Illustration Fred Sochard
Accueil | Par Caroline Châtelet | 24 janvier 2019

Rosa Luxemburg, une nouvelle figure de la révolution

Rosa Luxemburg, grande figure du socialisme international, est assassinée par les Corps francs allemands le 15 janvier 1919, lors de l’écrasement de la révolution spartakiste. Officiellement, elle est enterrée le 25 janvier, en même temps que Karl Liebknecht. Mais son cercueil est vide : son cadavre a été jeté dans un canal... On retrouvera plus tard un corps, identifié comme le sien et solennellement enterré en juin.

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Figure essentielle des luttes révolutionnaires allemandes et du mouvement ouvrier dans son entier, cofondatrice de la Ligue spartakiste, Rosa Luxemburg meurt assassinée le 15 janvier 1919 et son corps, jeté dans un canal à Berlin, ne sera retrouvé que fin mai. Une femme, une mort violente et prématurée (elle n’a que quarante-sept ans), une vie amoureuse passionnée, un engagement sans failles, une production littéraire embrassant écrits théoriques et textes empreints de lyrisme : tout fait d’elle un personnage tragique, propice aux visions exaltées.

« Chez elle, tout comptait »

Rosa Liberté ; Rosa L. ; Rosa ; Rosa, la vie ; Rosa la rouge ; Le Club Rosa ; Rosa, seulement, etc. : ce qui saisit à la lecture de ces titres de spectacle est l’omniprésence du prénom. Serait-ce la prolongation inconsciente d’un sexisme bienveillant qui consiste à désigner une femme ainsi plutôt que par son patronyme ? Un usage qui adoucit l’autre, le rend plus proche, polarise sur sa vie amoureuse, mais atténue aussi sa crédibilité politique et de penseuse, comme le fait remarquer le réalisateur Marcel Bluwal, auteur d’un documentaire pour la télévision, resté célèbre, sur Rosa Luxemburg.

Mais à interroger certains artistes, l’intérêt pour Rosa Luxemburg se fonde sur une attention à une personnalité totale, qui a concilié engagement politique et sensibilité poétique. Conceptrice et interprète de Rosa, la vie, création autour des textes de prison, Anouk Grinberg explique : « Souvent, la compassion, le Bien, le sens de l’autre sont des idées abstraites, globales chez les révolutionnaires, les militants. C’est rare quand l’intelligence ne dresse pas un mur entre le grand et le petit, le dehors et le dedans, le politique et l’intime. Chez elle, tout comptait, du plus petit au plus grand. Son engagement n’avait pas deux langages, c’était une énergie qui touchait à tout. » Co-metteuse en scène de Rosa, la comédienne Nina Paloma-Polly explique qu’en « découvrant ses pensées politiques, on sent que son rapport à la nature est intimement relié à sa façon de concevoir le monde en société, de faire de la politique ».

« Deux femmes »

En sourdine ou de façon plus lisible, il est donc aussi question de politique : selon Filip Forgeau, metteur en scène et auteur de Rosa liberté, « c’est ce que cette voix – qu’on a tue – nous dit aujourd’hui, des nationalismes, de l’oppression, du capital, de la révolution et de la liberté, mais aussi de l’enfance, de l’amour, du rapport homme / femme… » qui est intéressant. Pour Alexandra Lazarescou, la vision politique de Rosa Luxemburg peut alimenter des luttes contemporaines. Ainsi, l’autrice développe dans Nous, les Rosas, une épopée contemporaine qui relie la figure de Rosa Luxemburg et notamment la « joie » dont elle parle dans ses lettres de prison, aux questions actuelles de la souffrance au travail et de la place des femmes dans le monde de l’entreprise.

Dans un article sur le livre Rosa Luxemburg, ombre et lumière de Claudie Weill, la sociologue Christine Delphy expliquait que Rosa Luxemburg serait « deux femmes » : l’une dont on peut étudier la pensée, les écrits et les actions ; l’autre qui, par l’usage qui est fait de son symbole, nous éclaire sur « l’univers mental de [ses héritiers] mais aussi de ses adversaires ». Dans leur diversité, ces projets théâtraux disent alors peut-être un rapport particulier au politique. « Parce qu’on a perdu l’habitude de croire en une sincérité politique, et que cette perte nous brise la colonne vertébrale », avance Anouk Grinberg. « Ça nous permet d’envisager la politique autrement que comme un métier réservé à une élite et dont il faudrait connaitre la complexité des rouages », souligne Nina Palloma-Polly. Rosa Luxemburg apparaît comme la figure de réconciliation possible entre le sensible et le politique, entre perception du monde et prolongation de cette perception dans l’engagement.

 

Caroline Châtelet

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