Accueil | Par Pablo Vivien-Pillaud | 16 décembre 2020

Un putsch qui ne dit pas son nom contre le Printemps marseillais

Michèle Rubirola n’est plus maire de Marseille. Elle échange sa place avec son numéro 2, le socialiste Benoît Payan.

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À Marseille, le coup est rude pour les électeurs enthousiastes du 28 juin dernier : ils avaient voté pour Michèle Rubirola, une femme écologiste, une sorte d’esprit libre et courageux qui avait réussi à s’émanciper des organisations partisanes de la gauche et ils se retrouvent avec Benoît Payan, un apparatchik socialiste, comme maire. Institutionnellement, aux élections municipales, on vote pour une liste, pas pour une tête de liste : certes, il n’y a là aucune entorse à la loi, n’en déplaisent aux cadors de la droite marseillaise. Néanmoins, ils pointent à bon droit que les Marseillais ont été trompés sur la marchandise et s’en saisissent pour appeler à de nouvelles élections.

Dans la cité phocéenne, peut-être plus que dans beaucoup d’autres villes, le Parti socialiste n’était pas particulièrement en odeur de sainteté avant l’élection. Benoît Payan était alors crédité de moins de 10% dans les sondages. Qui peut dire que sa côte de popularité a augmenté aujourd’hui ? En un mot comme en cent : personne ne peut imaginer qu’il aurait pu gagner la ville de quelque manière que ce soit. La dynamique qui a permis le renouveau après la longue ère de Jean-Claude Gaudin est passée par le Printemps marseillais, une formation unique en son genre, qui avait réussi à susciter enthousiasme. Composé de manière équilibrée par des personnalités de la ville, d’écologistes, de communistes, d’insoumis et de socialistes, il s’était s’incarné dans la personne de Michèle Rubirola.

Mais la bataille pour le pouvoir à Marseille n’allait pas s’arrêter une fois le fameux troisième tour du 4 juillet dernier terminé : après avoir mis la main sur le cabinet de la maire, les amis de Benoît Payan ont fini par réussir à récupérer tout bonnement la tête de la mairie. Les conditions du départ de Michèle Rubirola restent on-ne-peut-plus floues : comment expliquer qu’elle devienne première adjointe alors que des raisons médicales sont avancées pour son retrait du poste de maire ? Un poste qui n’est assurément pas moins chronophage ou éprouvant. En revanche, être première adjointe est moins visible, glorieux et décisionnaire qu’être maire.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, toute la gauche salue le courage de Michèle Rubirola. Si la question est celle de sa maladie, applaudir un renoncement parait déplacé. En fait, ce qui est applaudi par ces belles âmes, c’est le fait qu’elle cède sa place. Mais qui se laissera prendre aux éléments de langage rodés pour expliquer que l’important, c’est le collectif et la dimension collégiale de la nouvelle majorité marseillaise ? On verra plutôt dans cette démission le parfum d’un putsch : pas forcément un putsch conscient de Benoît Payan ou du Parti socialiste mais un putsch presque de par-devers ceux qui maîtrisent les codes et les arcanes de la politique et du pouvoir contre l’espoir d’un renouveau démocratique et de gauche qui avait le nom de Printemps marseillais.

 

Pablo Pillaud-Vivien

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Vos réactions

  • Pas la peine de sortir des grands mots comme "putsch", magouille suffit amplement….
    Si même à Regards, on s’aperçoit que l’union de la goche aux municipales (ou ailleurs) ne sert qu’à remettre en selle les libéraux, comprendre le PS. Bref ça bouge !! Et l’union de la goche en ile de France pour les régionales, ça avance ? Sur les mêmes bases ?
    Au fait et vos copains du PC, ils vont suivre la ligne Hue, Braouzec ?

    Cyrano78 Le 18 décembre 2020 à 22:31
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