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Accueil | Tribune par Thomas Portes | 15 février 2021

TRIBUNE. Élection présidentielle : rien n’est inéluctable !

Alors que le service public sert sur un plateau en argent la parole de Marine Le Pen et de Gérald Darmanin, Thomas Portes, porte-parole de Génération.s, appelle à « attaquer l’extrême droite, frontalement, ne pas lui laisser un pouce de terrain » afin de « rallumer les étoiles de l’espoir ».

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« Vous dites que l’islam n’est même pas un problème […], je vous trouve un peu molle Madame Le Pen ». Voilà les mots que tout le monde a retenu du débat, enfin plutôt de l’échange, entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin, organisé par le service public audiovisuel jeudi soir.

 

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Avec ce concours Lépine de celui qui se montre le plus raciste envers les musulmans et l’islam, Darmanin a réussi le tour de force de faire ce que la présidente du RN consacre toute son énergie à gommer de son image depuis des années : se « diaboliser ».

Dans ce flot de rhétorique guerrière à l’encontre d’une religion, le mot islamisme fut d’ailleurs utilisé plus de 70 fois, les deux camps « amis » poursuivait pourtant un autre objectif : celui d’installer durablement ce duel comme seule alternative possible en 2022.

Darmanin ne s’en est d’ailleurs pas caché, se payant même le luxe d’interpeller la présidente du RN pour lui dire de mieux réviser en prévision du prochain débat, comprendre celui du second tour de 2022.

Et la gauche dans tout ça ?

Parfois si brillante, elle peut se montrer tout aussi désespérante. Alors que nous sommes lancés dans une course contre la montre avant un scrutin présidentiel qui pourrait nous mener au pire, voilà que les forces de gauche sont plus que jamais divisées, se desservant les brevets de respectabilité pour voir laquelle d’entre elle incarne le mieux « La République ».

Mais pour réparer une République divisée, nous devons créer des horizons communs capables de transcender le peuple. Ce qui vient de se passer avec la ville de Trappes, où la faschosphère, bien soutenue pas une partie de la droite, à livrer en pâture un maire et ses habitants témoigne du climat inquiétant qui règne dans le pays. Aucun territoire n’est épargné. À Montauban, c’est la très droitière Brigitte Barèges qui a organisé une manifestation, en présence de Robert Ménard, pour dénoncer une décision de justice actant son inéligibilité pour détournement de fonds. Nous rions de Trump, mais nous sommes sur les prémisses d’une trumpisation de notre société.

Pourquoi la gauche est-elle si « molle », pour reprendre un mot à la mode, face à l’extrême droite ? Qui se souvient encore de la dernière charge publique réelle contre Marine Le Pen ? Au-delà des tweets de bon ton, il ne faut pas avoir peur de le dire, trop souvent la lutte contre l’extrême droite n’est plus la première priorité des organisations politiques ou même syndicales.

C’est dans ce silence que la bête se nourrit et prospère. Trop souvent au sein de la gauche et les écologistes on pense l’accession au pouvoir de ce parti comme impossible. L’histoire nous enseigne pourtant l’inverse, l’actualité aussi.

Regardons autour de nous. Les amis de la famille Le Pen sont aux affaires dans plusieurs pays européens, et ils y restent. Camarades, il faut attaquer l’extrême droite, frontalement, ne pas lui laisser un pouce de terrain. Face à cette urgence, nous devons déployer notre énergie toute entière pour lutter et déconstruire leurs discours !

Non, la possible victoire de Marine Le Pen n’est pas une vue de l’esprit mais un scénario crédible. Et cela ne se résume pas aux sondages, certes inquiétants, mais bien à la détresse d’une population frappée par une crise économique et prête à se jeter dans les bras du RN pour se sentir protéger, considérer. Je partage l’analyse de Cécile Duflot. En braquant le regard médiatique sur la question de l’islam, on passe sous silence ce qui ravage notre pays. Nous avons toutes et tous été frappés par ces centaines d’étudiants faisant la queue pour se nourrir. Dans un pays déjà fracturé par les inégalités, la crise sociale que nous traversons va agir comme un incubateur poussant des millions de personnes dans une paupérisation terrible. Nous avons besoins de mener sur le terrain social un combat sans relâche, pour montrer que oui face à des patrons voyous ou des entreprises qui gavent d’actionnaires leurs dividendes alors qu’elles sacrifient des milliers d’emplois, nous pouvons agir. Rien n’est inéluctable. L’État peut imposer d’autres choix. Un certain dirigeant disait « là où il y volonté, il y à chemin ».

Comment faire ?

Un sondage récent indique que huit Français sur dix rejettent le duel annoncé entre Macron et Le Pen pour la prochaine présidentielle. Rien n’est perdu, et l’espoir doit nous animer. Ce qui doit nous occuper dans les semaines à venir, c’est construire un projet de société qui offre des horizons nouveaux. Sortir de l’incantation pour proposer des solutions concrètes. Dans chaque territoire appuyons nous sur les femmes et les hommes engagés, qui sont des architectes indispensables de ce monde nouveau dont nous avons tant besoin.

Ma génération ne veut pas être celle qui sera sacrifiée par une gauche incapable de se rassembler. Le fatalisme ambiant qui règne est mortifère, et déroule un tapis rouge à l’extrême droite comme aux forces de l’argent. La gravité de la situation n’est plus à démontrer. Collectivement, réveillons-nous, agissons, mettons en mouvement toutes les forces de gauche et écologistes, mais aussi toutes les expertises associatives, syndicales et citoyennes qui sont la richesse de notre démocratie.

C’est à ce prix, celui du collectif au service de la radicalité écologique et de la lutte contre les inégalités sociales, que nous pourrons rallumer les étoiles de l’espoir.

 

Thomas Portes, porte-parole de Génération.s

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Vos réactions

  • La gauche, laquelle  ?

    Celle de Hollande a complètement décrédibilisé le terme en menant pendant cinq ans sous ce nom une politique économique de droite  ! Cette « gauche » dont Hamon se vantait d’être le rempart contre Mélenchon…

    Rien ne pourra se reconstruire à gauche sans un vrai aggiornamento, sans un abandon clair par le PS de l’héritage du Hollandisme, et la promesse attenante que plus jamais la gauche ne se laissera bercer par les sirènes du libéralisme…

    Penser que Jadot+Hidalgo puisse provoquer auprès de la population autre chose qu’un dégout désabusé de la politique est bien mal connaitre l’état de l’opinion et de la société en France.

    Sxilderik Le 15 février à 15:25
  •  
  • Faut-il inclure l’extrême-gauche parmi toutes les forces de gauche que l’auteur de l’article veut rassembler et mettre en mouvement ?

    Glycère BENOIT Le 17 février à 22:34
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