À moins de trois mois du scrutin, on ne connaît toujours pas les candidats. L’inconnue ne concerne pas seulement les « petits candidats » à la peine pour rassembler les 500 parrainages d’élus. Leur élimination ne serait pas un bon signe pour la démocratie, mais leur absence ne renverserait pas la situation. Elle ne serait pas sans impact car elle favoriserait les dynamiques de rassemblement autour des candidatures de Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Sarkozy. Poutou empêché, le terrain du Front de gauche est totalement dégagé. Boutin, Dupont-Aignan et Villepin mis hors course amélioreraient – un peu – le score de Sarkozy.
Mais ces points d’interrogation ne sont rien à côté de celui qui entoure la candidature de Marine Le Pen. Il semble bien que cette fois la candidate de l’extrême droite soit vraiment en difficulté pour rassembler les signatures des élus. Installée à un très haut niveau dans les intentions de vote, sa défection serait la meilleure des nouvelles pour l’UMP, tant est improbable un nouveau siphonage des voix du FN… Pour les soutiens du Président, rendre impossible cette candidature est un jalon vers la conservation du pouvoir. Cette hypothèse est prise au sérieux : elle sous-tend la surenchère permanente avec les marqueurs idéologiques de l’extrême droite. Placer Sarkozy au plus haut niveau au premier tour reste le cœur de la stratégie de l’UMP. Au second tour est reportée la charge de rassembler tout le camp de la droite…
L’autre incertitude est celle de la candidature de Sarkozy. Celle-ci reste ultra-probable. Mais si son annonce est différée sans cesse c’est aussi pour prendre le pouls de l’opinion, mesurer ses chances de gagner l’élection. Si rien ne décolle, voudra-t-il partir avec un camouflet ? Avant d’arrêter sa décision, il avance ses thèmes. Une hausse de la TVA, une augmentation de la flexibilité, la mise en cause des 35 heures et de la cinquième semaine de congés payés sont d’étranges façons de partir à la reconquête de l’opinion. Le veut-il vraiment ? Les appels à l’UMP pour sa candidature montrent que l’on commence à douter du côté du parti présidentiel. Voilà des mois que Villepin et Juppé ont fait des offres de service, se sont dit prêts à relever le gant au cas où la situation l’exigerait. Il se peut qu’elle l’exige. En attendant, Sarkozy impose ses sujets, marque le terrain, oblige chacun à reculer. Sarkozy peut ne pas se présenter ou perdre dans les urnes et dominer encore. La non-participation de Le Pen ou de Sarkozy ferait l’effet d’une bombe : un défaut de Le Pen favorise Sarkozy. Une vraie-fausse candidature de l’UMP encourage Bayrou.



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