Capture d'écran Twitter @SibNdiaye
Accueil | Par Guillaume Liégard | 13 juin 2018

Salauds de pauvres : la complainte de l’homme blanc présidentiel

Pour son discours au congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron a frappé fort : « pognon de dingue dans les minima sociaux », « ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres », etc. Le mépris familier aux accents du ruissellement de la responsabilité.

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Lourdement lesté par son statut amplement mérité de "président des riches", le discours d’Emmanuel Macron au congrès de la Mutualité française, ce mercredi 13 juin, avait été savamment orchestré par la pléthorique cellule communication de l’Elysée. On allait voir ce qu’on allait voir. Avec ce délicieux discours prétentieux servi en boucle depuis un an, était donc annoncé : « Un discours stratégique sur une nouvelle manière de prévenir les grands risques sociaux comme le chômage, la maladie et la retraite. Cette vision, au fur et à mesure des réformes sectorielles, a un peu perdu de sa visibilité. » Car n’oublions pas, là où tant de tâcherons ne proposent que des mesurettes forcément coûteuses, le président descendu de l’Olympe livre une pensée complexe et élaborée.

Ce discours ne serait donc pas un « tournant social » mais un « approfondissement » qui « veut prendre les inégalités à la racine pour les résoudre ». Disons-le franchement, le discours présidentiel a bien été à la hauteur de ce qui avait été préalablement annoncé sur au moins un point : il n’y a effectivement aucun tournant social. Rien, zéro.

La théorie contredite par la pratique

Si on ne peut qu’approuver une approche qui consiste à ne pas simplement se contenter du volet curatif en développant aussi la prévention, il est totalement contredit par les politiques publiques à l’œuvre. Ne prenons en exemple qu’un seul cas de figure celui de la médecine scolaire, ou tout du moins ce qu’il en reste. En Seine-Saint-Denis, 17 des 49 postes de médecins scolaires n’étaient pas pourvus il y a peu. Pour se faire une idée plus précise du désastre, à Bobigny, préfecture du département, il n’y aurait ainsi plus « qu’un demi-poste pour 29 écoles, 4 collèges et 3 lycées », bref autant dire que pour la prévention, ça ne va pas être simple. La médecine du travail est de même sans cesse affaiblie, en particulier dans la fonction publique.

À défaut de pensée visionnaire, profonde et stratégique, intéressons-nous tout de même à l’idéologie présidentielle, à vrai dire, il faudrait plutôt parler de son dogmatisme libéral voire libertarien. Dans une vidéo saisissante (ici par exemple) du Président, on entendra notamment : « Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté ». Car bien sûr s’il y a de la pauvreté, c’est parce que les gens sont irresponsables, il s’y complaise voyez vous mon bon monsieur. Des assistés, Jupiter vous le dit : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, les gens sont quand même pauvres », « ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres ». Cette dernière phrase est en soi tout un poème.

Une maladie nommée "pauvreté"

Car voilà un concept fort intéressant que ce "tomber pauvre". On devient donc pauvre comme on tombe amoureux, malade. C’est comme ça, mélange de faute à pas de chance, d’accidents de la vie et de comportements inadéquats. La responsabilité de dizaines d’années de politique de déréglementation en tout genre ? Vous n’y pensez pas. La concurrence extrêmement libre et totalement faussée qui a généré des déserts industriels sur des pans entiers du territoire ? Évidemment rien à voir. Les politiques de réductions des coûts qui ont asphyxié les villes petites et moyennes ? Vous délirez. Au fond, on "tombe pauvre" comme on "meurt de froid". Dans un cas, c’est la faute du froid, méchant va, et non en raison de la misère dans l’autre, c’est la faute du pauvre, gavé aux allocations.

Il est vrai qu’une autre approche pointerait les responsabilités de Macron Emmanuel, lui qui, successivement a été rapporteur de la mission Attali, ministre de l’Économie, secrétaire général adjoint de l’Elysée, et désormais président de la République. Autant dire un crime de lèse-majesté.

Il y a peu, ce président arrogant déclarait lors de la remise du plan Borloo sur les banlieues : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un rapport, l’autre disant "on m’a remis un plan"... Ce n’est pas vrai. Cela ne marche plus comme ça" ». Le procédé était un peu curieux puisque c’est le président de la République lui-même qui avait demandé ce rapport, mais prenons le au mot. Inapte à parler des quartiers populaires, il n’est pas sûr non plus qu’un président issu du monde de la finance et qui s’est composé un gouvernement d’assujettis à l’ISF soit qualifié en quoi que ce soit pour régler la pauvreté dans ce pays. « Cela ne marche plus comme ça ».

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