Accueil | Par Clémentine Autain | 28 novembre 2020

Un vent de liberté se lève

Des rassemblements impressionnants. La « marche des libertés » a rassemblé un peu partout en France des centaines de milliers de personnes. Une mobilisation qui dépasse largement le simple rejet de l’article 24 de la loi Sécurité globale.

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Dans un contexte difficile, marqué par la crise sanitaire, une foule immense a déferlé dans toute la France, et singulièrement à Paris où 200.000 personnes ont marché ensemble pour dire non à la loi Sécurité globale. Les scènes de violence inouïe contre les migrants Place de la République puis le long tabassage de Michel Zecler dans le 17ème à Paris au cri de « sale nègre » par des policiers ont glacé dans tout le pays.

Alors que la température ne cesse de grimper, le ministre de l’Intérieur a pensé qu’en cassant le thermomètre, l’indignation se calmerait. Peine perdue. C’est la colère qui gronde devant cette idée folle d’empêcher de filmer des violences policières, et donc d’informer et de rendre possible la défense citoyenne.

 

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Au-delà de l’article 24, aujourd’hui critiqué dans un édito du Monde comme dans le Figaro sous la plume d’Yves Thréard, ou mise en cause par la Défenseure des Droits comme par les syndicats de journalistes, toute la loi doit être mise au placard car elle vise une surveillance quasiment sans limite par drones ou la privatisation de la police. De plus, on n’y trouve rien sur la réforme indispensable de l’IGPN, qui doit devenir un organe extérieur à la hiérarchie policière. Rien sur les méthodes employées par la police pour qu’elles assurent la désescalade, et non la surenchère de violences, dans les doctrines de maintien de l’ordre. Rien pour assurer une plus longue et meilleure formation des policiers. Rien sur la nécessaire police de proximité, jetée aux oubliettes. Rien sur le récépissé pour les contrôles d’identité, indispensable pour lutter contre le contrôle au faciès qui est non seulement injuste mais crée de la défiance et donc de la tension à l’égard de la police. Et j’en passe, sur tout ce qui serait de nature à apaiser la situation, à répondre au sentiment d’injustice et aux violences comme au mal-être qui se développe parmi les policiers. Il faudrait sans doute commencer par changer le terme de « forces de l’ordre » pour parler de « gardiens de la paix ».

Cette semaine enfin, le Président Macron s’est dit choqué, comme le ministre de l’Intérieur. Ces mots sont terriblement tardifs sur une réalité qui n’est pas nouvelle. Surtout, ils ne sont d’aucune utilité s’ils ne sont pas suivis d’effet. Les dirigeants doivent décider et non seulement commenter pour éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumé. Le minimum syndical eut été la démission du préfet Lallement.

Nous assistons depuis plusieurs jours à des cafouillages insensés, piétinant notamment le pouvoir législatif. Nous attendons les actes qui traduiraient une prise de conscience véritable. Peuvent-ils être pensés et mis en oeuvre par ceux qui « s’étouffent » en entendant le mot violences policières, comme a osé l’affirmer le ministre Darmanin, ou refusent de le nommer, comme le Président Macron ?

La crise politique est à son comble. Elle peut d’ailleurs se muer en crise de régime vu le climat de tensions multiples qui traversent notre pays et le peu de respect pour le cadre républicain de ceux qui gouvernent. La mobilisation populaire est la meilleure garantie pour faire reculer le gouvernement. Elle s’est levée aujourd’hui. Au nom des libertés et de la démocratie. Ce n’est qu’un début, mais souffle d’espoir !

 

Clémentine Autain

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Vos réactions

  • Je partage cet article . Ce qui me désespère c’est de constater la démission de Noam Anouar, policier, syndicaliste à VIGI, lanceur d’alerte, qui a par le passé tiré la sonnette d’alarme au sujet des violences policières contre les Gilets jaunes, du racisme au sein de l’institution policière ainsi que celle de son camarade secrétaire du syndicat Alexandre Langlois mis à pied par Castaner pour ces mêmes dénonciations lors des mobilisations des GJ . Chahutés par leur hiérarchie ils ne trouvent plus la motivation suffisante pour rester dans cette institution .Je tiens ici à les remercier pour leur courage et ose espérer que dans un avenir proche nous pourrons faire appel à eux dans le cadre d’une refonte complète de la police et de ses missions .

    jaime Le 28 novembre 2020 à 20:36
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  • La liberté de la presse est un des critères de la démocratie et de l’Etat de droit. En cela elle doit être défendue et la manifestation d’hier doit être saluée. Espérons que le gouvernement saura entendre la protestation.

    Pour autant défendre les justes causes ne consiste pas à faire du mauvais journalisme, qu’on est libre bien sûr de pratiquer. Il n’en reste pas moins du mauvais journalisme. Clémentine Autant l’illustre, par son esprit militant, qui ne s’embarrasse pas de véracité. Il aurait fallu écrire, par souci d’honnêteté intellectuelle, qu’il y avait à Paris 46 000 manifestants selon le ministère de l’intérieur, 200 000 selon les organisateurs. Pour toute la France, les chiffres sont respectivement 133 000 et 500 000. Donner les deux chiffres est la règle commune pour toute manifestation.

    Journaliste et militant de carrière sont deux métiers différents, qui n’obéissent ni aux mêmes méthodes de communication, ni à la même déontologie. Mélanger les deux n’est pas une bonne option. Un journaliste, un vrai, un journaliste compétent, ne diffuse pas de fausses nouvelles et ne livre une présentation biaisée des faits. Comme nous sommes en démocratie justement, chaque citoyen saura faire la part des choses et distinguer ce qui doit l’être.

    Glycère BENOIT Le 29 novembre 2020 à 06:27
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