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« Nous voulons un mouvement des quartiers populaires  »

Entretien, par Sabrina Kassa| 26 janvier 2012
Billie, lycéenne et membre des Indignés, 18 ans. Photo Laurent Hazgui/Fedephoto
 
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Entretien avec Salah Amokrane, conseiller municipal Motivé-e-s de 2001 à 2008 à Toulouse, membre actif du Forum social des quartiers populaires (FSQP) qui réunit près de 300 associations.

Regards.fr : Qu’a donné le dernier FSQP de Saint-Denis, en novembre dernier ?

Salah Amokrane : Le débat qui nous agite porte sur les modalités de notre convergence. Au sein du FSQP, nous militons pour la création d’un mouvement qui dépasserait toutes les identités particulières et qui engloberait toutes les associations, mais tout le monde n’est pas d’accord. Le PIR (Parti des Indigènes de la République), par exemple, veut créer un front uni de structures, à la façon du Front de gauche.

Regards.fr : Avez-vous discuté du type de relations que vous souhaitez avoir avec les partis politiques traditionnels, à la veille de la présidentielle ?

Salah Amokrane : C’est une question parmi d’autres… Nous n’avons pas de candidat à soutenir, car aucun ne nous convient. On peut participer à des événements, comme faire le bilan des années Sarkozy, mais on ne le fera par pour le compte d’un candidat. De toute façon, la présidentielle n’est pas notre priorité, notre objectif aujourd’hui est de créer un espace commun pour ceux qui agissent dans les quartiers populaires et qui sont dispersés. Pour nous les élections municipales sont bien plus importantes.

Regards.fr : Pensez-vous vraiment qu’il n’y a aucun candidat pour porter la question sociale ?

Salah Amokrane : Bien sûr, à la gauche du PS, il y en a qui sont plus sensibles. Mais les quartiers populaires dépassent la question sociale traditionnelle, car ils posent aussi celle du racisme. Il n’y a pas, par exemple, un seul candidat pour avancer sur la question de l’islamophobie. De Nathalie Arthaud jusqu’à François Hollande, ils sont tous pour la loi sur le voile, ça veut dire quelque chose, non ?

Regards.fr : Ne pensez-vous pas que c’est en s’engageant dans ces partis que les prises de position peuvent changer ?

Salah Amokrane : Le bilan que nous faisons de nos années de militantisme et d’engagement, c’est que sans une véritable force politique, on ne pèsera pas. Je le dis sans amertume, la politique c’est une question de rapports de force. Et dans notre cas, il est plus intéressant d’être une forte minorité agissante pour peser sur eux que d’être dedans et rester une quantité négligeable. Et puis, il y a des urgences : on n’a plus le temps de les convaincre !


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En savoir plus...

  • Peuple, qui es-tu ?

    Le peuple avait disparu du vocable politique. On lui préférait « l’opinion », « les gens », « les électeurs  ». Même à gauche, le « vivre-ensemble » avait remplacé la « lutte des classes », concept disparu dans les limbes depuis la chute du mur de Berlin. Mais de la place Tahrir à Occupy Wall Street, le peuple a repris des couleurs. Et les politiques s’adressent de nouveau à lui. Lui ? Mais de qui parle-t-on ?

  • C’est quoi pour vous le peuple ?

    Billie, lycéenne et membre des Indignés, 18 ans :

    « Je considère que je fais partie du peuple parce qu’il représente toute la population française, mais politiquement je ne m’y reconnais pas : si le peuple c’est tout le monde, alors la majorité du peuple a voté Sarkozy. Je viens de la campagne, je connais les galères des gens qui y vivent et ne sont jamais écoutés. Alors je me reconnais plus dans le peuple paysan. Quant aux Indignés, ils ne représentent malheureusement qu’une petite minorité du peuple… »

  • Clichés

    Le peuple est naïf mais fidèle à sa race

    « Tout faisait croire aux gens de la classe ouvrière que le joug de la disparité des fortunes allait enfin cesser de peser sur eux » (Madame de Staël, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française, 1818).

    « Je reste le fils du peuple et au service du peuple » (Moncef Marzouki, nouveau président tunisien, le 22 novembre 2011).