Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 29 juin 2021

« Un duel Macron-Le Pen en 2022 n’est pas inévitable »

Est-ce que les élections régionales ont changé la donne politique, à dix mois de la présidentielle ? On a causé avec Mathieu Gallard, d’Ipsos.

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Mathieu Gallard est directeur d’études à l’institut de sondage Ipsos.

 

Regards. Pour commencer d’une façon assez générale, quel bilan faites-vous de ces élections régionales ?

Mathieu Gallard. Globalement, ces élections ont été marquées par la victoire des partis traditionnels, ceux de l’ancien monde si on peut dire, Les Républicains et le Parti socialiste. Ce n’est pas tant une victoire de ces deux partis qu’une victoire des sortants de ces partis. Dans les régions où ils n’ont pas de sortants, ils font des scores où ils sont médiocres voire même franchement mauvais. A contrario, c’est une défaite assez claire pour le Rassemblement national et pour La République en Marche. Le premier espérait prendre des régions, clairement, il en est très loin. Le second espérait faire des scores convenables et, en tout cas, être faiseur de rois en étant indispensable pour un certain nombre de sortants face au RN. Du fait de la faiblesse du RN (et de sa propre faiblesse), LREM a été totalement marginalisé avec des scores très mauvais, qui n’ont eu aucun impact.

 

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Justement, comment expliquez-vous le fait que LREM, même en envoyant des cadors du gouvernement, n’existe pas dans ces élections ?

C’est un parti sans ancrage local, construit avant tout sur la figure d’Emmanuel Macron. Du coup, dès qu’on est sur une élection nationalisée comme la présidentielle, les législatives, et même les européennes, LREM est un parti dynamique, mais dès qu’on est sur des scrutins où l’enjeu est local, il n’a pas de sortant, pas de leader fort. Ça ne marche pas du tout. De ce point de vue-là, ces régionales sont une confirmation de ce que l’on savait.

La prime aux sortants, comment la comprenez-vous ?

Les présidents sortants sont relativement bien connus, notamment quand ils ont une envergure nationale comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand. Ça aide, même si c’est loin d’être suffisant. Si on avait eu une vague – de gauche, de droite, de LREM ou autre –, ça n’aurait clairement pas suffit à les sauver. On l’a vu par le passé. On est aussi sur un électorat très âgé [1] qui, traditionnellement, est plus légitimiste. Cet aspect a sans doute été renforcé par le covid, avec des présidents de région visibles sur le terrain. On voit aussi que, dans la plupart des régions, les sortants faisaient face à des oppositions faibles et morcelées.

« Les élections régionales n’ont pas bouleversé la donne, mais, peu à peu, sortir de ce duel devient une possibilité crédible. Plus pour un candidat de droite que de gauche, d’ailleurs... »

On a beaucoup parlé de l’abstention, avec un nouveau record à 65,7%. Mais, si on laisse de côté l’aspect civique et politique du problème, est-ce que ça change fondamentalement les résultats ?

Le fait est que la plupart des présidents ont été élus avec des marges très confortables. Donc très probablement ça n’a pas joué dans beaucoup de régions. Malgré tout, on voit que les partis comme le RN, LFI ou Debout La France ont beaucoup moins mobilisé leurs électorats, donc forcément ça leur a coûté. Une participation plus haute n’aurait pas bouleversé les résultats, mais ils auraient été différents.

Finalement, est-ce qu’il y a la moindre surprise dans ces élections ?

La surprise, c’est le très mauvais score du RN. Le second tour n’a fait que confirmer le premier. C’est une défaite majeure et surprenante. Au-delà du fait de seulement conquérir des régions, c’était extrêmement important pour eux, à dix mois de la présidentielle, parce que le RN est toujours perçu comme un parti qui n’est pas suffisamment compétent pour diriger le pays. Ils voulaient pouvoir montrer qu’ils étaient capables de gérer une région...

Depuis 2017, on nous vend le match retour Macron-Le Pen en 2022. Mais à chaque élection intermédiaire, ce match n’a pas lieu. N’y a-t-il pas une contradiction, un paradoxe ?

Ce n’est pas le cas pour les élections locales, en effet. Un parti nouveau met du temps à s’ancrer localement. On l’a vu pour les gaullistes au début de la Vème République. Ils étaient ultra-majoritaires à l’Assemblée et, pour autant, ils ont mis dix ans, quinze ans à obtenir beaucoup de maires, de conseillers généraux, etc. Là, c’est pareil. Les écolos, le RN, LREM n’y arrivent pas. Mais un duel Macron-Le Pen en 2022 n’est pas inévitable. D’ici là, il peut se passer beaucoup de choses. On a vu que Xavier Bertrand profitait un petit peu de son succès personnel et du succès de la droite. Il n’est plus qu’à 6 points et il reste 10 mois de campagne ! Les élections régionales n’ont pas bouleversé la donne, mais, peu à peu, sortir de ce duel devient une possibilité crédible. Plus pour un candidat de droite que de gauche, d’ailleurs...

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

Notes

[1Au premier tour, ⅔ des votants étaient des retraités.

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