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Prendre congé d’un certain passé

Par Jacques Texier| 1er février 1999
 
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Je n’ai pas été exclu du PCF. J’en suis parti volontairement en donnant ma démission pour des raisons politiques. C’était en 1977. J’étais alors membre de la direction du CERM et, lors de sa transformation en IRM, je ne suis pas resté. Le contexte était celui de "l’affaire" de la Fédération de Paris. C’est donc sur la base d’une certaine interprétation de cette période de l’histoire du PCF que je suis parti. Je vois bien que cette interprétation n’est pas universelle. J’ai pu lire dans un livre communiste de 1990 que la création de l’IRM a été un grand moment dans la conquête de l’autonomie de la recherche théorique par rapport à la direction politique. Comme on dit, dans ces cas-là, mon vécu a été tout différent. Mais la commission d’arbitrage n’entendait pas s’engager dans une recherche de type historique sur l’histoire du parti. C’est une limite consciemment assumée. Pour moi, c’est une limite qui devra être dépassée, car la "mutation communiste" implique nécessairement la capacité du parti à écrire sa propre histoire. Si, personnellement, je n’ai pas été exclu, j’ai apprécié qu’il soit question non seulement de sanctions et d’exclusions, mais aussi de "mise à l’écart". Pour moi, l’expression correspond à la pratique courante qui consistait à ne plus convoquer les communistes gênants à leur réunion de cellule, puis à refuser de leur remettre leur carte d’adhérent. Plusieurs de mes amis ont été chassés de cette façon. Et, puisqu’il est question de recueillir des témoignages, je serais intéressé de lire celui des communistes qui ont mis au point ces méthodes originales ou qui les ont mises en application.

Si je suivais le fil de ma biographie politique, il me faudrait raconter comment, en 1986, j’ai fondé avec un ami la revue Actuel Marx, comment ses activités furent superbement ignorées par le parti jusqu’en 1995, comment les choses changèrent du tout au tout cette année-là, lors du premier Congrès Marx International qui fut un événement et comment cela m’amena à penser qu’il y avait réellement quelque chose qui changeait dans le parti. Résultat : en 1998, je suis membre de la direction d’Espaces Marx. Du CERM où l’on faisait de l’excellent travail, je suis passé à Espaces Marx, en sautant à pieds joints par dessus l’IRM. J’en suis encore tout étonné !

Geste et réactions

Comme je travaille de nouveau avec des communistes, je suis attentif à leurs positions politiques et à tout ce qui concerne la "mutation communiste". C’est tout particulièrement le cas pour les gestes qui ont été faits pour signifier que le parti entendait rompre définitivement avec des aspects peu glorieux de son passé. J’ai donc jugé important le rapport de la commission d’arbitrage présenté par Francette Lazard devant le Comité national. Par contre, j’ai été déçu par la plupart des réactions publiques qui ont suivi cette initiative. Il s’agissait d’interviews de personnalités exclues depuis des lustres et qui le plus souvent rigolaient franchement d’apprendre qu’elles étaient "réhabilitées". Le mot ne figure pas dans le rapport de Francette Lazard, mais il a été utilisé par la presse. Pour le rire, on peut juger que la comédie est dans ses droits lorsqu’on prend congé du passé. Peut-être ! Mais personnellement, j’aurais préféré des commentaires plus sérieux sur la portée et les limites du geste accompli par le parlement communiste. Du coup, je me suis interrogé sur les causes de la tonalité générale des réactions. Fallait-il que l’acte annoncé dans le prologue du rapport soit l’annulation des sanctions, exclusions et mises à l’écart ? Peut-être fallait-il que cela soit dit quelque part s’il est vrai que cette déclaration peut encore avoir des conséquences pratiques pour certains. Mais, pour moi, les choses importantes sont ailleurs : dans la déclaration que ces méthodes appartiennent définitivement au passé pour des raisons de fond et dans un début d’analyse concernant les conditions historiques de leur naissance qui renvoient à ce qu’on appelle le stalinisme et avant celui-ci à la naissance de la IIIe Internationale.

* Cofondateur d’Actuel Marx. Membre de la direction d’Espaces Marx.


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