Parti tôt, dès le printemps dernier après sa désignation par le PCF, Jean Luc Melenchon a lancé sa campagne avec la publication d’un essai court, Qu’ils s’en aillent tous, devenu un best-seller. Rapidement aussi, il bénéficie du retrait surprise d’Olivier Besancenot : Mélenchon parvient à s’imposer comme le candidat du rassemblement de la gauche du PS. Le spectre de l’émiettement de 2007 semble conjuré… Dès septembre, il enchaîne : meeting à la fête de l’Huma, large diffusion du programme partagé du Front de gauche, création d’assemblées citoyennes réunissant des militants de tous horizons soutenant sa candidature, élargissement du Front de gauche à de nouvelles forces… Avec cette flottille, le candidat du Front de gauche réussit à passer le gros temps des primaires socialistes et à maintenir son existence politique. La percée de Montebourg lui donne même un surcroît d’espérance, voire de légitimité dans l’électorat de gauche.
Sa prestation sur France 2 le 12 janvier lors de l’émission « Des paroles et des actes » lui a peut-être servi de catalyseur. Avec une très bonne audience, près de 3,2 millions de téléspectateurs happés par son dynamisme, il emballe les militants encore septiques et fait une percée auprès de ceux qui suivent de loin la campagne. « Il ferait un bon candidat, ce gars-là ». Cette réflexion souvent entendue rappelle la percée auprès du grand public d’Olivier Besancenot en 2002 qui « décolla » avec ses passages télé. Mélenchon, candidat d’un regroupement de forces pas toujours d’accord sur tous les sujets, a réussi à tenir l’équilibre des positions sans se faire aspirer par la recherche d’un consensus castrateur. À la bonne heure ! Cette stratégie était la bonne pour une élection hyperpersonnalisée comme le scrutin présidentiel. Elle ne vaut pas forcément durablement… Jean-Luc Mélenchon parvient plutôt bien à se faire entendre de trois électorats, celui qui vote ou votait communiste, celui qui s’impatiente de voir le PS englué dans la recherche du triple A perdu, et, enfin celui qu’Eva Joly ne parvient pas tout à fait à convaincre à la suite de l’accord EELV/PS. Le tout cumulé fait monter les intentions de vote en sa faveur. Il reste dans la course.
Rassembler à gauche
Le plus dur est fait ; mais le laminage prévisible des candidats de l’extrême gauche lui impose de représenter toute la gauche radicale, d’alternative ou anticapitaliste. Son score sera lu à cette aune. Faire mieux que l’un ou l’autre des candidats de 2007 n’est pas le challenge. Il aura réussi s’il parvient à totaliser le potentiel de cet espace et si possible à l’élargir. Bref, réunir autour de 10 % des suffrages à la fin avril. La route est encore longue. Pour cela, il lui faut ancrer les récents gains, et surtout résister au rouleau compresseur du vote utile. Paradoxe : plus la campagne de François Hollande est décevante, plus Jean-Luc Mélenchon risque de subir la pression en faveur du vote utile. C’est même l’argument massue du candidat socialiste pour capter des électeurs de gauche toujours traumatisés par le souvenir de 2002. Le possible retrait d’Eva Joly pourrait avoir un effet lui aussi paradoxal sur la campagne du candidat du Front de gauche. Ouvertement envisagé face aux médiocres résultats de la campagne qui affaiblissent EELV politiquement (et financièrement), ce désistement serait argumenté par la crainte de ne pas voir la gauche présente au second tour. Alors même qu’il augmenterait le score de Hollande, la pression sur Mélenchon pourrait aussi s’accroître : l’union de toute la gauche pour contrer le danger d’une élimination au premier tour l’emporterait sur tout autre argument.



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