EELV
Accueil | Par Laura Raim | 9 mai 2014

Les Verts défendent l’Europe contre vents et marées

Comment promouvoir une UE fédérale et progressiste quand celle-ci devient de plus en plus libérale ? Européens par nature, mais confrontés au risque de perdre des sièges, les Verts espèrent néanmoins que les élections les conforteront dans leur stratégie d’autonomie, en particulier envers un PS désormais ouvertement critiqué.

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Avoir lancé la campagne en distribuant des préservatifs involontairement contradictoires "donnons vie à l’Europe" pourrait être une métaphore du positionnement difficile d’EELV à l’approche des élections européennes. Il faut dire que les Verts sont méritants : le rêve d’une Europe fédérale n’est pas une cause facile à assumer par les temps qui courent. Les politiques d’austérité et de déflation salariale imposées par les instances européennes ont échoué à réduire la dette publique des pays du sud tout en les enfonçant dans la récession et le chômage.

Réhabiliter l’Europe

Bien sûr, ce n’est pas cette Europe austéritaire là que les écologistes veulent approfondir. Dans leur programme publié le 28 avril au sein d’un document de 80 pages, ils militent pour « l’Europe sociale qui protège » grâce notamment à « un salaire minimum européen », « un fonds européen d’indemnisation chômage », un « dispositif universel d’accès aux soins » et «  une convergence automatique vers les plus hauts standards sociaux pour mettre fin au dumping social ». Ils s’opposent également au projet de grand marché transatlantique qui « place les intérêts des multinationales au-dessus de l’intérêt général ». En ce qui concerne l’écologie, ils proposent un moratoire sur les gaz de schiste, l’interdiction des OGM ainsi qu’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne. Le parti propose par ailleurs « la création d’un parquet européen » spécialisé dans la corruption ainsi que l’élaboration « d’une liste noire des paradis fiscaux ».

Des propositions portées par des candidats qui pour la plupart siègent déjà au Parlement européen : l’altermondialiste José Bové (Sud-Ouest), la militante de Jeudi noir Karima Delli (Nord), l’ancienne directrice de Greenpeace Michèle Rivasi (Sud-Est), le chef de file des eurodéputés verts Yannick Jadot (Ouest) et la juriste de l’environnement Sandrine Bélier (Est). Parmi les nouveaux arrivants figure l’ancien secrétaire national du parti, Pascal Durand, qui se présente en Ile-de-France.

Voilà donc la principale tâche des candidats : réhabiliter l’Europe, pointée à tort comme responsable de tous les maux. « L’Europe n’est pas le problème, c’est la solution, on ne peut pas fonctionner seuls dans la mondialisation », martèle Michèle Rivasi. « La crise ne vient pas de l’Europe mais de la dérégulation des banques », insiste-t-elle. « Or en matière de régulation financière, la Commission européenne était plus à gauche que Bercy », rappelle Pascal Durand. De fait, la France a tout fait pour réduire la portée de la taxe sur les transactions financières qui doit voir le jour en 2016. De même que la loi de séparation et de régulation des activités bancaires de Pierre Moscovici est encore moins ambitieuse que le projet défendu par le commissaire européen Michel Barnier, pourtant membre de l’UMP…

Contre le "réformisme d’accompagnement" du PS

Pour les écolos, ce sont les États qui doivent principalement être tenus responsables des politiques destructrices qu’ils mènent. « Le problème c’est que les socialistes français ont complètement renoncé au réformisme de transformation, ils se contentent d’un réformisme d’accompagnement, poursuit Pascal Durand. L’utilisation du terme "socialisme" est une escroquerie ». Et les traités européens qui fixent dans le marbre l’orthodoxie budgétaire ? « C’est une chose de vouloir respecter les critères des traités et de réduire les déficits, ce qui nécessiterait de faire 20 milliards euros d’économies en France, c’en est une autre de faire du zèle et d’annoncer 50 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques, répond Michèle Rivasi. Ce n’est pas l’Europe qui a imposé les 50 milliards ! » De toute façon, « les traités, ça se contourne ! tranche Pascal Durand. On a bien vu que lorsqu’il s’agissait de sauver les banques, la BCE a été prête à enfreindre ses propres règles. » Précisément, il n’est pas anodin que les banques soient les seules à pouvoir bénéficier des entorses aux traités…

Les Verts parviendront-ils à convaincre qu’il est possible de transformer l’Europe libérale actuelle en Europe progressiste, tout en restant à l’intérieur du cadre des institutions présentes ? Pour le moment, ils ne sont pas bien partis. Les premiers sondages nationaux les créditent de seulement 9 % des voix, soit cinq élus, loin des 16,3 % raflés en 2009. Portée par Daniel Cohn-Bendit, qui ne se représente pas, la liste EELV avait alors gagné quatorze députés et réussi à se hisser en troisième position. « Il y a quatre ans, nous n’étions crédités que de 7% à un mois du scrutin », rappelle Pascal Durand, qui relativise aussi "l’effet Cohn-Bendit" : « Lorsqu’il s’était présenté en 1999, il n’a avait fait que 10% ».

Les candidats peuvent en tout cas espérer tirer profit du refus de leur parti en avril de participer au gouvernement de Manuel Valls. « C’était un choix cohérent, estime Michèle Rivasi. Cela nous permet d’être critique tout en étant constructif. Maintenant la parole est plus libre ».

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  • Eh les gens, si voulez savoir comment les Verts comptent en arriver à l’Europe qu’ils veulent allez voir comment vote leurs députés !

    tchoo Le 9 mai 2014 à 20:01
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