Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 5 octobre 2020

ÉDITO. Pour ou contre la couillotine* ?

Parce qu’il n’y a rien de tel pour trancher un débat public.

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« Il y a les gentils, et il y a les méchants ; moi je suis du côté des gentils », a déclaré ce dimanche le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, au Journal du Dimanche. Ça me rappelle lorsque j’étais gamin et que je demandais à mon père en voyant défiler les hommes et les femmes politiques à la télévision : « Il est gentil où il est méchant ? » Et mon père, subtilement, de m’expliquer que la question n’était pas la bonne et que c’était un tout petit peu plus compliqué. J’avais une petite dizaine d’années. Darmanin aura 39 ans dans quelques jours.

 

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Finalement, peut-être que l’ancien président LREM de l’Assemblée nationale, Gilles Legendre, a fini par être entendu. Il avait supposé que l’erreur principale de la majorité présidentielle – depuis le début du quinquennat – avait « probablement d’avoir été trop intelligents, trop subtils ». De subtilité et d’intelligence il n’y a plus : place désormais à la seule vision binaire et à la dictature du pour et du contre. Pour ou contre la 5G, pour ou contre Charlie Hebdo, pour ou contre la GPA, pour ou contre Alice Coffin, pour ou contre le Covid-19, pour ou contre la peine de mort, pour ou contre Emmanuel Macron, pour ou contre le progrès, pour ou contre la bêtise, pour ou contre le voile, pour ou contre la légalisation du cannabis, pour ou contre les chaussettes jaunes et rouges à petits pois, pour ou contre la couillotine* ?

Il n’y a plus de débat. Il y a un camp contre l’autre. Chacun se caricature jusqu’à l’outrance. Ainsi en l’espace de quelques jours, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie a-t-il été qualifié de censeur et de dictateur pour avoir plaidé le mépris face à la zemmourisation des chaines d’infos. La journaliste Alice Coffin de « tueuse d’hommes » pour avoir écrit longuement sur la domination masculine, le patriarcat, la violence historique – physique et symbolique – des hommes sur les femmes, dans Le Génie Lesbien. Plus de 200 pages, publiées chez Grasset, résumées en une phrase qui tourne en boucle, partout, pour mieux la délégitimer, la décrédibiliser, la menacer. Les écologistes taxés d’ayatollah-verts pour avoir mis sur la table un débat utile et nécessaire sur la société de la sobriété – débat caricaturé par deux phases dénaturées sur le Tour de France et le sapin de Noël. Que dire aussi de ceux et celles qui ne sont pas Charlie – pour la seule raison qu’ils n’adhèrent pas à la ligne éditoriale du journal satirique – et qui sont repeints en Kouachi ? Le débat public, politique et médiatique est déjà pourri par le caractère nauséabond des thématiques imposées et qui font la Une des médias (insécurité, immigration, séparatismes…) ; et quand la gauche tente d’imposer ses thèmes, le débat est mal posé, souvent malhonnête. Et la gauche finie par se cacher derrière son petit doigt, voire tire à boulets rouges contre son camp. La droite assume être de droite, pas la gauche.

Pourtant, si l’on regarde du côté des dernières grandes mobilisations, celles qui ont rassemblé le plus de monde dans les manifestations, qu’il s’agisse des gilets jaunes, des marches pour le climat ou celles contre les violences faites aux femmes, c’est bien du côté de Lagasnerie, Coffin et des écologistes que la gauche serait bien inspirée de tourner son regard. Et de s’assumer pleinement.

Et vous, vous êtes pour ou contre ?

 

Pierre Jacquemain

*Pour toute explication sur la couillotine, vous pouvez vous adresser à Mathilde Larrère, historienne spécialiste des révolutions.

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  • La vérité sort de la bouche des enfants, même celle de Pierre Jacquemin quand, gamin, il interrogeait son père. Mais la formulation de cette vérité peut être maladroite. Plutôt que de parler de gentil et de méchant, le petit Pierre Jacquemin aurait dû dire : « Il appartient aux forces du progrès ou de la réaction ? » C’est la bonne question aurait alors répondu le père Jacquemin, elle reflète une conception de la politique propre à la gauche. Elle est toujours vraie en tant que conception, restée simple face à des situations compliquées.

    Glycère BENOIT Le 5 octobre à 11:27
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