CC Anthony Destenay
Accueil | Tribune par Collectif | 25 janvier 2019

[TRIBUNE] Gilets jaunes, élections européennes : le PCF doit reprendre l’initiative

Le contexte des gilets jaunes et la perspective de la division de la gauche inquiètent de nombreux responsables et militants communistes. Par cette tribune, ils interpellent directement les membres du conseil national du PCF qui se réunissent demain, place du Colonel Fabien.

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Dans quatre mois se dérouleront les élections européennes. Et les conditions sont désormais réunies pour une victoire historique de l’extrême droite et de la droite extrême, trop heureuses d’accéder si aisément au statut de porte-parole politique d’une colère populaire que les miettes arrachées à Macron ne sauraient satisfaire. LREM, quant à elle, pourtant rejetée par une très lourde majorité du peuple français, parviendrait à s’ériger comme seul rempart aux nationalismes et à l’extrême-droite, aux dépens d’une gauche profondément marginalisée.

 

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Sur les ronds-points, malgré les tentatives de l’extrême droite pour infiltrer le mouvement, ce sont pourtant les mots de "justice sociale" et de "justice fiscale", de "Smic", d’"ISF", de "services publics" qui ont progressivement pris le dessus. Sur les ronds-points, on dénonce plus volontiers le banquier ou le rentier, que le chômeur ou le sans-papiers. Sur les ronds-points, les hommes et les femmes qui se rassemblent sont des salariés et retraités pauvres, des petits producteurs, des travailleurs uberisés : des populations que nous avons longtemps cherchées en vain à mobiliser et qui faisaient défaut lors des précédentes grandes mobilisations. Ces thèmes comme ces foules surgissant à nouveau dans le débat public, attestent peut-être qu’une conscience de classe trop longtemps éteinte ferait retour. Ils témoignent probablement aussi du travail accompli depuis vingt ans par la gauche de transformation sociale, pour maintenir des repères et de l’espoir.

Gauche divisée, gauche perdante

Mais en dépit de ces indices prometteurs sur le plan de la bataille des idées, tout porte à croire que nous sommes sur le point de perdre la bataille politique. Faute de capacité à innover, nous ne savons pas bâtir les indispensables passerelles entre les traditions politiques de la gauche transformatrice, et ces formes nouvelles de contestation et de mobilisation. Faute de volonté de se rassembler, les prochaines échéances européennes vont nous trouver divisés comme jamais. Chacune dans son couloir, les forces transformatrices semblent avoir décidé de sauter un tour, ou de se satisfaire de résultats mauvais, voire catastrophiques.

La France insoumise affaiblie par la séquence politique de l’automne, et surtout par une stratégie qui l’a conduite à s’isoler plutôt qu’à fédérer, semble se satisfaire de ce que lui promettent les sondages : faute d’être l’alternative principale à Macron, demeurer la principale force de ce qui reste de la gauche (promise au total à moins de 25% !). Le PS, lui, achève de sombrer faute d’un retour critique sur sa dérive libérale. Quant au Parti communiste, il est une fois de plus illisible. Ses dirigeants ou candidats parlent sur Twitter de "large rassemblement" mais font tout le contraire, en travaillant à une liste de témoignage, conséquence des ambiguïtés de notre récent congrès. Avec de piètres résultats en perspective : malgré les appels "à mettre le turbo", malgré les efforts de notre "tête de liste", la campagne des européennes patine, faute d’un contenu clair et d’un effort sincère visant au rassemblement. Avec au bout le risque de plus en plus tangible pour le Parti communiste de se trouver éliminé du Parlement européen et de confirmer son effacement du paysage politique.

« La réussite de la journée d’action du 5 février doit devenir une priorité. »

Il est bien tard certes, mais pas trop tard pour éviter la catastrophe que constituerait cette disparition et pour bâtir un rassemblement qui refuse à l’extrême droite, le leadership de l’alternative au libéralisme. La clôture du dépôt des listes n’est que le 3 mai 2019. Mettons à profit ce temps-là pour que le Parti communiste reprenne l’initiative. Il doit d’abord – on pourrait dire "enfin", sortir de sa posture de commentateur du mouvement des gilets jaunes ("c’est intéressant mais...") et appeler sans ambiguïté à participer massivement et partout en France aux mouvements sociaux en cours, comme le font d’ores et déjà de nombreux communistes qui ne comprennent pas ces tergiversations. Ainsi, la réussite de la journée d’action du 5 février, qui fait désormais bien commun entre gilets rouges et gilets jaunes, doit devenir une priorité.

Concernant les élections européennes, la responsabilité du PCF est de faire vivre une visée révolutionnaire, de lancer un appel et une campagne publique visant à constituer ce rassemblement de la gauche transformatrice, en priorité avec les forces avec lesquelles nous avons le plus en commun, La France insoumise, mais également le NPA et Génération.s. C’est pourquoi nous, militants, élus et dirigeants du Parti communiste demandons, ainsi que le conseil national peut en disposer, que cette proposition politique soit à l’ordre du jour de la consultation des communistes, les 2 et 3 février prochains.

Signataires :

Hadrien Bortot (75), Nicole Borvo (75), Marie-Pierre Boursier (92), Silvia Capanema (93), Patrice Cohen-Seat (75), Bernard Cois (71), Fanny Gaillanne (75), Grégory Geminel (94), Frédérick Genevée (94), Vanessa Ghiati (92), Robert Injey (06), Yann Le Lann (92), Sonia Masson (75), Frank Mouly (77), Michel Nouaille (91), Gilles Poux (93), Marjolaine Rauze (91), Saïda Safir (72), François Salamone (91), Jean-Michel Ruiz (95), Mélanie Tsagouris (55)

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  • les signataires de ce texte ne doivent pas etre sur la meme planete que l ensemble des communistes.Personnellement avec les communistes de mon departement nous sommes de tous les combats et depuis le debut au cote des gilets jaunes et visible et lisible.Notre direction nationale pour une fois se fixe 2 objectif s les cahiers de la colere et les comites de soutien a notre liste pour les europeennes.Mais pour atteindre ces objectifs il faut les mener jusqu au bout et etre sur le terrain.Quand au rassemblement a gauche a qui la faute ? les europeennes sont les elections difficiles
    et commencer a predire au parti d un futur mauvais resultat la aussi a qui la faute Voila maintenant 15 ans que nous nous sommes effaces de la vie politique disparu des entreprises etc.....je note dans les signataires il y a d anciens dirigeants nationaux et qui portent une resposabilite particuliere a cette situation.Maitenant il faut se retrousser les manches .nous aurons une bonne liste aux europeennes il faut faire confiance aux communistes !

    borgnard Le 25 janvier à 14:11
  •  
  • 25-01-2019
    Préambule : Gilets jaunes...fin de la récré ? Le texte ci-dessous est mon billet d’humeur et de colère...puisse, cette bien modeste contribution, aider les porte-paroles humains avant d’être politiques, à réagir et se ressaisir pour construire ensemble et ne pas détruire.
    « L’invective devrait être à la parole politique ce que le coup de poing est au langage sportif...INACCEPTABLE ! »

    On y est...coup de sifflet annonçant la fin de la récré ?
    Fin de la récré qui sera sifflée par Macron ?
    Ironie de l’histoire, ce sont peut-être les gilets jaunes avec leur (ou leurs) liste(s) aux européennes qui lui permettront de fêter la victoire.

    Tous les partis dits de gauche seront perdants comme prévu, ils disent quasiment la même chose sur les plateaux télé mais, à l’unanimité, ils sont, non pas tous ensemble mais tous contre l’autre.
    La place de l’autre est tournante avec la palme incontestée, malheureusement, et de façon injuste, au leader de la FI.
    C’est bien triste car la 6eme république serait non pas la seule première issue à ce conflit mais le premier pas pour se débarrasser du mal social et démocratique qui pourrit notre pays et qu’ont si bien exprimé les gilets jaunes, avec le soutien de la majorité de la population.

    En cette veille de l’acte 11, la FI et l’extrême gauche ne veulent pas croire à la fin de la récré et veulent imposer leurs idées (identiques ?) en suivant une partie des gilets jaunes (elle même scindée en deux ou trois) pour renverser le gouvernement. Dans quelles conditions ?
    Ils sont loin de représenter une majorité dans le peuple mais espèrent que tout cela se cristallisera à partir du 5 février par l’annonce d’une grève générale par l’ensemble (???) des syndicats.
    Rêve dans le pire des cas ou coup de poker dans le meilleur mais...à l’heure actuelle, personne ne peut prédire la suite.

    Faisons donc confiance au peuple qui sera peut-être majoritaire pour vouloir instaurer une 6eme république par les voies démocratiques et malgré le comportement désastreux de celui qui en aura été le premier propagandiste.

    Sinon…… ???

    PS : merci à tous les jeunes et moins jeunes qui ont nourri ma réflexion et in fine (formule de notre temps !) CS, dont les sages et amicales interventions m’ont fait basculer sur ce texte.

    Michel Vesperini Le 25 janvier à 17:16
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  • En 2014 le FN arrivait en tête avec 24,86 %, DLF obtenait 3,82 % et Force Vie petite coalition d’extrême droite 0,74 % soit un total de 29,42 % .
    L’UMP déja très "droite décomplexée " arrive deuxième avec 20,81 % des voix
    Les sondages les plus hauts donnent un total extrême droite à 32/33 % pour les européennes de 2019 .
    Les plus bas à 20/23 % en cas de listes issue des Gilets jaunes .
    La plupart entre les deux à un score équivalent voire légèrement inférieur à 2014 .
    LR plafonne entre 8 et 12,5 %

    On se demande ou serait la victoire historique de la droite extrême et l’extrême droite .

    ed Le 25 janvier à 22:11
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  • La "Révolution inattendue" annoncée en 1991 par la dirigeante Francette Lazard, hélas nous l’attendions encore, depuis...Ce devait être celle des communistes , une refondation annoncée, mais pour le peuple, c’est "l’Arlésienne"...alors, "conscience de classe " ou pas, "calibrée et certifiée marxiste" ou pas, c’est de fait la lutte de classe qui comme le lait va au feu...
    Etrange que notre "Parti Communiste Français" se prétende toujours seul "parti guide" avec comme seuls "biscuits révolutionnaires" , les fameux" Nouveaux Critères de Gestion" qui justifieraient à eux seuls notre prétention à être porteurs d’un "Manifeste"...c’est pitoyable, car la lecture le moindrement "intelligente" du sort actuel fait à "la classe ouvrière" aurait dû nous faire porteurs de ce qui dans la révolte actuelle reste un "trésor politique rare" : L’INTERVENTION CITOYENNE !

    Alain Guillou Le 26 janvier à 18:53
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  • La gauche la plus bête du monde !
    PC, Insoumis, Verts, Hamon, disent la même chose sur quasi tous les sujets, et ne sont pas fichus de s’unir.
    Macron en a révé, ils l’ont fait !
    Et c’est pas comme si ils avaient été dans un mouchoir de poche à la présidentielle. Il y a un leader avec ses défauts, mais il n’y a pas photo.

    tartuf Le 27 janvier à 19:55
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  • Je loue le calme et le contrôle de soi de Catherine Tricot dans Cnews, face à une Elisabeth Levy hystérique ne souffrant aucune contradiction.
    Chapeau Catherine !

    Valbo Le 29 janvier à 17:36
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  • Bonjour
    Je ne peux être d’accord avec le texte. Le vraie question est le libéralisme :
    MLP est libérale
    Macron et LR sont libéraux
    le PS ne s’en cache plus...
    EELV sont pour l’europe libérale (à la différence du peuple français)... Idem pour Hamon !!
    Donc le vote util est le vote FI, le reste sert à faire gagner les libéraux de gôche ou de droite..Mais Macron nous a montré que globalement ceux sont les mêmes.
    Donc FI ou libéralisme, le reste c’est du blabla libéral !

    Merci de dire si vous êtes pour le libéralisme (y compris l’alliance avec des libéraux) ou pour le Peuple.

    Cyrano78 Le 4 février à 21:51
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  • @Cyrano. Si le Peuple est pour le libéralisme, que se passe-t-il ? Merci de le dire.
    À s’en tenir à votre formule telle quelle, la perspective d’un mystère s’établit. C’est votre raisonnement qui est alors le premier suspect de l’avoir induit. Or la politique n’aime pas les mystères. Comment dissiper celui-ci ?
    Opposer le libéralisme à la volonté populaire n’a pas de sens. Le libéralisme est une ligne économique que peut suivre tout gouvernement. La démocratie n’en écarte aucune à priori. Si un gouvernement libéral est soutenu par une majorité au parlement légitimement élu, il répondra à la demande du Peuple, qu’il aura donc écouté. Mais vous mélangez économie et politique. Si vous opposez le libéralisme à la démocratie, c’est donc que pour vous elle peut exister en dehors du suffrage universel, être uniquement incarnée une fois pour toute par un parti à l’exclusion de tous les autres, interdits. À une époque c’était le parti communiste qui le prétendait, investi par lui-même de la mission de construire la future société sans classes. Cette logique a disparu du champ politique, celui des réalités comme celui des idées. Vous semblez la regretter, en chargeant un autre parti de prendre la relève d’un parti communiste moribond.

    Glycère Benoît Le 5 février à 08:45
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