Accueil | Par Roger Martelli | 27 mars 2014

Municipales 2014 : des résultats communistes en demi-teinte

Comment le "communisme municipal" va-t-il sortir des urnes, dimanche, après un premier tour qui a confirmé certaines des positions du PCF, mais en a compromis d’autres ? Analyse sur les villes de plus de 3.500 habitants.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Depuis 1983, chaque scrutin municipal est suivi attentivement du côté du PCF. Il avait atteint son apogée en 1977, avec un total de 1.464 maires communistes ou apparentés sur le territoire métropolitain, qui administraient 16,7% de la population française. Depuis, la représentation communiste a continûment reculé. En 2008, le nombre de mairies est passé à 925, pour 5,6% de la population française. Mais, depuis 1995, le recul est sensiblement atténué. La résistance du "communisme municipal" est un fait.

Qu’en sera-t-il en 2014, dans un contexte très défavorable à la gauche ? Difficile, à l’issue du premier tour, de se faire une opinion stabilisée sur l’ensemble du territoire national. Les analyses présentées ici portent sur 185 communes de plus de 3.500 habitants, dont le maire sortant était classé communiste ou apparenté.

Villes conservées, perdues et en suspens

À l’issue du premier tour, le PCF a conservé près de la moitié de ses villes (90) et il en a perdu 24 (13%). Dans deux cas (Montigny-les-Cormeilles et Sevran, les villes les plus peuplées du groupe), le maire a changé d’étiquette politique entre deux élections. Les zones géographiques des pertes sont variées, avec une fragilité plus grande dans l’Ouest (Trignac, Auray, Ploeren), et dans le Nord-Pas-de-Calais (Feignies, Fenain, Pecquencourt, Quièvrechain, Auchy-les-Mines, Divion).

Dans 48 cas (25%), la liste dirigée par un communiste se trouve en position favorable, à peu près assurée d’une réélection au soir du second tour [Dans cet ensemble, peut s’ajouter la commune de Gattières, dans les Alpes-Maritimes, dont la maire sortante se dit désormais farouchement "sans étiquette"]. Reste donc une bonne vingtaine de cas (12%) dans lesquels la liste qui continue l’œuvre municipale engagée aborde le second tour dans une position défavorable (distancée au premier tour et sans réserve potentielle pour le second) ou dans des conditions de ballottage difficile (en tête, dans des configurations très disputées).

Il est à noter que, dans quatre cas (Saint-Christol-lès-Alès, Aniche, Houdain, Roissy-en-Brie), le maintien d’une candidature socialiste fait courir le risque d’un basculement à droite. De façon plus générale, le Parti socialiste n’a guère tiré profit de son bras de fer avec les mairies communistes sortantes (sauf à Audun-le-Tiche en Moselle). Mais, si l’on tient compte du désarroi général du PS, il réalise parfois des scores enviables, qui continuent de le placer en alternative possible contre les communistes, dans des villes meurtries par la crise.

La mobilisation, facteur déterminant

Lors d’une conférence de presse tenue au lendemain du second tour, Pierre Laurent a indiqué la possibilité de conquêtes à Corbeil (Essonne), Calais (Pas-de-Calais), Sète (Hérault), Die (Drôme), Thiers (Puy-de-Dôme), Sérémange (Moselle), Annay-sous-Lens (Pas-de-Calais), ainsi que Montreuil et Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Dans quatre cas (Thiers, Sérémange, Annay, Montreuil), la partie semble particulièrement jouable. Elle l’est, dans des conditions un peu plus difficiles, dans les quatre autres.

Tout va donc, bien sûr, dépendre de l’ampleur des mobilisations réalisées dimanche prochain. Au vu du premier tour, il est vraisemblable que le PCF connaîtra un nouveau fléchissement. Il peut être plus ou moins important. Manifestement, le communisme municipal résiste particulièrement bien en Meurthe-et-Moselle, en Seine-Maritime et dans les Hauts-de-Seine, où le quatuor Bagneux-Gennevilliers-Malakoff-Nanterre est inamovible. Il conserve ses positions de force dans le Nord-Pas-de-Calais, mais se trouve davantage menacé par l’érosion. Il restera le cas le plus décisif, celui de la petite couronne parisienne. C’est là que les positions sont les plus fragiles et que le second tour sera le plus déterminant.

Les derniers moments de l’union de la gauche traditionnelle

Les leçons générales pourront être tirées plus tard. D’ores et déjà, le premier tour a montré que le PCF n’était pas à l’abri du reflux général de la gauche. Mais ses capacités de résistance ne sont pas négligeables. Sans doute les communistes bénéficient-ils d’une capacité, plus grande que certains de leurs partenaires, à maîtriser l’équilibre délicat des données nationales (les effets des politiques publiques) et des configurations locales. Mais ils devront, eux aussi, réfléchir aux indications du scrutin de dimanche.

Manifestement, l’union de la gauche traditionnelle, celle qui fonctionne depuis 1965, vit ses derniers moments. Il faudra donc s’habituer à des dynamiques nouvelles de rassemblement, combinant le national et le local. De même, la demande de renouveau radical de la politique locale et du rapport entre citoyens et institution locale devrait être travaillée en profondeur.

Encore faut-il passer le cap du second tour. Dimanche soir, il se confirmera que, sur le plan local, les communes de sensibilité communiste constitueront le noyau d’une gauche bien à gauche. Souhaitons que ce noyau soit le plus dense possible.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • "l’habitude des dynamiques nouvelles combinant local et local" semble s’imposer comme une évidence. Par contre sur le terrain.....

    jeanjules Le 27 mars 2014 à 12:04
  •  
  • "Comprendre le réel pour le transformer". Je cite cette maxime car à force de vouloir conclure avant d’analyser on aboutit à des raccourcis qui certes peuvent faire plaisirs aux auteurs mais qui n’apportent aucune intelligence de réflexion au lecteur.
    Une réalité que je connais un peu, celle des Hauts de Seine.
    Dans les 4 villes dirigées par le Front de Gauche (3 PCF, une gauche citoyenne) l’union de toute la gauche, PS compris, s’est réalisée dès le 1er tour. Ces 4 listes sont élues au 1er tour avec des scores impressionnant : Malakoff avec Catherine Margaté (68%), Bagneux avec Marie-Hélène Amiable (61,46%), Gennevilliers avec Patrice Leclerc (61,43%), Nanterre avec Patrick Jarry (53,5%).
    Fallait-il le faire ou être en autonomie fut-elle conquérante ? Au lecteur de juger !!!
    Dans les villes dirigées par le PS, que l’union soit réalisée (Colombes, Fontenay), qu’il y ait des listes FDG-EELV (Clichy) ou pas (Asnières) la droite peut gagner Dimanche, sans parler de Clamart qu’elle a gagnée au 1er tour...
    Faut-il se rassembler Dimanche pour battre la droite alto-séquanaise ? Le lecteur jugera...
    Dans les villes dirigées par la droite, de multiples situations existaient, union de toute la gauche au 1er tour (Suresnes, Montrouge), la droite cartonne !!!
    Listes FGD-EELV comme à Issy les Moulineaux (7,25%) ou Bois-Colombes (7,58%),
    Listes FDG(PCF-PG) comme à Antony (9,04%) ou Villeneuve-la-Garenne (11,86%).
    Dans ces villes la droite cartonne aussi et le PS s’écroule.
    Pour le FDG, à comparer aux scores du FDG seul à la présidentielle de 2012 : Issy:9,35%, Bois-Colombes : 9,11%, Antony : 10,57%, Villeneuve-la-Garenne : 15,45%.
    J’ai pour ma part conduis la liste FDG à Villeneuve-la-Garenne et je suis très fier du résultat et heureux de cette campagne porteuses de valeurs, de projets et d’amitiés.
    Mais je me garderais bien de donner des leçons à ceux qui ailleurs ont fait un autre choix.

    Gabriel Massou Le 27 mars 2014 à 15:44
  •  
  • "Sans doute les communistes bénéficient-ils d’une capacité, plus grande que certains de leurs partenaires, à maîtriser l’équilibre délicat des données nationales (les effets des politiques publiques) et des configurations locales".

    Oui, mais c’est parfois au prix d’une perte de compréhension des politiques libérales par l’électorat communiste à qui on fait croire que sa municipalité le protégera, ce qui est une illusion dépolitisante et mortifère, surtout avec les politiques d’austérité contre les territoires qui sont annoncées et dont on a encore rien vu ;

    "Manifestement, l’union de la gauche traditionnelle, celle qui fonctionne depuis 1965, vit ses derniers moments".

    Oui, d’une part parce que l’évolution du PS y fait obstacle (comprise l’évolution des PS locaux) et d’autre part parce que le rôle dévolu aux collectivités est en train de changer pour devenir un rôle quasi-exclusif d’accompagnement des politiques libérales dans un environnement budgétaire très dégradé dont on sous-estime gravement les effets dévastateurs qu’il provoquera.

    " Il faudra donc s’habituer à des dynamiques nouvelles de rassemblement, combinant le national et le local. De même, la demande de renouveau radical de la politique locale et du rapport entre citoyens et institution locale devrait être travaillée en profondeur".

    Oui, à tel point qu’il est possible de se demander si ce n’est pas largement en dehors des mairies et des campagnes électorales qu’il y a lieu de travailler radicalement ce sujet en profondeur !

    "Dimanche soir, il se confirmera que, sur le plan local, les communes de sensibilité communiste constitueront le noyau d’une gauche bien à gauche".

    Oui, à condition que par "communes" ont entende des formes d’auto-organisation populaire largement débranchées d’un jeu institutionnel qui s’est donné notre perte pour objectif. Le contrôle de la mairie peut aider mais c’est la "commune" dans ce sens-là du terme qui est le point d’appui. Cette forme d’organisation peut exister à terme quelle que soit la couleur de la municipalité, là où on disposera de suffisamment de forces.

    "Souhaitons que ce noyau soit le plus dense possible".

    Oui, à condition d’en faire un lieu politique d’éducation mutuelle et d’action collective (rien à voir avec les budgets participatifs par quartiers !) sinon il ne servira à rien d’autre qu’à réguler le système, ce qui n’est pas notre objectif.

    ARDUS Le 27 mars 2014 à 17:57
  •  
  • Remarque concernant la ville de Feignies :

    Si le maire était communiste, sa liste 2008 était dite
    apolitique et constituée de "notabilités" et comprenait
    notamment des représentants de la droite locale.

    Nelly Le 28 mars 2014 à 18:34
  •  
  • Le Parti joue trop le nombre de siège quitte à délaisser l’idéologie, la philosophie et l’éducation populaire. Quand j’écoute les camarades, leurs discours est préfabriqué, presque même incapable d’en débattre par les idées.

    Là où le parti se maintient, cela tient souvent aux qualités personnelles des élus et de leur travail de gestion. Les votant restant plus des consommateurs que des citoyens "politiques".

    Le parti, m^me n interne possèdent plus de citoyens-consommateurs que de citoyens politiques : la preuve les sièges d’élus ont plus important que la diffusion des idées. Le parti continue à être un parti philosophiquement plus "idéaliste" que matérialiste ; il génère des soldats et non citoyens autonomes, c’est encore un parti de centralisme démocratique à l’ancienne. Il n’intègre pas l’évolution culturelle de la population, il en a même peur.

    J me rappellerai toujours de cette phrase dans l’entête d’un livre des écoles du parti : "la théorie du marxisme léninisme est toute puissante parce qu’elle vraie. Il ne s’agissait donc pas par former des philosophes du quotidien, il s’agissait juste de fabrique des répétiteurs de messages préfabriqués. Les camarades ainsi formés sont toujours à la manœuvre avec cet archaïsme intellectuel. La preuve ? l’épisode parisien.

    Il faut absolument remplacer le collectivisme par la "solidarité" et le militant par des citoyens autonomes qui relaie les idées acquises par le débat et le partage. Il faut sortir des systèmes par délégations et de la professionnalisation de la politique.

    Les idées servent à vivre, on ne vit pas pour des idées seulement.

    La Renaudie Le 30 mars 2014 à 09:01
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?