Accueil | Entretien par Rosa Lafleur | 13 mai 2014

Myriam Martin : « Construire une gauche radicale européenne »

Être visible et unis nationalement, proposer une alternative crédible, montrer la dynamique de la gauche radicale à l’échelle de l’Europe : candidate dans la région Ouest, Myriam Martin revient sur les enjeux des élections européennes pour le Front de gauche. Et sur l’après.

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Également porte-parole du nouveau mouvement Ensemble, qui est aujourd’hui la troisième force du Front de gauche, Myriam Martin milite pour une Europe des peuples, une Europe sociale en rupture avec les politiques d’austérité.

Regards. Quel est l’enjeu de cette campagne des Européennes ?

Myriam Martin. Faire apparaître le projet du Front de gauche comme une alternative crédible. Nous voulons articuler un projet de rupture avec les politiques d’austérité, de désobéissance à l’égard des traités désastreux pour les peuples, avec des propositions en positif pour une Europe sociale qui place l’humain au centre et non la finance. À travers cette campagne, nous voulons montrer que le Front de gauche est l’outil politique pour porter ces contestations et ces aspirations. Après les difficultés des élections municipales, il faut rassembler les différentes composantes et les militants du Front de gauche. Nous avons à montrer que nous sommes capables de prendre des initiatives, comme lors de la manifestation réussie du 12  avril dernier. L’enjeu, c’est également de donner à voir la dynamique de la gauche radicale à l’échelle européenne. Le Front de gauche a des correspondants dans la plupart des États européens. Avec eux, nous avons un projet commun et un porte-voix, Alexis Tsipras, qui incarne la lutte du peuple grec et qui est notre candidat à la présidence de la Commission européenne. Même si la gauche radicale prend des formes différentes suivant les pays, nous nous opposons ensemble à la politique libérale et austéritaire imposée par l’Union. Cette dynamique européenne est nouvelle : nous devons lui donner de la visibilité et de la crédibilité.

« Le plan d’austérité de Manuel Valls doit trouver un refus dans les urnes »

Comment mobiliser les électeurs autour de cette dynamique ?

La campagne est très courte, le défi est difficile car il faut aller contre la tendance structurelle de l’abstention, notamment aux élections européennes. C’est un problème qui nous touche en particulier car l’électorat populaire – les chômeurs, les précaires – qui s’abstient est en partie le nôtre. Or il n’est pas simple d’expliquer l’intérêt d’élire des députés dans une structure qui donne, pour l’instant, peu de pouvoirs et de prérogatives aux élus. Mais l’enjeu national en vaut la chandelle ! Le plan d’austérité annoncé par Manuel Valls doit trouver un refus dans les urnes. Il y a dans cette élection une dimension referendum : pour ou contre ces mesures austéritaires ? Nous avons à convaincre celles et ceux qui sont écœurés des choix gouvernementaux du fait que s’abstenir, c’est permettre à ces politiques de continuer. Nous avons besoin d’un maximum de députés de cette gauche d’alternative au Parlement européen car ils et elles constituent des points d’appui pour défendre nos idées et faire le lien avec les résistances sociales. Pour construire une gauche radicale européenne, avec la Gauche unitaire européenne (GUE), avec l’Alliance Rouge et Verte, nous devons faire grossir partout en Europe ses scores et son nombre d’élus.

Comment se passe la campagne dans l’Ouest, là où nous avons vu les bonnets rouges fleurir ?

La campagne se passe bien, nous n’avons pas de difficultés dans la mise en mouvement militante : les forces du Front de gauche jouent le jeu avec enthousiasme. Il y a une compréhension de l’enjeu aussi pour l’avenir du Front de gauche : nous devons montrer que nous sommes capables d’élaborer en commun, d’agir en commun. Cette région a été secouée par des mouvements particuliers, comme celui contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou celui des bonnets rouges, circonscrits à la Bretagne. Ce dernier correspond au désarroi, à la colère sociale mais aussi à la confusion politique. Quand on ne trouve pas dans le champ politique les idées et les outils pour défendre son corps social – je pense notamment aux salariés –, on peut voir naître des mouvements interclassistes et confus sur le plan politique et qui ne résolvent en rien les problèmes rencontrés en Bretagne. Le système productiviste qui mine l’agroalimentaire est arrivé au bout du bout. Ils se sont trouvés à manifester avec ceux qui mènent ces politiques menant dans le mur. Les questions d’un modèle de production alternatif ont été mises de côté. Comment préserver en même temps l’emploi et l’écosystème ? L’Europe encourage la destruction de l’un et de l’autre. Nous devons tracer une autre voie.

« L’outil du Front de gauche doit être transformé »

Comment voyez-vous l’avenir du Front de gauche ?

Les résultats des Européennes vont avoir une influence sur la suite. Nous devons donc être plus visibles et unis nationalement dans cette campagne. Il faudra ensuite un moment pour discuter de son bilan et de son avenir. Pour le moment, le Front de gauche est un cartel d’organisations, ce qui n’est pas le projet initial et ce qui n’est pas suffisant. L’outil doit être transformé. L’adhésion directe, le fonctionnement démocratique, la coordination à l’échelle locale et nationale doivent être traités pour redynamiser le Front de gauche. Nous avons un outil précieux, il ne doit pas être gâché car nous n’en avons pas d’autre. L’idée d’Assises me paraît bonne. Il faut aussi des Estivales du Front de gauche. La politique n’est pas statique : il faut aussi se demander comment on discute avec les forces sociales et avec ceux qui, à EELV ou au PS, sont en désaccord avec le gouvernement. La question de la recomposition politique se pose plus que jamais. Elle doit articuler l’unité et la radicalité. Ce débat doit être ouvert dans le Front de gauche.

Vous avez été l’une des porte-parole du NPA. Comment avez-vous réagi à l’annonce de la présentation de listes du NPA aux Européennes, y compris dans votre propre région, alors que des listes communes avec le Front de gauche avaient été imaginées ?

J’ai regretté. Je trouve cela dommageable pour tout le monde. Le NPA aurait dû proposer plus tôt des listes communes avec nous. Ensemble et le NPA posaient dès le mois de février cette question. Malheureusement, nous n’avons pas abouti et les voix vont se disperser. Dans l’Ouest, nous avons par exemple 25 listes… ce n’est pas très sérieux. J’espère que, après la manifestation du 12 avril organisée en commun avec le NPA et le Front de gauche, nous pourrons nous y prendre mieux la prochaine fois.

Le mouvement Ensemble s’est récemment lancé et doit tenir son congrès fondateur à l’automne. Quelle est son utilité ? Son profil politique ?

La première utilité d’Ensemble, c’est d’avoir rassemblé des courants politiques qui avaient des projets très proches et se retrouvaient dans des luttes de résistances. Ce qui nous rassemble, c’est la recherche de façons nouvelles de faire de la politique. Ensemble se conçoit et se construit dans le Front de gauche, avec l’idée de porter le débat du dépassement du cartel, de l’adhésion directe, de l’abandon des vieilles pratiques. C’est un défi, mais dans la période il est important d’avoir un objectif de refondation d’un mouvement politique. Ensemble n’est pas figé sur des vieux schémas.

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