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La droite trop divisée

Par Antoine Châtelain| 14 février 2012
 
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L’extrême division de la droite rend très incertaine l’issue de ce scrutin. Après l’embellie d’une recomposition autour de Sarkozy, l’unité se défait et laisse la droite plus clivée que jamais.

En avril 2002, seul l’effondrement spectaculaire de Lionel Jospin a pu masquer le résultat médiocre du Président sortant, Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy, encore en semi-disgrâce, en a tiré la conclusion que la droite devait se relancer autour d’un projet franchement à droite. En 2007, son « libéral-populisme  » le propulse aux avant-postes de toute la droite et marginalise le leader, vieillissant et usé, d’un Front national dont il a récupéré une large part de la symbolique. En bref, le nouveau Président donnait l’impression qu’il avait réussi l’alchimie qui permettait de conjurer l’incertitude et la division collant à la peau de la droite depuis la fin des années 1970.

Pari perdu… Le Front national a trouvé, en Marine Le Pen, la personnalité qui lui permet de tenter une stratégie à deux temps, sur le modèle du parti néofasciste Italien de Francesco Fini : banaliser les idées d’extrême droite et intégrer la droite pour infléchir son centre de gravité. Talonné par le Front, le Président estime qu’il n’a pas d’autre choix que de réactiver, en l’accentuant, la posture de 2005-2007 : remise en cause frontale des acquis sociaux de 1936-1946, démagogie nationale et fibre sécuritaire.

Or la stratégie gagnante en 2007 est doublement dangereuse en 2012. L’image présidentielle affaiblie, la radicalisation à droite risque de conforter l’héritière Le Pen, davantage qu’elle ne peut la déstabiliser. La crédibilité de l’homme d’État qui « peut » est bien lézardée, y compris en matière de bilan sécuritaire. Par ailleurs, en se déportant à droite l’équipe présidentielle déstabilise durement la tradition conservatrice dite « modérée » et les variantes persistantes du christianisme social. Malgré son beau résultat de 2007, mais emporté par la vague sarkozyste, François Bayrou avait marqué le pas, voyant s’effriter par pans entiers le substrat de notables locaux qui avait assuré longtemps le succès de l’UDF giscardien et postgiscardien. La crise et la percée de Marine Le Pen lui redonne un nouveau souffle. Pour l’instant, la dynamique à droite n’est donc pas autour du Président sortant, mais des deux pôles extrêmes du centrisme libéral et du national-populisme.

Schématiquement, la tendance que dessinent les sondages pourrait être d’une droite des « trois fois vingt ». L’équilibre n’a rien de mathématique : comme disent les sondeurs, la marge d’incertitude pour chacun peut les situer entre 15 % et 20 %. Mais, dans tous les cas de figure, l’évolution en cours laisse se profiler une hypothèse en deux volets complémentaires : incertitude pour le premier tour (a priori les trois figures de proue de la droite peuvent espérer être en tête de leur camp) et risque de déperdition au second. Politique et mathématique ne font pas toujours bon ménage. En politique, trois fois 20 % peuvent faire beaucoup moins que 50 %. Et la droite majoritaire pourrait bien perdre. Sauf si la faiblesse et l’indétermination à gauche du candidat socialiste ne la sauvent in extremis.


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