CC Christopher Michel
Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 31 mai 2021

ÉDITO. Où est passée la question sociale ?

Précarité du logement, chômage, fin du « quoi qu’il en coûte »... Alors que la vague sociale du covid approche, la France débat délinquance et sécurité.

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Cette semaine marquera la fin de la trêve hivernale qui avait été reportée en février dernier. Dès mardi, alors que la pauvreté ne cesse d’augmenter – un million de pauvres en plus depuis le début de la crise sanitaire et des travailleurs de plus en plus précarisés –, les expulsions vont reprendre. Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, la France compte déjà plus de quatre millions de personnes mal logées et plus de douze millions en situation de « fragilité » – locataires en impayés de loyers, foyers surpeuplés ou encore en précarité énergétique. Des chiffres qui donnent le vertige auxquels il faut ajouter les 300.000 sans abris qui, malgré les promesses du candidat Macron engagé à ce que plus une seule personne ne dorme dans la rue dès la fin de sa première année de quinquennat, attendent toujours une proposition de logement.

 

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La hausse du chômage n’arrange rien à ce sombre tableau. Selon le ministère du Travail, le nombre de demandeurs d’emploi n’a jamais été aussi important depuis avril 2020, avec près de quatre millions de chômeurs. La réforme de l’assurance chômage, dont les nouvelles règles entreront en vigueur dès le 1er juillet prochain, va engendrer des baisses significatives du montant des indemnités. Parmi les plus touchés, ceux qui ont plusieurs employeurs, à l’instar des femmes de ménage, des assistantes maternelles ou des aides à domicile. Ces métiers, déjà peu rémunérés et quasi exclusivement occupés par des femmes, vont être les plus pénalisés par la réforme. Des indemnités qui pourraient chuter jusqu’à plus de 30%. Ainsi, selon l’Unedic, un salarié qui alterne entre période d’inactivité et contrats courts, verrait ses indemnités passer de 1006€ à 768€.

Les économistes sont inquiets. La perspective de la fin de la crise sanitaire et la fin des aides de l’État aux entreprises pourraient avoir des conséquences dramatiques. Beaucoup d’entreprises ne tiennent qu’artificiellement. Les aides de l’État ont reporté leur fermeture et si l’on ajoute celles qui ne se relèveront pas de la crise sanitaire – et qui se retrouveront dans l’impossibilité de rembourser les Prêts Garantis par l’État (PGE) –, nombreuses sont celles qui devront mettre la clef sous la porte. Lors de la première vague du virus, au premier semestre 2020, 800.000 emplois avaient été supprimés. Avec +155% de faillites d’entreprises, la France a connu une explosion des procédures et des liquidations en mars dernier alors que jusque-là, elles étaient restées à un niveau exceptionnellement bas. Ces fermetures et la fin du « quoi qu’il en coûte » sont une menace lourde pour les emplois de demain.

La gauche est à la traîne parce qu’elle se laisse dicter l’agenda médiatique – s’y engouffre et si vautre – et ne parvient plus à imposer ses thèmes, ses identifiants, ses fondamentaux. Ça devrait être sa première des batailles : la bataille culturelle.

Face à ce contexte social, c’est une autre réalité que l’on donne à voir. La maison brûle et on regarde ailleurs, comme dirait l’autre. Les questions de la sécurité sont permanentes dans le débat public. Les débats de télévision et de radio sont en boucle sur les violences, les rodéos, les trafics de drogue, les incivilités. Et même une partie de la gauche s’y engouffre. Et si les questions de sécurité préoccupent les Français – il ne s’agit pas de le nier –, ils placent la question sociale, les questions d’emplois (et aussi d’éducation et de santé) au sommet de leurs préoccupations. Il serait bien que cette question-là soit débattue. Qu’il y ait un débat public sur la pauvreté, la précarité, les menaces sur l’emploi et le logement. Que la question sociale soit l’actualité. Parce qu’elle est la première des menaces, avec la question climatique. La gauche est inaudible. N’a-t-elle rien à dire ? À proposer ?

La gauche est à la traîne parce qu’elle se laisse dicter l’agenda médiatique – s’y engouffre et si vautre – et ne parvient plus à imposer ses thèmes, ses identifiants, ses fondamentaux. Ça devrait être sa première des batailles : la bataille culturelle.

 

Pierre Jacquemain

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  • La gauche est à la traîne par déficit intellectuel. On observe que la droite elle aussi est à la traîne pour des raisons similaires, auxquelles se mêle la peur induite par le terrorisme non moins intellectuel pratiqué par la gauche.

    La question sociale est celle du paupérisme et de son extinction. Est-elle résolue par l’édification du socialisme prôné par l’extrême gauche, dont il n’est pas dit à la traîne de quoi elle est ? Si c’est à la traîne des régimes socialistes qui existèrent au siècle dernier, il n’y a là rien qui invite à la soutenir dans l’idée de s’en inspirer et plus encore de les faire renaître.

    Glycère BENOIT Le 31 mai à 10:44
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