CC Sandrine Néel
Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 15 mars 2021

ÉDITO. Fin de vie : pour un « droit d’éteindre la lumière »

Alors que chaque jour en France et dans le monde, on n’en finit plus de compter nos morts du Covid, Olivier Veran promet un « nouveau plan national de développement des soins palliatifs et d’accompagnement de la fin de vie ».

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Pouvait-on choisir pire moment pour en débattre alors même que le ministre de la Santé se dit opposé à tout changement de la loi sur la fin de vie et l’euthanasie ? Certaines voies, y compris au sein de la majorité, revendiquent pourtant le droit de choisir sa fin de vie, à l’instar de la députée Yaël Braun-Pivet. La loi dont parle Véran est largement insuffisante.

 

VOIR AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
Isabelle Lorand : « Il faut accompagner la mort et se donner les moyens des soins palliatifs »

 

Par ailleurs, les soins palliatifs sont en souffrance et de plus en plus de Français partent à l’étranger, quand ils en ont les moyens, pour se donner la mort. La France est en retard alors que bien des pays à forte imprégnation catholique ont fait ce choix de l’euthanasie. Déjà au Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, au Portugal et même en Suisse, l’euthanasie a été rendue possible (euthanasie active et/ou assistance médicale autorisée) et des dispositifs législatifs favorisant l’accompagnement de la fin de vie ont même été votés en Espagne et au Portugal. La France est l’un des derniers pays européens à ne pas vouloir légiférer en faveur de la mort assistée. Les gouvernements qui se succèdent n’ont pas le courage politique de mener à terme ce débat-là. C’est pourtant l’une des grandes questions de notre temps. La fin de vie est un enjeu civilisationnel. Mourir dans la dignité devrait être un droit reconnu pour toutes et tous. Tout est fait, pensé, organisé comme si nos corps appartenaient à l’État. Que seul l’État avait droit de mort et de vie sur nos corps.

Le sujet est sensible, évidemment. Il touche à l’intime. À la vie. Et à la mort. Aux croyances parfois aussi. Faire progresser ce droit nécessite du courage politique. Et il y a beaucoup trop d’hypocrisie en la matière. Il est tout de même navrant de constater par exemple, comme l’a fait remarquer le président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, Jean-Luc Roméro qu’« il faut qu’il y ait, à chaque fois, une affaire pour qu’il y ait des réactions ». C’était il y a pile un an. Cette fois-ci, c’est la disparition de Paulette Guinchard, l’ancienne ministre des personnes âgées de Lionel Jospin, qui a suscité de nombreuses réactions. L’ex-secrétaire d’État souffrait du syndrome cérébelleux, une maladie neuro-dégénérative qui affecte tous les muscles et qui finissent par se paralyser. Elle avait toute sa tête mais ne se supportait plus. Son époux, interviewé sur BFM peu de temps après s’être donnée la mort en Suisse, se rappelle d’une conversation : « C’est quand même con qu’il faille aller en Suisse pour faire ça et que ça ne puisse pas se faire en France, lui a-t-il fait remarquer. Elle me dit : "Tu as raison. Il faudrait que mon cas puisse servir à faire avancer la cause" ». C’est insensé. Inhumain. Incompréhensible. Comment peut-on abandonner tant de personnes en souffrance ? Pourquoi s’acharner sur les corps quand ils ne répondent plus de rien ? Que chacun décide de sa propre mort. Que peuvent faire celles et ceux qui n’ont pas les moyens de partir à l’étranger ? Se donner la mort devant les proches, parfois même avec leur complicité passive ? Le fardeau est trop lourd. Pour tout le monde : les personnes concernées, les familles, les amis. Il faut légiférer.

L’État doit légiférer

C’est ce que plusieurs groupes politiques ont tenté de faire la semaine dernière au Sénat en déposant une proposition de loi qui « prévoyait d’inscrire, dans le code de la santé publique, le droit à l’aide active à mourir et sa définition ». Toujours à gauche, Jean-Luc Mélenchon porte depuis longtemps ces revendications et il le signifie avec ses mots, comme personne : « Le droit de décider de sa propre fin est une liberté fondamentale. Le droit de mourir dans la dignité est un débat qui n’a rien de morbide, est un combat essentiel. Je suis un partisan de l’inscription dans la constitution du droit de disposer de soi et d’éteindre la lumière ». Pour l’heure, et pour clore le débat, le gouvernement a balayé d’un revers de main les propositions de lois qui allaient dans ce sens. Motif : embouteillage législatif. Il n’y a, selon Véran, ni la place ni le temps d’ici la fin du quinquennat pour engager un vote et un débat parlementaire.

 

Pierre Jacquemain

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.