Accueil | Par Loïc Le Clerc | 24 septembre 2020

Voile à l’Assemblée, tenue « républicaine » à l’école et décolleté interdit au musée... bonne rentrée les meufs !

Ici même sur regards.fr, nous avons publié en ce mois de septembre deux articles – ici et – observant avec ahurissement la puissance raciste de cette rentrée politique. Eh bien, force est de constater qu’il en va de même concernant les droits des femmes.

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Après des mois d’actualité accaparée par le coronavirus, le confinement, les masques, le déconfinement, les tests, etc., on se demandait comment et quand les champions du monde de la polémique allaient faire leur retour. Eh bien c’est pour ce mois de septembre 2020 ! En même temps que les polémiques racistes, nous avons assisté à une vaste fronde anti-féministe. Dans les deux cas, dans le plus grand des calmes.

 

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8 septembre. Alors que l’exécutif – plus précisément les deux acolytes de la place Beauvau que sont Gérald Darmanin et Marlène Schiappa – met le paquet sur le « séparatisme », un événement improbable se produit, précisément sur ce sujet. Une jeune femme prénommée Jeanne se présente avec une amie à l’entrée du musée d’Orsay et se voit « priée » de revêtir une veste afin de cacher son décolleté. Nul ne saura dire à quelle règle se réfère les agents d’accueil et de sécurité. Elle n’aura pas le choix : pour visiter le musée et admirer ses tableaux et statues de nues, il faut se vêtir comme pour entrer au Vatican. Enfin, pas exactement puisque cette même Jeanne constatera en observant les autres visiteurs que le problème n’est pas tant la taille du tissu que le corps qu’il recouvre…

Vous avez dit séparatisme ? À ce propos, saviez-vous qu’à un kilomètre de là, place de la Concorde, l’entrée de l’Automobile Club de France est interdite aux femmes ? On dit ça, on dit rien.

Collégiennes anti-républicaines

14 septembre. Des collégiennes et lycéennes lancent le mouvement #Lundi14Septembre, réclamant le droit de porter des mini-jupes et des crop-tops (t-shirts laissant voir le nombril). Comme l’écrit parfaitement le site Les Nouvelles News, ce « mouvement invite les jeunes à porter un vêtement dit "provocant" pour protester contre le sexisme et dire haut et clair que le problème n’est pas la tenue des filles mais le comportement de ceux qui les agressent ». Le résultat est sans surprise : on ne compte pas les exclusions au motif d’une tenue trop courte ce jours-là tant elles sont légion. Pourtant, même Marlène Schiappa y va de son tweet de soutien « avec sororité ».

Mais la ministre délégué n’est visiblement pas sur la même longueur d’ondes que son collègue à l’Éducation… Réaction de Jean-Michel Blanquer : « Il suffit de s’habiller normalement et tout ira bien ». Quelques jours plus tard, c’est carrément le chef de l’État qui réagit à l’affaire : Emmanuel Macron prône le « bon sens ».

Le 21 septembre, la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno, lance au Parisien : « En France, chacun est libre de s’habiller comme il veut [...] Les femmes ont mis des siècles à pouvoir s’affranchir de codes vestimentaires. Cette liberté conquise de haute lutte n’a pas de prix. [...] « C’est aussi un enjeu d’éducation des jeunes garçons, du rapport qu’ils entretiennent aux jeunes filles et lié aux valeurs de respect. »

Est-ce que Jean-Michel Blanquer s’est directement senti concerné par les propos de sa collègue ? Quoi qu’il en soit, le jour même, il craque et va plus loin encore au micro de RTL : « On vient à l’école habillé d’une façon républicaine ». Ça n’a plus aucun sens. Il devient une nouvelle fois la risée du gouvernement. Gouvernement qui est donc divisé sur cette polémique : d’un côté les Macron/Blanquer et de l’autre les Schiappa/Moreno. Hommes contre femmes. Appelez-ça « nouveau monde ».

Au fond, il n’est qu’une question à cette affaire à laquelle Jean-Michel Blanquer se refuse de répondre : quand est-ce qu’on va commencer par éduquer les garçons ?

Le vert de l’islam

16 septembre. Sans que l’on sache bien pourquoi, le député européen Yannick Jadot donne son avis sur le... burkini : « Nos sociétés sont tellement crispées et déstabilisées que des groupes tentent de remettre en question la sécularisation, de sortir des lois de la République au nom d’une idéologie ou de principes religieux [...] C’est inacceptable. Le burkini, ça n’a rien à faire dans une piscine ! [...] L’enjeu, c’est le vivre-ensemble. En République, le principe n’est pas "qui se ressemble se rassemble". Il ne peut pas y avoir de "oui mais", ni sur "Charlie Hebdo" ni quand des femmes sont victimes de codes vestimentaires contraints. » L’écologiste était interrogé par L’Obs sur les sujets régaliens, à savoir « ce que ferait un écologiste au pouvoir ». Tollé dans les rangs des écologistes. Le changement, c’est pas maintenant !

17 septembre. Les députés débattent en commission d’enquête pour causer de l’impact de la crise du Covid sur la jeunesse. Des personnes extérieures à l’Assemblée nationale sont, comme à l’accoutumée, invitées à venir exposer leurs points de vue. Parmi les invités du jour, la vice-présidente de l’Unef Maryam Pougetoux, laquelle porte un voile. Comme l’a justement souligné le député LREM Gaël Le Bohec, ce n’est une heure après le début de l’audition que plusieurs élus LR et LREM, dont notamment la marcheuse Anne-Christine Lang, quittent avec fracas la salle.

Sur Twitter, voici l’explication de cette dernière : « En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaines, à la laïcité et aux droits des femmes, je ne peux accepter qu’une personne vienne participer à nos travaux à l’Assemblée nationale en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission. »

Aucun règlement, aucune loi n’interdit à Maryam Pougetoux de porter un voile, dans et hors l’Assemblée nationale. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé la présidente de la commission, Sandrine Morch, à l’issue de cette scène : « Aucune règle n’interdit le port de signes religieux dans le cadre de nos travaux pour les personnes auditionnées ». Qu’importe les règles, les lois et toute cette paperasse ! Anne-Christine Lang ne s’en cache même pas. À Libération, voilà ce qu’elle rétorque : « Je n’ai jamais dit que sa présence était hors-la-loi. A priori, l’Assemblée autorise le port du voile pour les personnes qui viennent visiter. Ma réaction ne se plaçait pas sur le terrain juridique. J’ai agi par rapport à mes convictions personnelles. Là, dans le cadre d’une audition, j’estime qu’on doit respecter la laïcité. » Comme si la laïcité était une espèce d’esprit en dehors de tout cadre juridique.

Du côté du Rassemblement national, on use de la même rhétorique. Lorsque Jean-Jacques Bourdin rappelle à Jordan Bardella que le règlement du Palais-Bourbon permet à Maryam Pougetoux de venir voilée, le vice-président du parti d’extrême droite se moque bien de la loi comme de l’an 40 : « À un moment il y a des questions morales, des questions de mœurs ». Ils ne se cachent plus derrière de faux semblant, c’est au moins l’avantage de cette situation. Il y a la laïcité et leur laïcité. Et ils aimeraient bien modifier les lois pour que la leur devienne la seule et officielle laïcité.

Peu encline à accepter toute comparaison avec l’extrême droite, la députée LREM va du coup... plus loin, opérant un distinguo entre les religions. À L’Express, elle raconte : « Certains objectent que l’on auditionne bien des rabbins, des imams ou des curés. Oui, mais c’est pour les entendre sur des questions ou des textes de loi qui concernent les cultes. Dans ces cas-là, ils viennent représenter leur culte, pas une association étudiante. » Aurait-elle osé partir de la pièce si un président d’association étudiante s’était présenté avec une kippa sur la tête ? Et depuis quand est-ce que c’est aux parlementaires de choisir qui peut ou non être membre de la direction d’un syndicat selon son appartenance religieuse et sa pratique de celle-ci ? Leur laïcité n’est rien d’autre qu’un séparatisme anti-républicain aux relents islamophobes.

Le pire dans toute cette histoire, ce sont les réactions à gauche. Soit quasi-inexistante, soit embarrassante, comme celle de Ségolène Royal – qui affirme « estomaquée » qu’elle « aurait quitté la salle » elle aussi – ou bien celle de Philippe Martinez qui déblatère sur le plateau de Public Sénat : « Tout ce qui est symbole de la République doit respecter la laïcité. Il y a le droit à pratiquer mais la laïcité c’est essentiel dans notre pays ». Preuve qu’on ne peut pas maîtriser et le Code du travail et la loi de 1905.

#MeToo, le retour ?

Ce même 17 septembre, le ministre de l’Intérieur était, lui, au Sénat. Alors qu’il est interpellé par la socialiste Marie-Pierre de la Gontrie au sujet du sort que l’État réserve aux migrants à Calais, Gérald Darmanin, tout sourire, lui lance : « Je me ferai un plaisir de passer une soirée, une nuit, une journée avec madame la sénatrice, à Calais, à la rencontre des habitants. »

« Incroyable réplique sexiste », s’offusque la sénatrice. Rappelons que ce cher locataire de Beauvau est toujours sous le coup d’une enquête pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance.

Tiens, la veille, on apprenait que le réalisateur Roman Polanski faisait partie de la nouvelle assemblée générale des César. Une sombre histoire de clause dans les statuts de l’association des César qui lui permet d’en être membre à vie. Là encore, le changement, ce n’est pas pour maintenant !

 

Loïc Le Clerc

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