l’environnement.

Pays de la Loire

Ce pourrait être l’une des régions qui basculerait aux prochaines élections régionales. Les Pays de la Loire, historiquement à droite depuis 1974 – excepté durant la période 2004-2015 sous la présidence du socialiste Jacques Auxiette –, est dirigée aujourd’hui par Christelle Morançais, bras droit de l’un de ses prédécesseurs et patron des Républicains au Sénat Bruno Retailleau. Basculement envisageable car ce sont les écologistes qui ont actuellement le vent en poupe dans la région : lancé en octobre dernier, un collectif regroupant EELV, Génération.s et Génération Ecologie fait de plus en plus d’émules. Il se laisse jusqu’au 15 mars prochain pour choisir leur tête de liste mais tout semble converger vers le proche de Nicolas Hulot et député du Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin. Ayant rendu sa carte à EELV en 2012, déçu par En Marche, il est aujourd’hui sans groupe à l’Assemblée nationale. Sa liste est créditée de 15% des voix selon un sondage OpinionWay. En face de lui, il pourrait avoir affaire à un autre (ancien) « écologiste » passé à En Marche (mais n’ayant pas – encore – quitté le mouvement pour la promesse d’une meilleure carrière ailleurs) en la personne de François de Rugy. Mais ce n’est pas tout : l’ancien ministre socialiste Guillaume Garot pourrait aussi jouer les trouble-fête même si les sondages ne plaident guère en sa faveur. La liste PS-PCF-PRG recueillerait 13% des voix selon le même sondage OpinionWay. Du côté de La France insoumise (créditée de 6%), le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel intitulé Faisons causes communes en Pays de la Loire afin de « se fédérer pour écarter la majorité régionale de droite sortante ». Le sondage OpinonWay a testé une liste de la gauche rassemblée qui obtiendrait 29% des voix contre 25% pour une liste LREM-AgirModem, 24% pour LR-UDI et 19% pour LR.

Nouvelle Aquitaine

Le socialiste sortant, Alain Rousset, a annoncé sa volonté de se représenter pour un second mandat. S’il a souhaité un temps conduire une liste avec LREM, il envisage aujourd’hui de proposer un rassemblement à gauche. Pas sûr que ses alliés le suivent – à l’instar des communistes ou de Peps. Les écologistes, sortis renforcés de l’élection municipale à Bordeaux avec la prise de la mairie par l’écologiste Pierre Hurmic, entendent bien jouer les troubles fêtes et arriver en tête du scrutin dès le premier tour. Du côté de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a misé sur le renouvellement en proposant la candidature de Clémence Guetté en tandem avec le député insoumis Loïc Prud’homme. Ces derniers travaillent un accord avec le NPA, comme ce fut le cas pour la mairie de Bordeaux. Un succès qui avait permis l’élection de Philippe Poutou à la mairie de Bordeaux. Les communistes, quant à eux, après avoir plaidé pour le rassemblement, poursuivent les discussions avec le reste de la gauche. Pour le moment, les derniers sondages donnent l’avantage à la gauche. Reste à savoir qui des écologistes ou du sortant arrivera en tête du premier tour.

 

Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien

Annexe :

Dans le dernier sondage OpinionWay analysant les résultats des élections régionales à l’échelle nationale, LFI recueillerait 7% des voix quand EELV obtiendrait 12%, faisant jeu égal avec le PS. LREM obtiendrait 18% contre 22% pour LR, 3% pour Debout La France et 22% pour le RN. Le PCF quant à lui n’est pas testé dans ce sondage.

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  • À gauche, les ressorts électoraux n’ayant pas de limite d’élasticité, l’art combinatoire dispose de possibilités infinies. La gauche modérée peut sans craindre s’allier avec l’extrême-gauche, tandis qu’à droite l’éventualité d’une alliance de la droite modérée avec l’extrême-droite est absolument exclu. Cet interdit est considéré comme indépassable. C’est pratique : il stérilise 30 % des voix à droite, ce qui donne l’accès à la majorité relative, suffisante pour gouverner, beaucoup plus aisé à gauche qu’à droite. L’épouvantail autrefois c’était le PCF. Mais la mémoire partagée a oublié ce que fut le régime communiste. Sélective, elle rend vierge à discrétion.

    Glycère BENOIT Le 7 février à 09:55
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  • " La majorité présidentielle avait envisagé un temps de les reporter à septembre, voire de les organiser après l’élection présidentielle de mai 2022. "
    Après les municipales, je pense que LREM ne peut pas se permettre encore des élections sans victoire même petite. Si LREM ne gagne AUCUNE région et vos pronostiques le disent, c’est trop mauvais pour Macron en vue des présidentielles. Donc le COVID va faire comme aujourd’hui des millions de morts !!(2° degré j’espère que vous l’avez compris !!)
    Et donc j’ai peine à croire a ces élections, perdues d’avance pour LREM !!!

    Une demi-victoire avec alliance avec LR-LREM comme en IdF serait suicidaire pour LR.

    Cyrano78 Le 7 février à 17:45
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